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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200984

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200984

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200984
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantGENEST

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 avril 2022, Mme H C, représentée par Me Genest, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 février 2022 par lequel la préfète de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour mention " étudiant " dans un délai de quarante-cinq jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît l'article 9 de la convention franco-sénégalaise et l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Par un mémoire en défense enregistré le 1er août 2022, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme G a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante sénégalaise née le 27 juin 1996, est entrée en France en septembre 2018 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 29 août 2019. Elle a bénéficié de titres de séjour mention " étudiant " régulièrement renouvelés jusqu'au 20 septembre 2021. Le 13 août 2021, elle a demandé le renouvellement de son titre de séjour. Par l'arrêté litigieux du 18 février 2022, la préfète de la Vienne a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté n°2021-SG-DCPPAT-021 du 27 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département, prévoit qu'en cas d'absence ou d'empêchement de Mme Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture de la Vienne, la délégation de signature qui lui est consentie est exercée par Mme D B, directrice de cabinet de la préfecture de la Vienne. Cet arrêté indique en outre que Mme E A a reçu délégation de la préfète de la Vienne à l'effet de signer notamment tous arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 dispose : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation qui ne peut être assuré dans le pays d'origine, sur le territoire de l'autre Etat doivent, pour obtenir le visa de long séjour prévu à l'article 4, présenter une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage. Ils doivent en outre justifier de moyens d'existence suffisants, tels qu'ils figurent en annexe. / Les intéressés reçoivent, le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d'existence suffisants. ". Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". Le renouvellement de carte de séjour " étudiant " est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir.

4. Il ressort des pièces du dossier qu'au titre de l'année 2018/2019, Mme C était inscrite en première année de licence de sociologie, mais n'a pas validé son année, puis, qu'au titre des années 2019/2020 et 2020/2021, elle était inscrite en licence d'économie-gestion mais a échoué par deux fois à valider sa première année de licence. Pour justifier ses trois échecs successifs en première année de licence, Mme C soutient que, comme grand nombre d'étudiants, elle ne s'est pas adaptée au système universitaire qui requiert une grande autonomie. Toutefois, alors qu'elle n'a obtenu aucun diplôme depuis son entrée en France en 2018, la préfète de la Vienne était fondée à considérer qu'à la date de l'arrêté attaqué, l'intéressée ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études, nonobstant la circonstance qu'elle se soit inscrite pour l'année scolaire 2021/2022 en BTS Management commercial opérationnel dispensé à distance par l'ENACO. Par suite, la préfète de la Vienne, qui n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, était fondée à refuser le renouvellement du titre de séjour de Mme C.

5. En second lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

6. Un requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance de ces stipulations à l'encontre d'un refus de titre de séjour portant la mention " étudiant ", sauf dans le cas où l'autorité qui édicte cette décision se fonde elle-même sur l'absence d'atteinte au droit à la vie privée et familiale. La préfète de la Vienne s'étant exclusivement fondée, pour rejeter la demande de renouvellement du titre de séjour de Mme C, sur l'absence de caractère réel et sérieux des études menées par l'intéressée et n'ayant relevé l'absence d'atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée qu'à l'appui de l'examen de la possibilité d'éloigner la requérante, le moyen tiré de la violation de ces stipulations est inopérant à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, l'exception d'illégalité invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

8. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C, entrée en France en septembre 2018, est célibataire et sans enfant. En outre, elle ne justifie pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où vit notamment son père qui lui fait parvenir une aide mensuelle d'environ 615 euros pour payer ses frais d'étude et de séjour. Enfin, elle ne démontre pas avoir tissé en France des liens personnels et familiaux intenses, anciens et stables. Dans ces conditions, la préfète de la Vienne n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 18 février 2022, par lequel la préfète de la Vienne a refusé à Mme C la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fins d'annulation de l'arrêté attaqué, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressée doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative comme celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande Mme C au titre des frais exposés.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F et au préfet de la Vienne.

Une copie sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 31 août 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bruston, présidente,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

A. THEVENET-BRECHOT

La présidente,

Signé

S. BRUSTON La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La Greffière,

N. COLLET

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