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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201105

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201105

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201105
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP KPL AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers a rejeté les requêtes de la SARL B Finances contestant deux délibérations de la communauté de communes Vals de Saintonge relatives à la vente de parcelles. La première délibération du 24 janvier 2022 modifiait les conditions de vente initialement fixées par une délibération du 10 décembre 2018, et la seconde du 16 mai 2022 approuvait la vente des parcelles à un tiers. Le tribunal a jugé que la délibération de 2018 n'était pas créatrice de droits pour la société, car elle ne constituait qu'une promesse de vente soumise à conditions, et que la collectivité pouvait donc légalement l'abroger sans respecter un délai de quatre mois ni une procédure contradictoire préalable. La solution s'appuie sur les articles L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales et les principes du code des relations entre le public et l'administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 avril 2022 et le 1er février 2024 sous le n°2201105, la société à responsabilité limitée (SARL) B Finances, représentée par la SCP KPL Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 24 janvier 2022 par laquelle la communauté de communes Vals de Saintonge a modifié les conditions de vente des parcelles G 901 et G 889 du parc d'activités des Godinières 2, ensemble la décision du 16 février 2022 du président de la communauté de communes portant rejet de la demande de la SARL B Finances tendant à ce que le délai de 15 jours pour signer le compromis ne courre qu'à compter de la date de notification de la délibération ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Vals de Saintonge une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la délibération litigieuse est entachée d'un vice de procédure, dès lors que la communauté de communes Vals de Saintonge n'a pas justifié que les conseillers communautaires ont été convoqués à la séance du 24 janvier 2022 dans les délais requis, ni qu'ils disposaient d'une note explicative de synthèse répondant aux exigences de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales ; elle est illégale, dès lors qu'elle abroge la délibération du 10 décembre 2018 qui était créatrice de droits ; elle aurait dû être précédée d'une procédure contradictoire préalable ;

- la délibération attaquée, alors que la délibération initiale était créatrice de droits au profit de la SARL B finances, ne saurait être considérée comme une simple mesure préparatoire dès lors qu'elle définissait parfaitement la chose et le prix et qu'elle n'était subordonnée à aucune condition de vente et qu'elle a fixé des conditions supplémentaires à la vente des parcelles en question ; de surcroît, la communauté de communes n'a pas respecté le délai de quatre mois qui lui était imparti pour retirer ou abroger la délibération du 20 décembre 2018 ; les conditions de notification de l'avant-projet de contrat de vente ne lui ont pas permis de signer ledit contrat, tandis que la communauté de communes refusait de proroger ce délai ;

- à titre subsidiaire, si la délibération du 10 décembre 2018 n'était pas regardée comme une décision créatrice de droits, la communauté de communes Vals de Saintonge n'est pas fondée à soutenir qu'elle pouvait abroger sans délai la délibération du 10 décembre 2018 au motif tiré de la caducité de l'avis du service des domaines du 16 novembre 2018.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 12 janvier 2024 et le 16 février 2024, la communauté de communes Vals de Saintonge, représentée par Me Drouineau, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la SARL B Finances une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 juin 2022 et le 11 mars 2024 sous le n°2201452, la société à responsabilité limitée (SARL) B Finances, représentée par la SCP KPL Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 16 mai 2022 par laquelle la communauté de communes Vals de Saintonge a approuvé la vente des parcelles G 901 et G 889 au profit de M. D ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Vals de Saintonge une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la délibération litigieuse est entachée de vice de procédure, dès lors que la communauté de communes Vals de Saintonge n'a pas justifié que les conseillers communautaires ont été convoqués à la séance du 16 mai 2022 dans les délais requis, ni qu'ils disposaient d'une note explicative de synthèse répondant aux exigences de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales ; elle abroge la délibération du 10 décembre 2018, qui était créatrice de droits, et aurait dû être précédée d'une procédure contradictoire préalable ;

- la communauté de communes de Vals de Saintonge n'a pas respecté le délai de quatre mois qui lui était imparti pour retirer ou abroger la délibération du 20 décembre 2018 ;

- à titre subsidiaire, si la délibération du 10 décembre 2018 n'était pas considérée comme une décision créatrice de droits, la communauté de communes Vals de Saintonge n'est pas fondée à soutenir qu'elle pouvait abroger sans délai la délibération du 10 décembre 2018 au motif tiré de la caducité de l'avis du service des domaines du 16 novembre 2018.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 22 février 2024 et le 29 mars 2024, la communauté de communes Vals de Saintonge, représentée par Me Porchet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la SARL B Finances une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pipart,

