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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201004

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201004

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201004
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP KPL AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 avril 2022, la société civile immobilière LCMP, représentée par Me Joseph, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2021 par lequel le maire de La Tremblade a délivré un permis de construire n° PC 01745221N0009 à la société civile immobilière DSD pour la transformation et l'extension d'une habitation, ensemble le permis de construire tacite délivré le 10 avril 2021 ;

2°) d'annuler la décision implicite née le 19 avril 2022 par laquelle le maire de la Tremblade a refusé de retirer pour fraude le permis de construire n° PC 01745221N0009 accordé le 19 avril 2021 à la SCI DSD ;

3°) de mettre à la charge de la commune de La Tremblade la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 mai 2022 et 6 janvier 2023, la société civile immobilière DSD, représentée par Me Rouché, conclut au rejet de la requête, à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société civile immobilière LCMP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la condamner aux dépens.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2022, la commune de La Tremblade, représentée par la SCP KPL Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société civile immobilière LCMP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal () peuvent, par ordonnance : / () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ;/ 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15. ". Aux termes de l'article R. 424-15 du même code : " Mention du permis explicite ou tacite ou de la déclaration préalable doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté ou dès la date à laquelle le permis tacite ou la décision de non-opposition à la déclaration préalable est acquis et pendant toute la durée du chantier. () ". Aux termes de l'article A. 424-17 de ce code : " Le panneau d'affichage comprend la mention suivante : / " Droit de recours : / " Le délai de recours contentieux est de deux mois à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain du présent panneau (art. R. 600-2 du code de l'urbanisme). ()" ".

3. Il ressort des pièces du dossier que les permis de construire délivrés à la SCI DSD ont fait l'objet d'un affichage sur le terrain, visible et comportant l'ensemble des mentions requises, à compter du 28 mai 2021 et pendant une période continue de deux mois. Par suite, la requête dirigée à l'encontre de ces permis par la SCI LCMP, enregistrée le 21 avril 2022, l'a été postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux et les conclusions à fin d'annulation de ces permis sont ainsi manifestement irrecevables car tardives. Par suite, il y a lieu de rejeter ces conclusions par application des dispositions précitées du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. () ".

5. La décision refusant de retirer un permis de construire constitue, pour l'application des dispositions reproduites au point 4, une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le code de l'urbanisme. Dès lors, il appartient à l'auteur d'un recours contentieux dirigé contre une telle décision d'adresser au greffe de la juridiction où le recours contentieux a été enregistré la preuve de la notification de ce recours à l'auteur de la décision contestée et au titulaire de l'autorisation.

6. Il appartient au juge, au besoin d'office, de rejeter le recours comme irrecevable, lorsque son auteur, après y avoir été invité par lui, n'a pas justifié de l'accomplissement des formalités requises par les dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme.

7. La SCI LCMP demande également l'annulation de la décision par laquelle le maire de la commune de La Tremblade a refusé de retirer pour fraude le permis de construire qu'il avait accordé tacitement le 10 avril 2021, confirmé par un arrêté du 19 avril 2021, à la SCI DSD. En dépit de la demande qui a été adressée au conseil de la société requérante par le biais de l'application Télérecours le 1er mars 2023, et dont celui-ci a accusé réception le jour même, la société requérante n'a pas produit les pièces permettant d'établir qu'elle aurait notifié son recours administratif du 14 février 2022 au pétitionnaire et à l'auteur des décisions faisant l'objet de ce recours administratif dans les délais prescrits par l'article R. 600-1 précité. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de refus de retrait pour fraude des permis de construire sont manifestement irrecevables et doivent être rejetées en application des dispositions précitées du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de la commune de La Tremblade, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

9. Il n'y a pas non plus lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société requérante les sommes demandées par la commune de La Tremblade et par la SCI DSD au titre des frais irrépétibles et, faute de dépens, les conclusions à fin de condamnation aux dépens ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société civile immobilière LCMP est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de La Tremblade et par la société civile immobilière DSD au titre des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière LCMP, à la commune de La Tremblade et à la société civile immobilière DSD.

Fait à Poitiers, le 20 février 2024.

Le président,

Signé

A. JARRIGE

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

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