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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201064

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201064

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201064
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers a rejeté la requête de M. A, qui contestait le refus de la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine de l'autoriser à exploiter 45,53 hectares de terres agricoles. Le tribunal a écarté le moyen tiré d'un vice de procédure, estimant que l'avis de la commission départementale d'orientation de l'agriculture reposait sur des critères objectifs et que M. A n'avait pas démontré de partialité. Il a également jugé que l'administration n'avait pas commis d'erreur d'appréciation dans l'application des critères de départage prévus par le schéma directeur régional des exploitations agricoles, fondé sur les articles L. 312-1 et L. 331-2 du code rural et de la pêche maritime.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 avril 2022, M. B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2021 par lequel la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine ne l'a pas autorisé à exploiter 45,53 hectares de terres situées sur la commune d'Oradour-Fanais (Charente), ensemble la décision du 28 février 2022 par laquelle la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine a rejeté son recours gracieux formé le 27 janvier 2022.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure tiré de l'irrégularité de l'avis rendu par la commission départementale d'orientation de l'agriculture du fait des pressions qui auraient été exercées par un élu syndical en faveur du bénéficiaire de l'autorisation d'exploiter ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son projet respecte davantage les objectifs de développement territorial et de protection de l'environnement que le projet concurrent ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans la mise en œuvre des critères de départage prévus par le schéma directeur régional des exploitations agricoles.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juillet 2022, la société civile d'exploitation agricole (SCEA) des 4 B conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 mars 2023, la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumont,

- et les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, exploitant agricole à Oradour-Fanais (Charente), a présenté le 13 septembre 2021 une demande d'autorisation d'exploiter 45,53 hectares en agrandissement de son exploitation. Cette demande a été présentée en concurrence de celle déposée pour les mêmes parcelles par la SCEA des 4 B le 23 juillet 2021. Le 29 novembre 2021, la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine a pris un arrêté refusant à M. A l'autorisation d'exploiter sollicitée. M. A a formé un recours gracieux contre cette décision le 27 janvier 2022, lequel a été rejeté le 28 février 2022. Par sa requête, il demande l'annulation de la décision du 29 novembre 2021, ensemble la décision rejetant son recours gracieux.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 331-5 du code rural et de la pêche maritime : " I. La commission départementale d'orientation de l'agriculture mentionnée à l'article R. 313-l peut être consultée sur les demandes d'autorisation d'exploiter auxquelles il est envisagé d'opposer un refus pour l'un des motifs prévus à l'article L. 331-3-1. Dans ce cas, et lorsque des candidatures concurrentes ont été enregistrées sur tout ou partie des biens qui font l'objet de la demande, l'ensemble des dossiers portant sur ces biens lui est soumis au cours de la même séance. / Les candidats, les propriétaires et les preneurs en place sont informés de la date d'examen des dossiers les concernant par la commission par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou remise contre récépissé () ".

3. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal de la consultation écrite de la commission départementale d'orientation de l'agriculture de la Charente du 27 octobre 2021, que ses membres ont seulement été appelés à se prononcer sur deux des cinq critères de départage entre le dossier de M. A et celui de la SCEA des 4 B, ces dossiers étant au même rang de priorité pour 35,84 hectares, et qu'à l'issue des votes sur ces deux critères de départage, le requérant et la SCEA des Quatre B ont obtenu exactement le même nombre de points, à savoir 18 points. Il ressort également des pièces du dossier que l'avis de la commission départementale d'orientation de l'agriculture, rendu à la majorité de 10 votants, repose sur deux critères précis et que M. A n'a pas été défavorisé par l'application de ces critères. S'il n'a obtenu que 12 points sur 15 s'agissant du critère 7 qui repose sur la proximité des parcelles pour lesquelles une autorisation est sollicitée avec l'exploitation du demandeur, il est établi que son exploitation est légèrement plus éloignée des parcelles en cause que celle de la SCEA des Qautre B. S'agissant du critère n°8 relatif à la situation personnelle du demandeur et des autres candidats, M. A a obtenu plus de points que la SCEA des Quatre B. Dans ces circonstances, alors que l'avis de commission départementale d'orientation de l'agriculture repose sur des critères objectifs et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'application de ces critères a défavorisé M. A, ce dernier, qui ne démontre pas, par ailleurs, que cette commission aurait été partiale, n'est pas fondé à soutenir que cet avis serait irrégulier du fait des pressions qui auraient été exercées par un élu syndical en faveur de la SCEA des Quatre B.