- les conclusions de M. Revel, rapporteur public,

- et les observations de Me Kolenc pour la SARL B finances et de Me Contat pour la communauté de communes Vals de Saintonge.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2201105 et n° 2201452, présentées pour la société à responsabilité limitée (SARL) B finances présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. A B, via la SARL B finances, dédiée à cette fin, a manifesté son intention d'acquérir des parcelles situées dans la zone artisanale des Godinières à Matha (Charente-Maritime), qui appartenait à la communauté de communes Vals de Saintonge, en vue d'y implanter un magasin de pièces détachées agricoles et espaces verts. Par une délibération du 10 décembre 2018, la communauté de communes Vals de Saintonge a autorisé son président à vendre les parcelles G 901 de 3 830 mètres carrés à 20 euros hors taxe du mètre carré et G 889 de 1 933 mètres carrés à 14 euros hors taxe du mètre carré, ou G 887 de 1 997 mètres carrés à 18 euros hors taxe du mètre carré au profit de M. B, avec faculté de substituer toute personne morale dont M. B serait membre. Par une deuxième délibération du 24 janvier 2022, la communauté de communes a autorisé la vente des parcelles cadastrées section G 889 et G 901 au profit de la SARL B Finances, en assortissant cette autorisation de nouvelles conditions, dont la signature d'un compromis de vente dans un délai de 15 jours à compter de la délibération rendue exécutoire. La communauté de communes a communiqué la délibération du 24 janvier 2022 à la SARL B finances le 31 janvier 2022 en lui indiquant qu'un avant-contrat lui serait adressé, ce dernier lui étant envoyé le 7 février 2022. La société requérante ayant indiqué que le courrier comportait un code postal erroné et qu'il ne lui avait pas encore été distribué par voie postale le 15 février 2022, celui-ci lui a alors a été notifié en mains propres à cette dernière date. Le 16 février 2022, la SARL B finances a remis en mains propres à la communauté de communes Vals de Saintonge une lettre par laquelle elle demandait que le délai de 15 jours pour signer le compromis ne court qu'à compter du 15 février 2022. Par une décision du 16 février 2022, le président de la communauté de communes Vals de Saintonge a refusé de faire droit à cette demande puis, par une délibération du 16 mai 2022, la communauté de communes Vals de Saintonge a décidé d'approuver la vente des parcelles G 901 et G 889 au profit de M. D. La SARL B Finances demande au tribunal d'annuler la délibération du 24 janvier 2022, ensemble la décision du président de la communauté de communes Vals de Saintonge du 16 février 2022, ainsi que la délibération du 16 mai 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. ".

4. La délibération d'un conseil municipal d'une commune proposant le transfert de propriété de biens immobiliers relevant de son domaine privé moyennant des modalités déterminées, notamment de prix ou d'affectation future, crée des droits au profit de son bénéficiaire.

5. Comme il a été dit au point 1, la délibération du 10 décembre 2018 proposait au président du conseil communautaire de l'autoriser à vendre les parcelles G 901 pour 3830 mètres carrés à 20 euros hors taxes le mètre carré, soit 76 600 euros hors taxes et G 889 pour 1933 mères carrés à 14 euros hors taxes soit 27 062 euros hors taxes ou G887 pour 1997 mètres carrés à 18 euros hors taxes soit 35 946 euros hors taxes au profit de M. A B avec faculté de substituer toute personne morale dont M. B serait membre. En déterminant l'objet, le prix et l'acquéreur, ladite délibération était ainsi créatrice de droits au profit de la personne pressentie pour en être acquéreur. Ainsi, dès lors qu'elle avait été prise au-delà du délai de quatre mois, la délibération du 24 janvier 2022 ne pouvait abroger la délibération du 10 décembre 2018. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de ses requêtes, la SARL B finances est fondée à demander l'annulation de la délibération du 24 janvier 2022 et de la décision du 16 février 2022 du président de la communauté de communes portant rejet de la demande de la société requérante tendant à ce que le délai de 15 jours pour signer le compromis de vente ne courre qu'à compter de la date de notification de la délibération ainsi que, par voie de conséquence, de la délibération du 16 mai 2022 par laquelle la communauté de communes Vals de Saintonge a décidé d'approuver la vente des parcelles G 901 et G 889 au profit de M. D

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la communauté de communes Vals de Saintonge la somme de 1 600 euros à verser à la SARL B finances au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens et de rejeter la demande présentée au même titre par la communauté de communes Vals de Saintonge.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération du 24 janvier 2022 par laquelle la communauté de communes Vals de Saintonge a modifié les conditions de vente des parcelles G 901 et G 889 du parc d'activités des Godinières 2, la décision du 16 février 2022 du président de cette communauté de communes portant rejet de la demande de la société requérante tendant à ce que le délai de 15 jours pour signer le compromis de vente ne courre qu'à compter de la date de notification de la délibération, et la délibération du 16 mai 2022 par laquelle la communauté de communes Vals de Saintonge a décidé d'approuver la vente des parcelles G 901 et G 889 au profit de M. D, sont annulées.

Article 2 : La communauté de communes Vals de Saintonge versera à la SARL B Finances la somme de 1 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la communauté de communes Vals de Saintonge, à la société à responsabilité limitée B finances et à M. C D.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Henry, premier conseiller,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

R. PIPART

Le président,

signé

L. CAMPOY La greffière,

signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

signé

D. GERVIER

2, 220145

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