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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200830

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200830

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200830
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantLAVALETTE AVOCATS CONSEILS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 30 mars 2022, le 14 novembre 2022, le 5 mai 2023 et le 30 juin 2023, la SARL L'Havana Café, représentée par Me Verger, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 11 février 2022 par laquelle la préfète de la Charente a refusé de qualifier l'établissement de débit de boissons ayant pour objet principal l'exploitation d'une piste de danse et, en conséquence, rejeté la demande d'ouverture de l'Havana Café jusqu'à 5h30 du matin les jeudis, vendredis et samedis ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat, une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- l'arrêté du 14 décembre 2016 sur le fondement duquel a été prise la décision attaquée est lui-même illégal ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation quant à la qualification de l'établissement ;

- la décision attaquée est entachée d'un abus de pouvoir.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 16 août 2022 et le 14 juin 2023, la préfète de la Charente conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code du tourisme ;

- l'arrêté du 14 décembre 2016 fixant les heures d'ouverture et de fermeture des débits de boissons dans le département de la Charente et portant réglementation des débits de boissons pour les établissements ayant pour objet principal l'exploitation d'une piste de danse ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumont,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,

- et les observations de Me Verger, représentant la SARL L'Havana Café, et de M. A, représentant la préfète de la Charente.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 20 janvier 2022, la SARL L'Havana Café, située 15 place Bouillaud à Angoulême, établissement recevant du public de N (débits de boissons) et P (dancing), a informé la préfète de la Charente du changement de ses horaires d'ouverture et de fermeture, à savoir le mardi et le mercredi de 18 heures à 2 heures et les jeudi, vendredi et samedi de 18 heures à 5 heures 30 avec un arrêt de la vente d'alcool 1 heure 30 avant la fermeture, et a indiqué que ces nouveaux horaires sont conformes à la réglementation applicable aux établissements classés N et P. Par un courrier du 11 février 2022, la préfète de la Charente a répondu à la SARL que l'horaire de fermeture à 5 heures 30 les jeudi, vendredi et samedi méconnaît l'article 1er de l'arrêté du 14 décembre 2016 fixant les heures d'ouverture et de fermeture des débits de boissons dans le département de la Charente en tant qu'il fixe l'heure limite de fermeture des débits de boissons à 2 heures du matin, dès lors qu'il n'est pas établi que l'établissement entre dans la catégorie des débits de boissons ayant pour objet principal l'exploitation d'une piste de danse, lesquels peuvent en application de l'article D. 314-1 du code du tourisme, fermer à 7 heures du matin. La préfète a conclu son courrier par la mention suivante " je ne peux donc pas répondre favorablement à votre demande ". Par la présente requête, la société requérante demande l'annulation de la décision, contenue dans ce courrier du 11 février 2022, par laquelle l'ouverture de l'Havana Café jusqu'à 5 heures 30 du matin les jeudi, vendredi et samedi a été refusée par la préfète de la Charente.

2. Aux termes de l'article L. 314-1 du code du tourisme : " Un décret fixe les règles relatives aux heures de fermeture des débits de boissons ayant pour activité principale l'exploitation d'une piste de danse. Ce décret peut prévoir que la vente d'alcool n'est plus autorisée dans ledit débit pendant une plage horaire minimale précédant la fermeture de l'établissement ". Aux termes de l'article D. 314-1 du même code : " L'heure limite de fermeture des débits de boissons ayant pour objet principal l'exploitation d'une piste de danse est fixée à 7 heures du matin () ". Aux termes de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique : " 1. La fermeture des débits de boissons et des restaurants peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas six mois, à la suite d'infractions aux lois et règlements relatifs à ces établissements. / Cette fermeture doit être précédée d'un avertissement qui peut, le cas échéant, s'y substituer, lorsque les faits susceptibles de justifier cette fermeture résultent d'une défaillance exceptionnelle de l'exploitant ou à laquelle il lui est aisé de remédier ()".

3. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 14 décembre 2016 fixant les heures d'ouverture et de fermeture des débits de boissons dans le département de la Charente et portant réglementation des débits de boissons pour les établissements ayant pour objet principal l'exploitation d'une piste de danse : " Les débits de boissons (.), à l'exception des débits de boissons dont l'objet principal est l'exploitation d'une piste de danse, ne peuvent ouvrir avant 5 heures du matin et doivent fermer au plus tard à 2 heures du matin ". Il résulte des articles 8 et 9 de ce même arrêté que l'activité " exploitation principale d'une piste de danse " est appréciée selon des critères économiques, liés à la sécurité et liés à la réalité de l'activité de discothèque et que les documents relatifs à ces critères doivent être maintenus à jour et pouvoir être présentés à toute réquisition des forces de l'ordre. Enfin, aux termes de l'article 10 de ce même arrêté : " () Il appartient à l'exploitant de fixer librement les heures d'ouverture de son établissement et de veiller au respect de l'heure limite de vente d'alcool. Il lui revient d'informer les forces de l'ordre territorialement compétentes de ses horaires de fermeture, afin de les mettre à même de remplir leur mission de contrôle, notamment sur l'heure à partir de laquelle la vente d'alcool n'est plus autorisée ".

4. Aucune de ces dispositions ne subordonne l'ouverture au-delà de 2 heures du matin d'un débit de boissons qui estime avoir pour objet principal l'exploitation d'une piste de danse, à un régime déclaratif ou d'autorisation. Il résulte, au contraire, de l'ensemble de ces dispositions que c'est uniquement à l'occasion de la mise en œuvre de ses pouvoirs de police, sur le fondement de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, que le préfet peut apprécier si un débit de boisson a pour objet principal l'exploitation d'une piste de danse et en tirer, le cas échéant, les conséquences si l'établissement a méconnu l'heure limite de fermeture qu'il devait respecter.

5. Il en résulte que, saisi par l'exploitant d'un débit de boissons, dont il estime, au regard des éléments en sa possession, qu'il n'a pas pour objet principal l'exploitation d'une piste de danse, d'un courrier l'informant qu'il modifie ses horaires de fermeture, le préfet peut seulement, en vertu de son pouvoir de police des débits de boissons, lui rappeler la réglementation applicable et la possibilité de prononcer une mesure de fermeture administrative sur le fondement de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique en cas de méconnaissance de cette réglementation.

6. En l'espèce, en indiquant à la SARL L'Havana Café, qui l'informait de ses nouveaux horaires d'ouverture et de fermeture, qu'elle ne pouvait répondre favorablement à sa demande, la préfète de la Charente ne s'est pas contentée de rappeler à la société requérante la réglementation applicable, mais lui a imposé de fermer à 2 heures du matin au motif que l'établissement qu'elle exploite n'est pas au nombre de ceux entrant dans le champ d'application des dispositions de l'article D. 314-1 du code du tourisme. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'incompétence.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la société requérante est fondée à demander l'annulation de la décision du 11 février 2022 de la préfète de la Charente.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à la SARL L'Havana Café au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 11 février 2022 de la préfète de la Charente est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à la SARL L'Havana Café la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL L'Havana Café et à la préfète de la Charente.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jarrige, président,

Mme Boutet, première conseillère,

Mme Dumont, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

G. DUMONT

Le président,

Signé

A. JARRIGELa greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne à la préfète de la Charente en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef

La greffière

Signé

G. FAVARD

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