jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2200849 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL LELONG DUCLOS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 mars 2022 et le 20 avril 2023, M. A B, représenté par Me Lelong, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2021 par lequel la préfète de la Vienne lui a ordonné de remettre toutes les armes dont il est en possession, lui a interdit d'en acquérir, d'en détenir ou d'en emprunter de nouvelles, a enregistré cette interdiction au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes, a annulé le récépissé de déclaration et d'enregistrement d'acquisition relatif au fusil de chasse n°U02219E qu'il détenait et lui a enjoint de le restituer avec l'arme, lui a retiré son document de validation du permis de chasse et lui a enjoint de le restituer, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 1er décembre 2021 ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de tirer les conséquences de l'annulation de l'arrêté attaqué dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et notamment de rendre le permis de chasse de M. B et de supprimer l'inscription de son nom au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le mémoire en défense est irrecevable, à défaut de délégation de signature ;
- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence et a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, le préfet s'étant fondé sur un fait isolé, ayant donné lieu à une procédure classée sans suite, alors que M. B a toujours respecté la réglementation.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2022, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Boutet,
- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,
- les observations de Me Lelong, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Le 8 novembre 1996, M. B, qui possède un permis de chasse depuis le 15 juin 1981, a déclaré détenir une arme de 5ème catégorie de type fusil de marque Beretta matricule U02219E, qui a fait l'objet d'un récépissé enregistré le 5 décembre 1996. Le 24 juin 2021, M. B a abattu le chien de son voisin avec une arme non déclarée, de type fusil de marque Shells matricule 29095S. Par un arrêté du 20 octobre 2021, la préfète de la Vienne lui a ordonné de remettre toutes les armes en sa possession, lui a interdit d'en acquérir, d'en détenir ou d'en emprunter de nouvelles, a enregistré cette interdiction au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes, a annulé le récépissé de déclaration et d'enregistrement d'acquisition relatif au fusil de chasse n°U02219E qu'il détenait et lui a enjoint de le restituer avec l'arme, lui a retiré son document de validation du permis de chasse et lui a enjoint de le restituer. M. B demande l'annulation de cet arrêté et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 1er décembre 2021.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure : " Si le comportement ou l'état de santé d'une personne détentrice d'armes et de munitions présente un danger grave pour elle-même ou pour autrui, le représentant de l'Etat dans le département peut lui ordonner, sans formalité préalable ni procédure contradictoire, de les remettre à l'autorité administrative, quelle que soit leur catégorie ". Aux termes de l'article L. 312-9 du même code : " La conservation de l'arme et des munitions remises ou saisies est confiée pendant une durée maximale d'un an aux services de la police nationale ou de la gendarmerie nationale territorialement compétents./ Durant cette période, le représentant de l'Etat dans le département décide, après que la personne intéressée a été mise à même de présenter ses observations, soit la restitution de l'arme et des munitions, soit la saisie définitive de celles-ci./ Les armes et les munitions définitivement saisies en application du précédent alinéa sont vendues aux enchères publiques. Le produit net de la vente bénéficie aux intéressés ".
3. Il résulte des dispositions des articles L. 312-7, L. 312-9 et L. 312-10 du code de la sécurité intérieure que, lorsque le préfet s'est fondé sur le danger présenté par une personne pour lui ordonner de remettre une arme à l'autorité administrative, cette mesure emporte pour l'intéressé une interdiction d'acquérir ou de détenir des armes et munitions qui produit effet tant que le préfet n'a pas décidé la restitution de l'arme. Le préfet dispose d'un délai d'un an pour décider, après avoir invité la personne à présenter ses observations, la restitution ou la saisie définitive de l'arme. L'expiration de ce délai ne le prive pas de la possibilité de prendre l'une ou l'autre de ces décisions mais ouvre seulement à l'intéressé la possibilité de rechercher la responsabilité de l'Etat au titre des préjudices que le retard apporté à la décision a pu lui causer.
4. Pour ordonner à M. B de remettre les armes dont il était en possession, la préfète de la Vienne s'est fondée sur un rapport administratif de la compagnie de gendarmerie départementale de Poitiers du 25 juin 2021. Aux termes de ce rapport, un conflit aurait dégénéré entre M. B et son voisin le 24 juin 2021, entraînant la mort d'un chien appartenant au voisin de M. B et tué par ce dernier. La préfète a estimé que ce comportement laisse craindre une utilisation des armes dangereuse pour lui-même ou pour autrui et s'avère donc incompatible avec leur acquisition et leur détention. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B, éleveur de profession et en possession d'un permis de chasse depuis 1981, a été victime d'une attaque de son troupeau deux ans auparavant par ce même chien, occasionnant la perte de deux brebis et un agneau, et des blessures à une autre brebis et cinq autres agneaux ainsi que des frais de vétérinaire d'un montant de 348,70 euros. Il ressort également du rapport administratif de la compagnie de gendarmerie départementale de Poitiers du 25 juin 2021, d'une part, que M. B aurait tenté en vain de joindre son voisin et de faire fuir le chien avant de le blesser mortellement et, d'autre part, que l'officier de police judiciaire de permanence n'a pas estimé nécessaire de procéder à la saisine de l'arme sur place. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B soit défavorablement connu des services de police ou qu'un comportement menaçant ou violent aurait été constaté. Dans ces conditions, le seul fait rapporté du 24 juin 2021, aussi regrettable qu'il soit, ne suffit pas, eu égard au contexte dans lequel il s'est déroulé, à établir que le comportement de l'intéressé présentait à la date de l'arrêté attaqué, édicté près de quatre mois plus tard, un danger grave pour lui-même et pour autrui et était incompatible avec la détention d'une arme. Par suite, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête et de statuer sur la recevabilité du mémoire en défense, que l'arrêté du 20 octobre 2021 de la préfète de la Vienne doit être annulé.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement, sous réserve de l'absence de changement dans les circonstances de fait et de droit, d'enjoindre au préfet de la Vienne de restituer à M. B l'arme légalement déclarée remise aux services de police, ainsi que son récépissé de déclaration et d'enregistrement d'acquisition, de lui restituer son permis de chasse et de supprimer la mention le concernant au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 20 octobre 2021 de la préfète de la Vienne est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Vienne de restituer à M. B l'arme légalement déclarée remise aux services de police, ainsi que son récépissé de déclaration et d'enregistrement d'acquisition, de lui restituer son permis de chasse et de supprimer la mention le concernant au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Vienne.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jarrige, président,
Mme Boutet, première conseillère,
M. Bureau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
M. BOUTET
Le président,
Signé
A. JARRIGE
La greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
G. FAVARD
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026