jeudi 15 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2200881 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | LELONG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 avril 2022 et le 25 août 2022, M. B A, représenté par Me Lelong, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2022 par lequel la préfète de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour mention " entrepreneur / profession libérale " dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- le mémoire en défense est irrecevable dès lors qu'il n'est pas signé par une personne justifiant de sa qualité pour agir, en méconnaissance de l'article R. 431-4 du code de justice administrative ;
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'en application de l'article L. 412-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'était pas tenu de justifier d'un visa de long séjour ;
- elle méconnaît l'article 3 de l'accord franco-tunisien ;
- elle méconnaît l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la préfète était tenue d'examiner les conséquences de sa décision sur sa vie personnelle et familiale ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la préfète s'est estimée à tort en situation de compétence liée pour prendre cette décision ;
Sur la décision accordant un délai de départ volontaire :
- le délai de départ de trente jours est insuffisant ;
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 août 2022, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- et les observations de Me Lelong, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né le 25 août 1973, est entré en France en septembre 2018 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 30 décembre 2020, il a sollicité, auprès de la préfecture de la Vienne, la délivrance d'un titre de séjour mention " salarié " ou " entrepreneur ". Par l'arrêté du 1er mars 2022 dont il demande l'annulation, la préfète de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur la recevabilité du mémoire en défense :
2. Aux termes de l'article R. 431-4 du code de justice administrative : " Dans les affaires où ne s'appliquent pas les dispositions de l'article R. 431-2, les requêtes et les mémoires doivent être signés par leur auteur et, dans le cas d'une personne morale, par une personne justifiant de sa qualité pour agir. ".
3. Par un arrêté 2022-DCL-MACJ-3 du 18 juillet 2022, le préfet de la Vienne a donné délégation de signature à M. C D, directeur de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Vienne à l'effet de signer notamment " les mémoires en défense des intérêts de l'Etat devant les tribunaux administratifs ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire du mémoire en défense doit être écarté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Par un arrêté du 27 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département, Mme Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture de la Vienne, a reçu délégation de signature de la préfète de la Vienne à l'effet de signer notamment tous arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les articles 3 et 11 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et rappelle les circonstances de fait relatives à la situation administrative et personnelle du requérant. Il mentionne en particulier que M. A ne justifie pas être en possession d'un visa long séjour, que le contrat dont se prévaut M. A a pris fin le 31 décembre 2019 et qu'il ne justifie pas de la réalité et de la viabilité économique de la société dont il est le gérant. La circonstance que l'arrêté comporte une contradiction dans la date d'entrée en France de l'intéressé constitue une erreur purement matérielle qui n'est pas de nature à remettre en cause la légalité de la décision. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision de refus de titre de séjour et du défaut d'examen approfondi de la situation personnelle du requérant doivent être écartés.
6. En deuxième lieu, l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 stipule : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention "salarié " () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que le contrat de travail de M. A avec la société S2iA a pris fin le 31 décembre 2019. Par suite, la préfète de la Vienne n'a pas commis d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " pour ce motif.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur/ profession libérale " d'une durée maximale d'un an. ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".
9. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas des termes de l'article L. 412-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'étranger sollicitant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-5 du même code serait exempté de production d'un visa de long séjour. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que M. A est entré en France sans visa de long séjour. Dès lors, pour cette seule raison, la préfète de la Vienne était fondée à lui refuser la délivrance d'un titre de séjour mention " entrepreneur ", l'accord franco-tunisien ne faisant pas obstacle à l'application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. En quatrième lieu, en l'absence de document émanant d'un expert-comptable, les pièces justificatives produites, qui sont essentiellement déclaratives, ne permettent pas d'établir que M. A tire de son activité non salariée des moyens d'existence suffisants. Dans ces conditions, en refusant de lui accorder le titre de séjour sollicité au seul motif de l'absence de visa de long séjour, la préfète de la Vienne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
11. En cinquième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, le refus de délivrance d'un titre de séjour " salarié " ou " entrepreneur " est nécessairement fondé sur des motifs indépendants de l'appréciation des liens privés et familiaux du demandeur sur le territoire français.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, dès lors que l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour n'est pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.
14. En deuxième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
15. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué, l'épouse et les deux enfants de M. A résidaient en Tunisie, pays où il a lui-même vécu 45 ans avant son entrée en France. Si l'intéressé fait valoir que son épouse et ses deux enfants sont venus lui rendre visite en France en juin 2022, que son épouse est rentrée en Tunisie, mais que ses enfants sont restés en France, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Tunisie, pays dont chacun des membres de la famille possède la nationalité. En outre, les seules circonstances qu'il ait été employé sur le territoire français en contrat à durée déterminée puis qu'il ait créé une société ne suffisent pas à justifier d'une insertion particulière dans la société française. Par suite, en l'obligeant à quitter le territoire français la préfète de la Vienne n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a ainsi pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
16. En troisième lieu, il ne ressort pas de termes de la décision que la préfète de la Vienne se serait estimée en situation de compétence liée pour obliger M. A à quitter le territoire français.
En ce qui concerne le délai de départ volontaire :
17. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".
18. Il résulte de ces dispositions que, dans l'hypothèse où l'autorité administrative accorde le délai de départ volontaire de trente jours, elle n'a pas à motiver spécifiquement cette décision, à moins que l'étranger ait expressément demandé le bénéfice d'une prolongation de ce délai ou justifie avoir informé l'autorité administrative d'éléments suffisamment précis sur sa situation personnelle susceptibles de la rendre nécessaire, au sens des dispositions précitées.
19. En l'espèce, M. A n'établit pas avoir sollicité de la préfète de la Vienne l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ou avoir informé l'autorité administrative d'une situation le justifiant. En outre, il ne fait état d'aucun motif de nature à justifier une prolongation du délai de départ volontaire accordé.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
20. Dès lors que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
21. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fins d'annulation de l'arrêté attaqué, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressé doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative comme celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande M. A au titre des frais exposés.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Vienne.
Une copie sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 31 août 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Bruston, présidente,
Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,
Mme Gibson-Théry, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.
La rapporteure,
Signé
A. THEVENET-BRECHOT
La présidente,
Signé
S. BRUSTON La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La Greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026