jeudi 22 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2200826 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DENIS |
Vu la procédure suivante :
A une requête enregistrée le 29 mars 2022, Mme D B, représentée A Me Denis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2022 A lequel le préfet du Doubs a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai de 10 jours à compter de la notification du jugement et ce sous astreinte de 150 euros A jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- elle n'a pas été mise à même de présenter ses observations en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision devait être prise A le préfet de la Charente-Maritime et elle n'a pas été précédée d'un examen de sa situation individuelle ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision, notifiée le 5 mars 2022, est illégale dès lors qu'elle possède un récépissé délivré le 7 septembre 2021 valable jusqu'au 5 mars 2022 ;
- elle est illégale A voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
A un mémoire en défense enregistré le 11 avril 2022, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés A la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante haïtienne née le 25 juin 1989, est entrée en France en mars 2017 sous couvert d'un visa de court séjour. A la suite de l'enregistrement, le 29 octobre 2018, d'un pacte civil de solidarité conclu avec un ressortissant français, elle a obtenu une carte de séjour " vie privée et familiale " délivrée A le préfet du Val d'Oise, valable du 22 septembre 2020 au 21 septembre 2021 et elle a sollicité, le 17 septembre 2021, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salariée. La requérante demande l'annulation de l'arrêté du 4 mars 2022 A lequel le préfet du Doubs a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours.
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
2. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable A les institutions et organes de l'Union " ; qu'en vertu du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".
3. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que ces dispositions s'adressent non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation A une autorité d'un État membre est inopérant. S'il résulte toutefois également de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union et qu'il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré, il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, dans le cadre de l'instruction de sa demande de carte de séjour " salarié ", Mme B n'aurait pas été mise en mesure de présenter des observations, écrites ou orales, en complément de sa demande de titre, ni qu'elle aurait sollicité, en vain, un entretien avec les services préfectoraux. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise en violation de son droit à être entendue doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". En application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner si l'intéressé peut prétendre à une admission exceptionnelle au séjour, au titre de la vie privée et familiale, ou à défaut, au titre d'une activité salariée. Pour l'admission exceptionnelle au titre de la vie privée et familiale, l'autorité administrative doit examiner si les éléments de la situation personnelle de l'intéressé peuvent donner lieu à une admission exceptionnelle au séjour au regard de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels. Pour l'admission exceptionnelle au titre d'une activité salariée, l'autorité administrative doit examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi dont il se prévaut, de même que tout élément de sa situation personnelle peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
6. Au titre de la vie privée et familiale, Mme B doit être regardée comme se prévalant de l'ancienneté d'une durée de cinq ans de sa présence en France, où elle a d'abord bénéficié d'une carte de séjour " vie privée et familiale " avant d'exercer une activité salariée, et des liens qu'elle a tissés avec les autres salariés de l'hôtel où elle travaille et avec son employeur. Toutefois, la requérante n'établit ni l'existence de liens personnels et familiaux particulièrement intenses, stables et anciens de nature à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels, ni la réalité de son intégration sociale ou personnelle en France.
7. Au titre d'une activité salariée, Mme B se prévaut d'un contrat de travail à durée indéterminée pour un emploi à temps complet de veilleuse de nuit dans un hôtel de La Rochelle conclu le 3 janvier 2022 et de différents contrats à durée déterminée, successifs à compter du 17 mai 2021, comme femme de chambre polyvalente à temps partiel pour faire face ponctuellement à l'augmentation saisonnière de l'activité de cet établissement. Eu égard notamment à leur nature, aux emplois exercés ne nécessitant pas de qualification ou d'expérience particulière et à leur durée, ces contrats, pas davantage que l'insertion dans la société française, dont se prévaut l'intéressée, ou les contrats antérieurs pour des emplois de même nature, ne peuvent constituer des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
8. Il résulte de ce qui précède que le préfet du Doubs a pu sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation refuser d'admettre exceptionnellement au séjour Mme B. A suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " le titre de séjour est délivré A le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence () ". Alors que la requérante fait valoir que " ce n'est qu'une fois son contrat à durée indéterminée signé " qu'elle a " pu reprendre ses recherches d'appartement " et qu'elle " a signé un bail sur la commune de La Rochelle au 5 mars 2022 ", à la date du refus de titre de séjour contesté, Mme B, qui n'avait pas informé le préfet du Doubs d'un changement de résidence ou de domicile et se prévalait alors d'une résidence fixe chez une amie domiciliée à Montbéliard (Doubs), devait être regardée comme résidant à cette adresse qu'elle avait indiquée dans sa demande de titre de séjour. A suite, le moyen tiré de l'incompétence territoriale du préfet du Doubs et celui tiré du défaut d'examen de sa situation individuelle doivent être écartés.
10. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue A la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Mme B, qui est célibataire sans enfant et dont le pacte civil de solidarité qu'elle avait conclu le 29 octobre 2018 avec un ressortissant français a été dissous le 7 octobre 2020, ne démontre pas qu'elle ne disposerait plus dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans, d'aucune attache familiale ou personnelle. A ailleurs, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, elle n'établit ni l'existence de liens personnels et familiaux particulièrement intenses, stables et anciens de nature à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels, ni la réalité de son intégration sociale ou professionnelle en France. Dans ces conditions, le préfet du Doubs n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. ()". Aux termes de son article L. 431-3 : " La détention d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. Sous réserve des exceptions prévues A la loi ou les règlements, ces documents n'autorisent pas leurs titulaires à exercer une activité professionnelle ". Il résulte de ces dispositions que la demande de délivrance d'un titre de séjour donne lieu à la remise d'un récépissé ou d'une autorisation provisoire de séjour qui n'est délivrée qu'après le dépôt d'un dossier complet et n'est valable que pendant la période d'instruction de la demande, la remise de ce document ne préjugeant pas de la décision définitive qui sera prise au regard du droit au séjour.
13. La délivrance à Mme B A les services de la préfecture du Doubs, le 7 septembre 2021, d'un récépissé de demande de titre de séjour " salarié " valable jusqu'au 5 mars 2022, n'autorisait le séjour de celle-ci en France que pour la période d'instruction de sa demande. A suite, le moyen tiré de ce que le préfet du Doubs l'aurait illégalement obligée, A la décision attaquée du 4 mars 2022, à quitter le territoire français, doit être écarté.
14. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 5 à 11 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision attaquée A voie de conséquence de l'illégalité du refus de séjour et celui tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 4 mars 2022, A lequel le préfet du Doubs a refusé à Mme B la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination, doivent être rejetées ainsi que, A voie de conséquence, les conclusions accessoires présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Doubs.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Le Méhauté, président,
M. Lacaïle, premier conseiller,
M. Bureau, conseiller.
Rendu public A mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
P. C
Le président,
Signé
A.LE MEHAUTE La greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,La greffière en chef A intérim,
Signé
G. FAVARD
N ° 2200826
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026