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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200807

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200807

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200807
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDROUINEAU 1927

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré et un mémoire, enregistrés les 28 mars et 9 mai 2022, la préfète des Deux-Sèvres demande au tribunal d'annuler l'arrêté de la maire d'Aigondigné (Deux-Sèvres) du 13 décembre 2021 " portant réalisation de travaux urgents sur le lit majeur du Lambon en prévention des risques d'inondations ".

Elle soutient que :

- la commune ne dispose pas de la compétence " gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations ", qui a été transférée par la communauté de communes du Mellois-en-Poitou, dont la commune d'Aigondigné est membre, au syndicat mixte du bassin versant de la Sèvre Niortaise ; la maire d'Aigondigné s'est donc, par l'arrêté attaqué, immiscée dans l'exercice d'une compétence de ce syndicat, alors qu'aucun péril imminent ne justifiait que la maire intervienne au titre de ses pouvoirs de police générale ;

- les travaux objets de l'arrêté attaqué nécessitaient la délivrance d'une autorisation environnementale, qui n'a pas été sollicitée.

Par un mémoire enregistré le 27 avril 2022, la commune d'Aigondigné déclare s'en remettre à la sagesse du tribunal.

Par une intervention enregistrée le 29 avril 2022, rectifiée le 30 avril 2022, M. et Mme C et B A demandent que le tribunal rejette le déféré de la préfète des Deux-Sèvres.

Ils exposent les risques qu'ils encourent en raison d'un défaut d'entretien du Lambon, dont les débordements inondent le chemin d'accès à leur domicile, et l'historique de la situation, en particulier les inondations constatées depuis 2011 et les démarches réalisées auprès des pouvoirs publics en vue d'obtenir la réalisation de travaux.

Par une ordonnance du 6 février 2024, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat.

M. et Mme A ont produit des pièces complémentaires le 7 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Henry,

- et les conclusions de M. Revel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le chemin rural permettant d'accéder au domicile de M. et Mme C et B A, situé dans le lit majeur de la rivière Lambon sur le territoire de la commune d'Aigondigné, est submergé lors de chaque crue significative, la maison des intéressés étant en revanche située en zone non inondable. Pour prévenir le risque de submersion de ce chemin, la maire de la commune a pris, le 13 décembre 2021, sur le fondement de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales, un arrêté " portant réalisation de travaux urgents sur le lit majeur du Lambon en prévention des risques d'inondations ", consistant en la création d'un bras de décharge d'environ 130 mètres sur une propriété privée. La préfète des Deux-Sèvres demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'intervention de M. et Mme A :

2. M. et Mme A ont intérêt au maintien de l'arrêté attaqué. Leur intervention tendant au rejet du déféré doit donc être admise.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

3. D'une part, l'article L. 215-2 du code de l'environnement dispose que " le lit des cours d'eau non domaniaux appartient aux propriétaires des deux rives () " et l'article L. 215-14 du même code pose le principe de l'entretien des cours d'eau non domaniaux par les propriétaires riverains, en précisant que " () l'entretien régulier a pour objet de maintenir le cours d'eau dans son profil d'équilibre, de permettre l'écoulement naturel des eaux et de contribuer à son bon état écologique () notamment par enlèvement des embâcles, débris et atterrissements, flottants ou non, par élagage ou recépage de la végétation des rives ". En outre, l'article L. 215-16 du même code dispose que : " Si le propriétaire ne s'acquitte pas de l'obligation d'entretien régulier qui lui est faite par l'article L. 215-14, la commune, le groupement de communes ou le syndicat compétent, après une mise en demeure restée infructueuse à l'issue d'un délai déterminé dans laquelle sont rappelées les dispositions de l'article L. 435-5, peut y pourvoir d'office à la charge de l'intéressé ".

4. Aux termes de l'article L. 215-7 du code de l'environnement : " L'autorité administrative est chargée de la conservation et de la police des cours d'eau non domaniaux. Elle prend toutes dispositions pour assurer le libre cours des eaux () ". Et aux termes de l'article L. 215-12 du même code : " Les maires peuvent, sous l'autorité des préfets, prendre toutes les mesures nécessaires pour la police des cours d'eau ".

5. Il résulte des dispositions citées au point 3 que la protection des propriétés voisines des cours d'eau non domaniaux contre l'action naturelle des eaux incombe, en vertu des dispositions de l'article L. 215-14 du code de l'environnement, au propriétaire riverain qui est tenu à un entretien régulier du cours d'eau non domanial qui borde sa propriété, l'article L. 215-16 du même code permettant seulement à la commune, au groupement de communes ou au syndicat compétent de pourvoir d'office à l'obligation d'entretien régulier, à la place du propriétaire qui ne s'en est pas acquitté et à sa charge. Toutefois, en vertu des pouvoirs de police spéciale qui lui sont confiés par les dispositions de l'article L. 215-7 du code de l'environnement citées au point 4, il appartient au préfet de prendre toutes dispositions nécessaires au libre cours des eaux, le maire pouvant également prendre, sous l'autorité du préfet et donc au nom de l'État, les mesures nécessaires pour la police des cours d'eau en application des dispositions de l'article L. 215-12 du même code.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : () 5° Le soin de prévenir, par des précautions convenables, et de faire cesser, par la distribution des secours nécessaires, les accidents et les fléaux calamiteux ainsi que les pollutions de toute nature, tels que les incendies, les inondations, les ruptures de digues, les éboulements de terre ou de rochers, les avalanches ou autres accidents naturels, les maladies épidémiques ou contagieuses, les épizooties, de pourvoir d'urgence à toutes les mesures d'assistance et de secours et, s'il y a lieu, de provoquer l'intervention de l'administration supérieure () ".

7. Si les dispositions du 5° de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales permettent à la maire d'Aigondigné de prendre, au nom de la commune, des mesures urgentes visant à protéger la population en cas d'inondation, elles ne l'autorisent pas, sauf en présence d'une situation d'extrême urgence créant un péril particulièrement grave et imminent, à faire réaliser des travaux sur des terrains privés afin de se substituer aux riverains défaillants, seules les dispositions rappelées aux points 3 et 4 pouvant être mises en œuvre à cet effet, ou de réaménager un segment d'un cours d'eau non domanial pour prévenir les risques d'inondation, seul le syndicat mixte du bassin versant de la Sèvre Niortaise, auquel la compétence " gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations " a été transférée pour ce qui concerne le territoire de la commune d'Aigondigné, étant compétent à cet effet. Par suite, la maire d'Aigondigné ne pouvait, en l'absence en l'espèce de péril particulièrement grave et imminent, légalement prendre, au nom de la commune, un arrêté " portant réalisation de travaux urgents sur le lit majeur du Lambon en prévention des risques d'inondations ", à savoir la création d'un bras de décharge d'environ 130 mètres sur une propriété privée riveraine du cours d'eau.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen du déféré, que l'arrêté du 13 décembre 2021 attaqué doit être annulé.

D É C I D E :

Article 1er : L'intervention de M. et Mme A est admise.

Article 2 : L'arrêté de la maire d'Aigondigné du 13 décembre 2021 " portant réalisation de travaux urgents sur le lit majeur du Lambon en prévention des risques d'inondations " est annulé.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la préfète des Deux-Sèvres, à la commune d'Aigondigné et à M. et Mme C et B A.

Copie en sera adressée au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au syndicat mixte du bassin versant de la Sèvre Niortaise.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Henry, premier conseiller,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.

Le rapporteur,

Signé

B. HENRY

Le président,

Signé

L. CAMPOYLa greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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