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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200817

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200817

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200817
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL D'AVOCATS TEN FRANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 29 mars 2022, le 5 avril 2022, le 12 juillet 2023 et le 1er novembre 2023, M. A B, représenté par Me Lelong, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2022 du maire de Scorbé-Clairvaux en tant que celui-ci a prononcé à son encontre la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire des fonctions pour une durée de trois mois dont deux avec sursis ;

2°) d'enjoindre à la commune de Scorbé-Clairvaux de le réintégrer dans ses fonctions, de reconstituer sa carrière et ses droits à la retraite et de supprimer tous les éléments relatifs à la sanction de son dossier administratif ;

3°) de mettre à la charge de commune de Scorbé-Clairvaux une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision litigieuse est entachée d'un vice de procédure en ce que l'obligation d'impartialité n'a pas été respectée et que les droits de la défense ont été méconnus au cours de l'enquête administrative préalable ;

- la décision contestée méconnaît le principe " non bis in idem " dès lors qu'il a déjà fait l'objet de sanctions disciplinaires pour les mêmes faits ;

- les faits invoqués ne sont pas fautifs et leur matérialité n'est pas établie ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation eu égard au caractère disproportionné de la sanction.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 16 septembre 2022 et le 22 septembre 2023, la commune de Scorbé-Clairvaux, représentée par Me Leeman, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 :

- le décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duval-Tadeusz,

- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,

- et les observations de Me Duclos, représentant M. B, et de Me Leeman, représentant la commune de Scorbé-Clairvaux.

Considérant ce qui suit

1. M. A B est adjoint technique titulaire au sein de la commune de Scorbé-Clairvaux depuis le 11 janvier 2017 et exerce les fonctions de conducteur d'engins de voirie. Il a fait l'objet d'un avertissement, le 18 novembre 2019, puis d'une exclusion temporaire de ses fonctions d'une durée de trois jours. Une enquête administrative a été diligentée pour déterminer la réalité, la nature et l'étendue des difficultés rencontrées au sein des services techniques de la commune. A la suite de cette enquête, le conseil de discipline a été saisi et s'est prononcé, le 26 novembre 2021, en faveur de l'absence de toute sanction à l'égard de M. B. Par un arrêté en date du 10 décembre 2021, le maire de Scorbé-Clairvaux a prononcé à son encontre la sanction disciplinaire d'exclusion pour une durée de six mois, assortie d'une période de sursis de deux mois. Cette décision a été retirée par l'arrêté du 29 janvier 2022, qui prononce également à l'encontre de M. B la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire des fonctions pour une durée de trois mois dont deux avec sursis. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 29 janvier 2022 du maire de Scorbé-Clairvaux en tant que celui-ci a prononcé à son encontre la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire des fonctions pour une durée de trois mois dont deux avec sursis.

Sur les conclusions à fin d'annulation

2. Aux termes de l'article 28 de la loi 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " Tout fonctionnaire, quel que soit son rang dans la hiérarchie, est responsable de l'exécution des tâches qui lui sont confiées. Il doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique, sauf dans le cas où l'ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public ". L'article 29 de cette même loi dispose que : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Enfin, aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe : / l'avertissement ; / le blâme ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; / Deuxième groupe : / l'abaissement d'échelon ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ; / Troisième groupe : / la rétrogradation ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ; () "

3. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

4. Pour décider d'exclure temporairement de ses fonctions pour une durée de six mois M. B, le maire de Scorbé-Clairvaux s'est fondé sur le comportement de ce dernier ainsi que sur des altercations qui se sont déroulées le 15 juin 2021, en mars et en septembre 2021. Il est constant qu'il existe une très mauvaise ambiance et des tensions importantes au sein des services techniques de la commune de Scorbé-Clairvaux, mais ce climat ne peut être imputé au seul M. B, qui travaille essentiellement seul depuis son retour dans le service à l'issue d'un congé de maladie de six mois qui s'est achevé en janvier 2021. En outre, de nombreux faits allégués dans la décision attaquée ne sont pas établis ou ne présentent aucun caractère fautif dès lors qu'ils ne procèdent que d'une interprétation de l'attitude de M. B. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a contesté à plusieurs reprises les ordres de sa hiérarchie et prononcé des propos particulièrement véhéments au cours de la période considérée, ces seuls faits ne peuvent être considérés comme fautifs au regard du climat particulièrement délétère dans lequel ils s'inscrivent. Dans ces conditions, les comportements allégués ne sont pour les uns pas établis, et pour les autres ne peuvent être considérés comme fautifs.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la sanction attaquée doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction

6. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'il soit procédé à la réintégration juridique de M. B ainsi qu'à la reconstitution de sa carrière, de ses droits sociaux et à la retraite pendant la période où il a été illégalement exclu, ainsi qu'à la disparition de la mention de la sanction dans son dossier administratif.

Sur les frais liés au litige

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Scorbé-Clairvaux une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mis à la charge du requérant la somme demandée par la commune au titre de ces mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 29 janvier 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Scorbé-Clairvaux de réintégrer M. B et de reconstituer sa carrière et ses droits sociaux et à la retraite pendant la période au cours de laquelle il a été illégalement exclu.

Article 3 : La commune de Scorbé-Clairvaux versera une somme de 1 000 euros à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Scorbé-Clairvaux présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Scorbé-Clairvaux.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thévenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Duval-Tadeusz, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

J. DUVAL-TADEUSZ

Le président,

Signé

P. CRISTILLE La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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