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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201083

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201083

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201083
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantELIGE BORDEAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 2 et 17 mai 2022, ainsi qu'un mémoire enregistré le 16 mai 2023 qui n'a pas été communiqué, M. B A, représenté par Me Sainte Marie Pricot demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite, née le 5 mars 2022, par laquelle le maire d'Ecoyeux a rejeté sa demande tendant à l'abrogation du plan local d'urbanisme de cette commune en tant qu'il classe les parcelles cadastrées section AM n° 448, 456 et 479 en zone agricole ;

2°) de prononcer l'abrogation du plan local d'urbanisme de la commune d'Ecoyeux en tant qu'il classe les parcelles cadastrées section AM n° 448, 456 et 479 en zone agricole ;

3°) d'enjoindre à la commune d'Ecoyeux de modifier le plan local d'urbanisme afin de classer les parcelles cadastrées section AM n° 448, 456 et 479 en zone " Uc " ;

4°) de mettre à la charge de la commune d'Ecoyeux la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le classement en zone agricole des parcelles cadastrées section AM n° 448, 456 et 479 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- ce classement est en contradiction avec le projet d'aménagement et de développement durables ;

- la décision attaquée est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 mars 2023, la commune d'Ecoyeux, représentée par la SELAS Elige Bordeaux, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, les conclusions tendant à ce que le tribunal prononce l'abrogation partielle du plan local d'urbanisme sont irrecevables et les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 16 mai 2023 à 12 heures par une ordonnance du 13 mars 2023.

La communauté d'agglomération de Saintes, représentée par la SELAS Elige Bordeaux, a produit un mémoire, enregistré le 13 septembre 2024, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumont,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,

- les observations de Me Grossin-Bugat, représentant la commune d'Ecoyeux et la communauté d'agglomération de Saintes.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est propriétaire des parcelles cadastrées section AM n° 448, 456, 479 et 490, situées sur la commune d'Ecoyeux (Charente-Maritime). Par une délibération du 1er octobre 2009, le conseil municipal de la commune d'Ecoyeux a approuvé un plan local d'urbanisme (PLU) et a classé les parcelles n° 448 et 479 ainsi que la partie ouest de la parcelle n° 456 en zone agricole. Par un courrier du 22 décembre 2021, reçu le 5 janvier 2022, M. A a demandé au maire d'Ecoyeux l'abrogation du PLU en tant qu'il classe les parcelles n° 448 et 479 ainsi que la partie ouest de la parcelle n° 456 en zone agricole. Le silence gardé sur cette demande a fait naître, à l'expiration d'un délai de deux mois, une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, en vertu de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme définit notamment " Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques " et " fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain ". En vertu de l'article L. 151-9 du même code : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-22 du même code : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

3. D'une part, il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme, a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. D'autre part, il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

4. Le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) du PLU de la commune d'Ecoyeux comporte une orientation générale visant à " limiter fortement le développement des hameaux et ne pas étendre l'habitat dispersé ". Il comporte également deux orientations qui, a contrario, tendent à urbaniser davantage le bourg afin de conforter sa centralité et à développer les seuls villages qui possèdent une fonction de centralité et un niveau d'équipement suffisant. Enfin, il comporte une orientation visant à maintenir une distance raisonnable entre les bâtiments agricoles et les nouvelles constructions ainsi qu'une transition entre les espaces urbains et agricoles.

5. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles litigieuses se situent à l'extrémité nord d'un hameau entouré de vastes espaces agricoles et boisés, qui se trouvent à plus de trois kilomètres au sud du bourg de la commune d'Ecoyeux. Si ces parcelles litigieuses, qui ne sont pas bâties, se situent à la limite d'une zone urbanisée qui comporte des maisons d'habitation, elles s'ouvrent également au nord et à l'ouest sur un vaste espace agricole et se trouvent à la jonction entre une zone urbanisée et une zone agricole exploitée.

6. Dans ces conditions, alors, d'une part, que leur superficie modeste, la circonstance qu'il existe sur l'une d'elles un bâtiment ou qu'une parcelle soit bordée par une voie récemment construite est sans incidence sur leur potentiel agronomique ou écologique, d'autre part, que le classement de ces parcelles en zone agricole participe des objectifs poursuivis par la commune tendant à la limitation du développement des hameaux et à la transition entre les espaces urbains et agricoles décrits au point 4, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la commune d'Ecoyeux a commis une erreur manifeste d'appréciation en classant les parcelles cadastrées section AM n° 448, 456 et 479 en zone agricole.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ".

8. Pour apprécier la cohérence exigée au sein du PLU entre le règlement et le PADD, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le PADD, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou à un objectif du PADD ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

9. Ainsi qu'il a été dit au point 4, le PADD du PLU de la commune d'Ecoyeux tend à " limiter fortement le développement des hameaux et ne pas étendre l'habitat dispersé " et à " préserver les conditions d'exercice de l'activité agricole " en maintenant " une distance raisonnable entre les bâtiments agricoles et les nouvelles habitations () ainsi qu'une transition entre les espaces urbains et agricoles ".

10. Dans ces conditions, le classement en zone agricole retenu pour les parcelles du requérant, lesquelles se situent à la limite de terres agricoles exploitées dans une zone peu urbanisée qui n'a pas vocation à l'être davantage et assurent une transition entre les habitations existantes et les exploitations, n'apparait pas incohérent avec les orientations du PADD, prises dans leur ensemble. Par suite, le moyen tiré de la contradiction du zonage avec le PADD doit être écarté.

11. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que le classement en zone agricole retenu pour les parcelles de M. A, qui n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et n'est pas en contradiction avec le PADD, repose sur des considérations d'intérêt général. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que ce classement est entaché d'un détournement de pouvoir visant à l'empêcher de construire, alors que son voisin a eu cette possibilité.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme de 1 200 euros à verser à la commune d'Ecoyeux au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de la commune d'Ecoyeux, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la commune d'Ecoyeux la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la commune d'Ecoyeux et à la communauté d'agglomération de Saintes Grandes Rives.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Bris, présidente,

Mme Dumont, première conseillère,

Mme Balsan-Jossa, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024

La rapporteure,

signé

G. DUMONT

La présidente,

signé

I. LE BRIS

La greffière,

signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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