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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200842

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200842

vendredi 7 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200842
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCPA BREILLAT-DIEUMEGARD-MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mars 2022, M. D A B, représenté par la SCP d'avocats Breillat, Dieumegard, Masson, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 22 février 2022 par lequel la préfète de la Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Vienne, à titre principal, de délivrer un titre de séjour temporaire d'une durée d'un an ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, le tout dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou, si l'aide juridictionnelle ne lui est pas accordée, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision de refus de titre de séjour n'est pas suffisamment motivée ;

- la procédure dont il a fait l'objet est irrégulière faute pour la préfète d'avoir saisi la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRRECTE) de sa demande ;

- elle révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que la préfète s'est crue en situation de compétence liée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination n'est pas suffisamment motivée.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 août 2022, la préfète de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.

M. A B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. D A B, ressortissant guinéen né le 25 février 2001, est, selon ses déclarations, entré en France le 18 mai 2017. Il a bénéficié d'une prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance, laquelle lui a finalement été retirée le 25 août 2017. Le 13 mai 2019, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire ". La délivrance de ce titre lui a été refusée par un arrêté de la préfète de la Vienne du 20 mai 2020. Cet arrêté a été annulé par un jugement du tribunal administratif de Poitiers du 17 novembre 2020 qui a enjoint à la préfète de la Vienne de procéder au réexamen de sa situation. Ce jugement a été confirmé par un arrêt n° 20BX04116 de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 1er avril 2021. Par un nouvel arrêté du 16 mars 2021, la préfète de la Vienne a, de nouveau, refusé de délivrer à M. A B le titre de séjour sollicité. Cet arrêté a, de nouveau, été annulé par un jugement du tribunal administratif de Poitiers n° 2101042 du 14 septembre 2021 qui a, là encore, enjoint à la préfète de la Vienne de procéder au réexamen de la situation de M. A B. Le 25 septembre 2021, celui-ci a confirmé à la préfète de la Vienne sa demande de titre de séjour mention " travailleur temporaire " et lui a demandé, à titre subsidiaire, la délivrance d'un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté en date du 22 février 2022, la préfète de la Vienne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. M. A B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 avril 2022. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté attaqué dans son ensemble

4. Par un arrêté du 27 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département, la secrétaire générale de la préfecture de la Vienne, a reçu délégation de signature à l'effet de signer notamment tous arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, la décision attaquée mentionne les textes applicables à la situation du requérant, notamment, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 412-1, L. 421-3 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 5221-20 du code du travail. Elle énumère les éléments de fait relatifs à la situation administrative de M. A B, en particulier, ses conditions d'entrée et de séjour ainsi que différents éléments de sa situation personnelle et familiale. Cette décision n'avait pas nécessairement à rappeler le parcours scolaire et professionnel ayant conduit M. A B à obtenir son brevet d'études professionnelles agricoles dès lors qu'il est constant que ce dernier a abandonné toute recherche d'emploi dans ce secteur d'activité à compter du mois de septembre 2021 pour recentrer ses recherches d'emploi sur celui de la restauration rapide. Le refus de titre de séjour contesté est, par suite, suffisamment motivé.

6. En deuxième lieu, il ressort de cette motivation qui, comme il vient d'être dit, n'avait pas nécessairement à détailler l'ensemble du parcours scolaire et professionnel de l'intéressé, que cette décision a été prise après un examen approfondi de la situation personnelle de M. A B.

7. En troisième lieu, si la décision de refus de délivrance de titre de séjour indique que M. A B n'était pas titulaire d'un visa long séjour permettant l'obtention du titre sollicité, il n'en résulte pas pour autant que la préfète se serait crue en situation de compétence liée pour rejeter sa demande, ni qu'elle se serait basée sur cette seule circonstance alors qu'elle a également examiné les conditions de fond qui déterminent l'attribution d'un titre de séjour sur le fondement des articles L.421-3 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou qui fait l'objet d'un détachement conformément aux articles L. 1262-1, L. 1262-2 et L. 1262-2-1 du code du travail se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente :/ 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ;/ 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".

9. En vertu des dispositions des articles L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de la Vienne pouvait légalement refuser de délivrer à M. A B le titre de séjour sollicité au motif qu'il ne justifiait pas d'un visa de long séjour sans être tenu de saisir au préalable les services de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRRECTE).

