jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2200969 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL MRV AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 14 avril 2022 et le 19 avril 2023, M. B A et Mme D C, épouse A, représentés par la SELARL Optima Avocats, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 20 février 2022 du maire de Salles-sur-Mer et la décision du 1er mars 2022 du président de la communauté d'agglomération de La Rochelle, refusant d'abroger partiellement la délibération du conseil communautaire du 19 janvier 2019 approuvant le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi), en tant qu'elle classe les parcelles cadastrées section Y 495, 496, 497 et 498 en zone agricole ;
2°) d'enjoindre à la communauté d'agglomération de La Rochelle de réexaminer le zonage des parcelles cadastrées section Y 495, 496, 497 et 498 ;
3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération de La Rochelle une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que le classement des parcelles cadastrées section Y 495, 496, 497 et 498 en zone agricole est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2022, la communauté d'agglomération de La Rochelle, représentée par la SELARL MVR Avocats, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne justifient pas de leur qualité de propriétaire des parcelles litigieuses ;
- aucun des moyens n'est fondé.
La requête a été communiquée le 26 avril 2022 à la commune de Salles-sur-Mer qui n'a pas produit de mémoire.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Boutet,
- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A sont propriétaires de parcelles cadastrées section Y n° 495, 496, 497, 498 et 499 situées au lieu-dit " Fief de Jamesse " sur le territoire de la commune de Salles-sur-Mer (Charente-Maritime). Ces parcelles ont été classées en zone agricole par le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la communauté d'agglomération de La Rochelle adopté par délibération du conseil communautaire du 19 décembre 2019. Par un courrier du 13 décembre 2021, M. et Mme A ont saisi le maire de Salles-sur-Mer d'une demande tendant à ce que le zonage des parcelles précitées soit modifié afin qu'elles soient intégrées à la zone UL2. Le 1er mars 2022, le président de la communauté d'agglomération de La Rochelle a informé les requérants que leur demande serait examinée dans le cadre d'une révision du plan local d'urbanisme intercommunal non encore prescrite à ce jour. Par la présente requête, M. et Mme A doivent être regardés comme demandant l'annulation de cette dernière décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, il résulte de la combinaison des articles R. 153-19 du code de l'urbanisme et L. 5211-1 et L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales, que si le conseil communautaire est seul compétent pour abroger tout ou partie du plan local d'urbanisme d'une communauté d'agglomération, c'est à son président qu'il revient d'inscrire cette question à l'ordre du jour d'une réunion du conseil communautaire. Par suite, le président de cette communauté a compétence pour rejeter une demande tendant à l'abrogation du PLUi ou de certaines de ses dispositions. Toutefois, il ne peut légalement prendre une telle décision que si les dispositions dont l'abrogation est sollicitée sont elles-mêmes légales. Dans l'hypothèse inverse, en effet, il est tenu d'inscrire la question à l'ordre du jour du conseil communautaire, pour permettre à celui-ci, seul compétent pour ce faire, de prononcer l'abrogation des dispositions illégales.
3. D'autre part, selon l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme, applicable en l'espèce: " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ". Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme, a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.
4. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
5. Le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) du PLUi de la communauté d'agglomération de La Rochelle comporte une orientation n°4 qui vise à " accueillir plus de jeunes et d'actifs et développer le territoire dans l'enveloppe urbaine existante ", notamment en produisant la majorité des logements dans les enveloppes déjà bâties, en réduisant considérablement le développement urbain sur la zone agricole, en luttant contre le mitage agricole et en concentrant le développement urbain. L'orientation n°1 du PADD, qui vise à offrir " accessibilité et nouvelles mobilités du territoire pour faciliter le développement de l'agglomération " prévoit notamment de " ne plus développer les hameaux et les écarts, concentrer les développements urbains au plus près des centralités, du cœur de l'agglomération et des pôles d'appui ". Enfin, l'orientation n° 8 du PADD, qui vise à " pérenniser l'agriculture et mettre en place les conditions pour maintenir une filière conchylicole dynamique ", prévoit de " renforcer les liens entre agriculture, paysage et trame verte et bleue ", notamment en favorisant " des zones de transition et encourager la qualité multifonctionnelle des zones d'interfaces entre zone urbaine et zone agricole à travers les programmes d'aménagement (bassin de rétention des eaux pluviales, franges paysagères) ".
6. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle n°495, sur laquelle la maison d'habitation des requérants est implantée, de même que la parcelle voisine n°499 leur appartenant, est classée en zone UL2 de sorte qu'il n'y a pas de litige concernant cette parcelle. Les requérants font valoir que les parcelles attenantes n° 496, 497 et 498, dont le classement en zone A est en litige, qui abritent une piscine entourée d'une terrasse ainsi qu'un terrain de tennis, forment un ensemble immobilier unique avec leur maison d'habitation et qu'elles ne présentent en elles-mêmes aucun intérêt tant sur le plan paysager que sur le plan agricole ou écologique. Il ressort toutefois des pièces du dossier que ces parcelles sont séparées de l'agglomération de Salles-sur-Mer par la route départementale 109 et s'ouvrent au Sud et à l'Est sur de vastes étendues agricoles. Dans ces conditions, et compte tenu du potentiel agricole du secteur dans lequel ces parcelles se situent et des orientations précitées du PADD visant à limiter l'étalement urbain, à préserver les espaces agricoles et à développer des franges paysagères, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les auteurs du PLUi ont commis une erreur manifeste d'appréciation en classant les parcelles cadastrées section Y n° 496, 497 et 498 en zone agricole.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. et Mme A doit être rejetée, sans qu'il soit nécessaire de statuer sur sa recevabilité.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme A la somme de 1 200 euros à verser à la communauté d'agglomération de La Rochelle au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
9. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de la communauté d'agglomération de La Rochelle, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : M. et Mme A verseront la somme de 1 200 à la communauté d'agglomération de La Rochelle au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et Mme D A, à la communauté d'agglomération de La Rochelle et à la commune de Salles-sur-mer.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Le Méhauté, président,
Mme Boutet première conseillère,
M. Bureau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.
La rapporteure,
Signé
M. BOUTET
Le président,
Signé
A. LE MEHAUTE La greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef
La greffière
Signé
G. FAVARD
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