4. En second lieu, aux termes du III de l'article L. 312-1 du code rural et de la pêche maritime : " Le schéma directeur régional des exploitations agricoles établit, pour répondre à l'ensemble des objectifs et orientations mentionnés au I du présent article, l'ordre des priorités entre les différents types d'opérations concernées par une demande d'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2, en prenant en compte l'intérêt économique et environnemental de l'opération ". En vertu du 1° du I de l'article L. 331-2 du même code sont soumises à autorisation préalable les installations, les agrandissements ou les réunions d'exploitations agricoles mentionnés à cet article. Le second alinéa de l'article L. 331-3 du même code dispose que l'autorité administrative " vérifie, compte tenu des motifs de refus prévus à l'article L. 331-3-1, si les conditions de l'opération permettent de délivrer l'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 et se prononce sur la demande d'autorisation par une décision motivée. " Aux termes du I de l'article L. 331-3-1 du même code : " L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée : / 1° Lorsqu'il existe un candidat à la reprise ou un preneur en place répondant à un rang de priorité supérieur au regard du schéma directeur régional des structures agricoles mentionné à l'article L. 312-1 ; / () ".

5. Il résulte du 1° du I de l'article L. 331-2 du code rural et de la pêche maritime, du second alinéa de l'article L. 331-3 et du I de l'article L. 331-3-1 de ce code que, lorsqu'il est saisi de demandes d'autorisation concurrentes par un preneur en place ou un candidat à la reprise répondant à des ordres de priorités différents au regard des prescriptions du schéma directeur régional, le préfet fait en principe application de l'ordre de priorité fixé par le schéma pour rejeter la demande placée à un ordre de priorité inférieur. Il peut toutefois délivrer une autorisation concurrente à une demande de rang inférieur si l'intérêt général ou des circonstances particulières, en rapport avec les objectifs du schéma directeur, le justifient.

6. Par ailleurs, aux termes de l'article 3 du schéma directeur régional des exploitations agricoles (SDREA) pour la région Nouvelle-Aquitaine du 17 mars 2021 alors en vigueur relatif à l'ordre des priorités : " Les autorisations d'exploiter sont délivrées selon un ordre de priorité établi en tenant compte : de la nature de l'opération au regard des objectifs du contrôle des structures et des orientations définies par le présent schéma ; de l'intérêt économique et environnemental de l'opération, selon les critères définis à l'article 5 et, le cas échéant, application d'un coefficient de pondération. () En cas de demandes concurrentes dans un même rang de priorité et afin de dégager les demandes les plus prioritaires, l'autorité administrative compétente départage les demandes entre elles selon la grille de critères définie à l'article 5 du présent arrêté. Pour cela, chaque critère de la grille est analysé et les points correspondants à la situation du demandeur sont additionnés. L'autorisation est accordée à la demande ayant obtenu le plus de points. En application de l'article 5 du présent arrêté, aucune égalité de points ne peut survenir entre deux demandes du même rang de priorité () ". Le 3 de l'article 5 du même schéma relatif aux critères et à leur pondération dispose que : " Les candidats sur le même rang de priorité sont départagés au regard de la grille de critères en annexe 5 du présent arrêté ".

7. D'une part, si le requérant soutient que son projet est plus respectueux de l'environnement et des objectifs de développement durable que celui de la SCEA des Quatre B, il ressort des pièces du dossier que les critères de départage fixés par le schéma directeur régional des exploitations agricoles du 17 mars 2021 tiennent compte des objectifs de protection de l'environnement et que M. A a obtenu 10 points sur le critère " mise en œuvre de systèmes de production agricole permettant de combiner performance économique et performance environnementale, dont ceux relevant du mode de production biologique ", alors que la SCEA concurrente n'en a obtenu aucun. D'autre part, si, après avoir additionné le nombre de points obtenus au titre de l'ensemble des critères de départage, le dossier de la SCEA totalise deux points de plus que celui de M. A, ce qui a conduit l'administration à lui accorder l'autorisation d'exploiter, cette différence résulte du nombre de points obtenus par la SCEA sur le critère " dimension économique et viabilité de l'exploitation ", pour lequel l'annexe 5 du schéma directeur régional des exploitations agricoles du 17 mars 2021 détermine le nombre de points qui peuvent être attribués en appliquant un ratio surface agricole utile pondérée sur unité de travailleur humain (SAUP/UTH) qui valorise l'emploi de main d'œuvre, aucun élément d'appréciation n'entrant dès lors en jeu. Dans ces conditions, M. A, qui ne soutient pas que le préfet aurait fait une erreur dans la mise en œuvre de cette méthode, n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'une erreur d'appréciation s'agissant du classement de sa demande. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt et à la SCEA des Quatre B.

Copie en sera adressée au préfet de la région Nouvelle-Aquitaine, préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Bris, présidente,

Mme Dumont, première conseillère,

Mme Balsan-Jossa, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

G. DUMONT

La présidente,

signé

I. LE BRISLa greffière,

signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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