10. En cinquième lieu, si M. A B a, dans le cadre de sa scolarité en France, effectué des stages en milieu professionnel à l'issue desquels il s'est inscrit au centre départemental de formation d'apprentis agricoles de Niort et a signé un contrat d'apprentissage pour la période allant du 16 juillet 2018 au 15 juillet 2020 avec une entreprise spécialisée en horticulture, laquelle entendait poursuivre son accompagnement dans le cadre d'une poursuite d'études ou, à défaut, l'employer en qualité d'ouvrier agricole dans un métier reconnu par les services chargés du travail et de l'emploi comme présentant des difficultés de recrutement, il est constant que, comme il a été dit au point 5, l'intéressé a abandonné ses recherches d'emploi dans cette branche d'activité au mois de septembre 2021 pour se recentrer sur une activité d'agent de restauration rapide auprès de diverses entreprises poitevines et a produit au préfet, à l'appui de sa demande de titre de séjour, le contrat conclu avec la dernière d'entre elles pour la période du 8 octobre 2021 au 7 avril 2022. Outre qu'elle n'est pas établie, la circonstance que ce changement d'orientation serait imputable aux refus successifs de titre de séjour que lui a opposés la préfète de la Vienne le 20 mai 2020 et le 16 mars 2021, est, en tout hypothèse, sans influence sur la légalité de la décision du 22 février 2022 qui procède de l'examen par la préfète de l'adéquation de son parcours scolaire et professionnel antérieur, c'est-à-dire de ses études agricoles, avec le poste d'agent de restauration rapide qui lui était proposé. De surcroît, il ressort des mentions non contestées de l'arrêté attaqué que l'intéressé a cherché à obtenir lors de son arrivée en France, le bénéfice d'une prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance alors qu'il ne pouvait y prétendre et qu'il avait déjà été considéré majeur par le conseil départemental de la Haute-Vienne. Enfin, il n'est pas contesté que M. A B, qui s'est déclaré célibataire et sans enfant en France, ne justifie d'aucun lien familial ou personnel d'une particulière intensité en France et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où demeurent encore son père et sa sœur. Dans ces conditions, et alors même que M. A B a suivi avec sérieux ses études en France et qu'il a participé à des activités bénévoles, la préfète de la Vienne ne s'est pas livrée à une appréciation manifestement erronée des faits de l'espèce en ne faisant pas usage de son pouvoir de régularisation de l'intéressé.

11. En dernier lieu, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

12. Comme il a été dit au point 10, M. A B a été pris en charge en 2017 par l'aide sociale à l'enfance et a ensuite suivi une scolarité au centre de formation d'apprentis de Niort en 2018/2019 où il a obtenu son brevet professionnel agricole avant de s'inscrire en 2020/2021 à la Maison familiale rurale de Gencay en classe de bac professionnel " Conseil Vente 1ère " et d'en suivre les cours jusqu'en décembre 2020 avant de s'engager dans un parcours professionnel d'équipier en restauration rapide, sans lien avec sa formation initiale. Célibataire et sans enfant, il n'apporte, hormis son parcours scolaire et son emploi d'équipier, aucun élément attestant de sa bonne insertion dans la société française. Comme il a également été dit au point 10, l'intéressé a d'ailleurs cherché à obtenir lors de son arrivée en France, le bénéfice d'une prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance alors qu'il ne pouvait y prétendre et qu'il avait déjà été considéré majeur par le conseil départemental de la Haute-Vienne. Dans ces circonstances, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de la Vienne aurait, en refusant de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but poursuivi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision obligeant M. A B à quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ne peut qu'être écarté.

14. En second lieu, si M. A B soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, ces moyens doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8.

Sur la décision fixant le pays de destination :

15. La décision attaquée vise les textes applicables à la situation du requérant, notamment, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionne que M. A B a vécu jusqu'à l'âge de 17 ans dans son pays d'origine, la Guinée, où résident encore son père et sa sœur et qu'il n'établit pas y être exposé à des peines ou traitements dégradants contraires à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

16. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B et au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Campoy, président,

- M. Crosnier, premier conseiller,

- M. Pinturault, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.

Le rapporteur,

signé

Y.C

Le président,

signé

L.CAMPOY

La greffière,

signé

D.GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef par intérim,

La greffière

signé

D. GERVIER

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