jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2200981 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | HELLER |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2204437 du 12 avril 2022, le président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête, enregistrée le 21 mars 2022, présentée par Mme B.
Par cette requête, enregistrée au tribunal le 12 avril 2022, Mme A B, représentée par Me Heller, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er février 2022 par laquelle le conseil de discipline de la société centrale canine a prononcé son interdiction temporaire d'inscrire sa production de chiots au livre des origines françaises pour une durée d'un an ;
2°) de mettre à la charge de la société centrale canine une somme de 3 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que le courrier qui lui a été adressé le 15 novembre 2021 ne lui permettait pas de connaître les faits qui lui sont reprochés ;
- elle a été prise en méconnaissance du principe des droits de la défense garanti par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont découle le principe du contradictoire ; la décision du conseil de discipline est en outre entachée de partialité ;
- elle est entachée d'une inexacte qualification des faits qui lui sont reprochés ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 octobre 2022, la société centrale canine conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 3 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Boutet,
- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B exerce une activité d'éleveuse de chiens de race cocker spaniel américain sous l'enseigne " Elevage du Logis d'Argence ". Par la présente requête, elle demande l'annulation de la décision prise par le conseil de discipline de la société centrale canine le 1er février 2022, lui interdisant, à titre de sanction disciplinaire, d'inscrire sa production au livre des origines française (LOF) pendant une durée d'un an.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'A-18 du règlement des expositions canines : " Pourront être exclus temporairement ou définitivement des expositions et concours organisés par la Société Centrale Canine, avec extension possible aux manifestations organisées par les associations affiliées : / Ceux qui auront fait une fausse déclaration. () Les sanctions seront prononcées conformément aux articles 30 à 36 du Règlement Intérieur de la Société Centrale Canine ". Aux termes de l'article 33 du règlement intérieur de la société centrale canine (SCC) : " Les sanctions applicables aux personnes sont : I. - Au 1er degré : 1° L'avertissement. II. - Au 2ème degré : 2° L'interdiction de faire inscrire des chiens au L.O.F. 3° L'exclusion temporaire ou définitive de toutes les Manifestations qui entraîne la suppression de tous rapports avec la S.C.C ". Par ailleurs, l'article 36 du règlement intérieur de la société centrale canine relatif à la procédure devant le conseil de discipline dispose que : " Aucune sanction ne pourra être prise tant par la SCC quand elle se saisit directement, que par les Groupements affiliés, sans que les intéressés aient été avisés par lettre recommandée : 1° de la nature des faits qui leur sont reprochés ; 2° de la sanction qu'ils peuvent en courir ; 3° d'avoir, s'ils le jugent utile, à déposer leur défense au siège, soit de la SCC, soit du Groupement affilié, dans un délai de quinzaine, à l'expiration duquel le conseil de discipline de la SCC ou le Comité du Groupement saisi statuera - ou à faire connaître, dans le même délai, s'ils désirent présenter eux même leur défense ".
3. La requérante soutient que le courrier de convocation au conseil de discipline du 6 décembre 2021, qui lui a été adressé le 15 novembre 2021, comporte de nombreuses imprécisions et erreurs concernant l'objet même des poursuites de sorte qu'elle n'a pas été en mesure d'appréhender clairement les faits qui lui étaient reprochés en méconnaissance des dispositions du 1° de l'article 36 du règlement intérieur et de préparer utilement sa défense. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le courrier du 15 novembre 2021 de convocation au conseil de discipline du 6 décembre 2021 indique clairement à la requérante les faits qui lui sont reprochés, à savoir la fausse déclaration de la saillie le 18 septembre 2016 de Ines of Sun Metcha Legend Royalty par l'étalon Inc Pitch It Again ayant donné naissance à quatre chiots dont Monya vendue à Mme C et de la saillie le 18 septembre 2016 de Lili Marlène par l'étalon Royalty Inc Pitch It Again ayant donné naissance à quatre chiots dont Neptune vendu à Mme C. Les précisions contenues dans ce courrier étaient suffisantes pour que l'erreur matérielle concernant la date de saillie de Lili Marlène indiquée dans ce courrier, qui se serait en réalité déroulée le 24 septembre 2017, ne soit pas de nature à induire en erreur la requérante sur la portée en cause. Il en est de même en ce qui concerne la circonstance que le chien Neptune n'ait pas été vendu mais cédé à titre gratuit à Mme C. Enfin, la requérante n'invoque aucune disposition qui imposerait que ce courrier, qui indique bien les sanctions encourues par l'intéressée et la possibilité de se présenter seule ou assistée au conseil de discipline, mentionne les textes sur lesquels les poursuites seraient fondées ou les modalités de consultation du dossier de la procédure. En tout état de cause, l'affaire a fait l'objet d'une seconde convocation par courrier du 22 décembre 2021 pour une nouvelle audience devant le conseil de discipline le 1er février 2022 et la requérante ne conteste pas avoir été suffisamment informée, pour cette deuxième audience, et avec l'éclairage de la première, des faits qui lui étaient reprochés. Le moyen tiré du vice de procédure peut par suite être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bienfondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle ".
