jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2201022 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP KPL AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par un déféré et des pièces complémentaires enregistrés les 25 et 26 avril 2022, ainsi que le 5 mai 2022, le préfet de la Charente-Maritime demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2021 par lequel le maire de La Tremblade a accordé un permis de construire à la SCEA Etablissements Lamaison pour la construction d'un bâtiment de stockage de matériels pour l'exploitation des huîtres, en extension de bâtiments existants.
Il soutient que l'arrêté a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 septembre 2022, la commune de La Tremblade, représentée par la SCP KPL Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge du préfet de la Charente-Maritime au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le déféré est irrecevable, dès lors qu'il est dirigé contre une décision confirmative ne faisant pas grief ;
- le moyen de la requête est infondé.
Par un courrier du 12 février 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen soulevé d'office tiré de ce qu'il appartient à l'auteur d'un recours contentieux dirigé contre une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le code de l'urbanisme d'adresser au greffe de la juridiction où le recours contentieux a été enregistré une copie du certificat de dépôt de la lettre recommandée adressée à l'auteur de la décision contestée et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation. En outre, si ce recours a été précédé d'un recours administratif qui a eu pour effet de conserver le délai de recours contentieux, doit également être transmise au greffe de la juridiction concernée une copie du certificat de dépôt de la lettre recommandée afférente au recours administratif. A défaut de l'accomplissement des formalités de notification précitées, un recours administratif ne proroge pas le délai du recours contentieux.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dumont,
- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,
- les observations de Me Pielberg, représentant la commune de La Tremblade.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 25 octobre 2021, le maire de La Tremblade a délivré un permis de construire à la SCEA Etablissements Lamaison pour la construction d'un bâtiment de stockage de matériels pour l'exploitation des huîtres, en extension de bâtiments existants, pour une surface de 673 m2. Par le présent déféré, le préfet de la Charente-Maritime demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la recevabilité de la requête :
2. Aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre () d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation () L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux () ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'auteur d'un recours contentieux dirigé contre une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le code de l'urbanisme d'adresser au greffe de la juridiction où le recours contentieux a été enregistré une copie du certificat de dépôt de la lettre recommandée adressée à l'auteur de la décision contestée et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation. En outre, si ce recours a été précédé d'un recours administratif qui a eu pour effet de conserver le délai de recours contentieux, doit également être transmise au greffe de la juridiction concernée une copie du certificat de dépôt de la lettre recommandée afférente au recours administratif. A défaut de l'accomplissement des formalités de notification précitées, un recours administratif ne proroge pas le délai du recours contentieux.
4. Il appartient au juge, au besoin d'office, de rejeter le recours comme irrecevable lorsque son auteur, après y avoir été invité par lui ou en réponse à une fin de non-recevoir soulevée en défense, n'a pas justifié de l'accomplissement des formalités requises par les dispositions précitées. La production du certificat de dépôt de la lettre recommandée suffit à justifier de l'accomplissement de la formalité de notification lorsqu'il n'est pas soutenu devant le juge qu'elle aurait eu un contenu insuffisant au regard de l'obligation d'information qui pèse sur l'auteur du recours.
5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Charente-Maritime, invité à régulariser son déféré par deux courriers du greffe du tribunal, n'a pas produit la preuve de la notification à la société pétitionnaire du recours gracieux qu'il a adressé le 3 janvier 2022 au maire de La Tremblade. Par suite, ce recours gracieux n'a pas prorogé le délai de deux mois dont disposait le préfet pour demander l'annulation de la décision du 25 octobre 2021.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que le déféré du préfet de la Charente-Maritime, enregistré seulement le 25 avril 2022 au greffe du tribunal, est tardif et ne peut qu'être rejetée comme irrecevable.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à la commune de La Tremblade au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le déféré du préfet de la Charente-Maritime est rejeté.
Article 2 : L'Etat versera à la commune de La Tremblade la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Charente-Maritime, à la commune de La Tremblade et à la SCEA Etablissements Lamaison.
Délibéré après l'audience du 9 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Bris, présidente,
Mme Dumont, première conseillère,
Mme Balsan-Jossa, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
G. DUMONT
La présidente,
Signé
I. LE BRIS
Le greffier,
Signé
S. GAGNAIRE
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
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