5. L'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit au procès équitable ne peut être utilement invoqué pour contester la régularité d'une procédure administrative, y compris une procédure disciplinaire, qui n'est pas un procès. Par ailleurs, la décision du Conseil d'Etat du 12 mai 1961, Société La Huta, n° 40674, concerne le respect du principe du contradictoire devant les juridictions administratives et n'est pas applicable à la sanction administrative en litige. Par suite, la requérante n'est pas fondée à invoquer la méconnaissance du principe du contradictoire sur le fondement des dispositions qu'elle invoque.
6. En troisième lieu, la circonstance que le conseil de discipline a versé pour la première fois dans la procédure, en janvier 2022 durant la réouverture des débats en vue de la seconde audience, un courrier daté de décembre 2020 qui aurait été adressé à Mme B pour lui demander de réaliser des tests sur les chiots de la portée de Lili Marlène, alors que ce courrier n'avait jamais été évoqué lors de la première audience ni dans le procès-verbal de réouverture des débats, ne suffit pas à mettre en cause l'impartialité du conseil de discipline, dont la composition n'est pas contestée. De même, si la décision de sanction en litige indique que Mme B " aurait dissimulé " qu'elle détient un quatrième mâle, qu'elle " tente de semer la confusion " en évoquant une portée de quatre chiots au lieu de cinq ou encore qu'elle " n'est pas de bonne foi ", les termes ainsi employés ne permettent pas d'établir que le conseil de discipline n'était pas impartial. Le moyen tiré de la partialité du conseil de discipline doit par suite être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article D. 214-13 du code rural et de la pêche maritime : " Pour les animaux de l'espèce canine, l'envoi des déclarations de saillies par l'éleveur à la fédération tenant le livre généalogique doit avoir lieu dans les quatre semaines suivant la saillie, celui des déclarations de naissance dans un délai qui ne pourra excéder deux semaines suivant la naissance. Le contrôle de ces déclarations incombe à la fédération tenant le livre généalogique qui, notamment, fera procéder à des visites inopinées des élevages ". Par ailleurs, aux termes de l'article D. 214-10 du code rural : " la confirmation est obligatoire pour les reproducteurs de l'espèce canine des deux sexes () ".
8. Il n'est pas contesté que le géniteur de Monya, issue de la portée d'Ines of the Sun, n'est pas Royalty Inc Pitch It Again contrairement à la déclaration de Mme B, dès lors que les tests génétiques ont indiqué que le géniteur était en réalité Téliman Art Crossfire, qui n'était pas encore un étalon confirmé et dont la descendance ne pouvait donc pas être inscrite au livre des origines françaises (LOF). S'agissant de la filiation du chiot Neptune issu de la portée de Lili Marlène, les premiers tests génétiques réalisés ont conduit à une incompatibilité de filiation avec le géniteur déclaré Royalty Inc Pitch It Again, mais aussi avec les autres étalons considérés comme envisageables par Mme B à savoir Undoubtably Good Fly Mystery et Teliman Art Crossfire. La requérante a produit devant le conseil de discipline un test ADN réalisé le 19 janvier 2022 indiquant que le chiot Nerval, issu de la même portée génétique que Neptune était compatible pour une filiation avec Royalty Inc Pitch It Again mais aussi avec Undoubtably Good Fly Mystery. Ce test a été remis en cause par une contre-analyse réalisée le 1er février 2022 qui a par ailleurs été confirmée par une nouvelle analyse postérieure à la décision attaquée, datée du 26 septembre 2022.
9. D'une part, à supposer même que la requérante aurait réalisé de bonne foi les déclarations de saillies en litige, qui auraient selon elle été réalisées par insémination, la société centrale canine n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article A-18 du règlement des expositions canines en qualifiant ces déclarations de fausses.
10. D'autre part, il n'est pas utilement contesté que le géniteur de Monya est Teliman Art Crossfire qui n'était pas encore confirmé et que celui de Neptune serait un quatrième male, Jaz Mzraz, que Mme B n'aurait pas évoqué auprès de la société centrale canine, qui serait le père de la lice Lili Marlène et qui ne pouvait donc pas être accouplé avec elle. Dans ces conditions, et quand bien même Mme B n'a pas fait l'objet de précédentes sanctions depuis le début de son activité en 2007, la société centrale canine n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prenant la sanction de 2ème degré consistant en une interdiction d'inscrire sa production au LOF pendant une durée d'un an au motif des deux fausses déclarations réalisées par Mme B.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 1er février 2022 de la société centrale canine présentées par Mme B doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mise à la charge de la société centrale canine la somme que Mme B réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
13. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme de 1 200 euros à verser à la société centrale canine sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Mme B versera à la société centrale canine la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la société centrale canine.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jarrige, président,
Mme Boutet, première conseillère,
Mme Dumont, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.
Le rapporteur,
Signé
M. BOUTET
Le président,
Signé
A. JARRIGE
La greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026