jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2201150 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | FILET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 mai 2022, M. A C, représenté par Me Filet, demande au tribunal d'annuler la décision du 20 avril 2022 par laquelle la directrice de la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré lui a retiré définitivement son ordinateur.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'une erreur de droit ;
- la matérialité des faits n'est pas établie et la sanction est disproportionnée ;
- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de la décision litigieuse ;
- la décision n'est motivée ni en fait ni en droit.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 mars 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la circulaire du ministre de la justice du 13 octobre 2009 relative à l'accès informatique pour les personnes placées sous main de justice ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dumont,
- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. C est incarcéré au sein de la maison centrale de Saint-Martin de Ré depuis le 26 février 2015. Par sa requête, il demande l'annulation de la décision du 20 avril 2022 par laquelle la directrice de la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré a prononcé le retrait définitif de son ordinateur.
2. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme B, directrice d'un bâtiment de la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré qui bénéficiait, en vertu d'une décision du 1er août 2021 prise par Mme D, directrice de la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré, et régulièrement publiée le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Charente-Maritime, d'une délégation de signature à l'effet de signer toutes les décisions administratives individuelles visées dans un tableau joint comprenant la mention " Retenir un équipement informatique appartenant à une personne détenue ". Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée fait référence aux dispositions de l'ancien article D. 449-1 du code de procédure pénale reprises par l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale. Elle rappelle les faits reprochés à M. C à la suite de la découverte d'une clé USB et du contrôle de son matériel informatique qui s'en est suivi, à savoir la présence de plusieurs programmes informatiques interdits ou non conformes, des connexions multiples de clés USB, la détention d'images à caractère pédopornographique, la détention de 28 000 images, 1 311 vidéos, dont des vidéos de zoophilie, et d'un dossier intitulé " nazi ", la découverte d'un texte décrivant une scène de viol de deux mineurs de moins de 15 ans et la présence sur l'ordinateur de films et musiques téléchargés de manière illégale. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale : " Le règlement intérieur type pour le fonctionnement de chacune des catégories d'établissements pénitentiaires, comprenant des dispositions communes et des dispositions spécifiques à chaque catégorie, est annexé au présent titre () ". Aux termes du préambule de cette annexe : " L'exercice de ses droits par la personne détenue ne peut faire l'objet d'autres restrictions que celles résultant des contraintes inhérentes à la détention, du maintien de la sécurité et du bon ordre de l'établissement, de la prévention de la récidive et de la protection de l'intérêt des victimes, conformément aux dispositions de l'article 22 de la loi pénitentiaire ". Enfin, aux termes de l'article 19 de cette même annexe : " () VII.- La personne détenue peut acquérir par l'intermédiaire de l'administration et selon les modalités qu'elle détermine des équipements informatiques. En aucun cas elle n'est autorisée à conserver des documents, autres que ceux liés à des activités socioculturelles, d'enseignement, de formation ou professionnelles, sur un support informatique. Ces équipements ainsi que les données qu'ils contiennent sont soumis au contrôle de l'administration. Sans préjudice d'une éventuelle saisie par l'autorité judiciaire, tout équipement informatique appartenant à une personne détenue peut être retenu et ne lui être restitué qu'au moment de sa libération, dans les cas suivants : 1° Pour des raisons d'ordre et de sécurité () ". Il résulte des termes mêmes des dispositions précitées du code de procédure pénale, que tout équipement informatique appartenant à une personne détenue peut être retenu pour des raisons d'ordre et de sécurité.
6. Par ailleurs, la circulaire du ministre de la justice du 13 octobre 2009 relative à l'accès informatique pour les personnes placées sous main de justice, publiée au bulletin officiel de ce ministère n°2009-06 du 31 décembre 2019 et qui a pour objet de préciser les conditions d'application des dispositions précitées de l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale, précise, aux termes de son article 2.3.1, que la personne détenue ne peut réaliser aucune copie illicite de programme ou de logiciel et, aux termes de son article 2.3.2, que sont notamment interdits aux détenus tout échange ou communication de support informatique avec l'extérieur. Enfin, il ressort du tableau annexé à cette circulaire que les supports amovibles de stockage sont interdits en cellule.
7. Il ressort des pièces du dossier que, le 21 mars 2022, l'ordinateur de M. C a été saisi aux fins de contrôle par le service informatique de la maison centrale et que, le même jour, M. C a remis au personnel pénitentiaire une clé USB. Il ressort de l'analyse de son ordinateur qu'il contenait plusieurs logiciels interdits, ce qui implique que le requérant a eu accès à internet ou a obtenu ces logiciels par un échange de communication de support informatique avec l'extérieur, ce que la circulaire interdit. Il en va de même des images à caractère pédopornographique, de la vidéo contenant de la zoophilie ainsi que des films et musiques téléchargés qui ont nécessairement nécessité un accès à internet ou un échange avec l'extérieur, ce que M. C a d'ailleurs reconnu. En outre, plusieurs des logiciels trouvés sur l'ordinateur de M. C, notamment des logiciels servant à effacer des données ou à chiffrer des données, sont interdits en cellule en application du tableau annexé à la circulaire précitée.
8. D'une part, la méconnaissance, par le détenu, des conditions d'utilisation du matériel informatique fixées par le règlement intérieur et par la circulaire précités, constituant, par elle-même, une atteinte au bon ordre et à la sécurité de l'établissement, la décision litigieuse, qui constitue une mesure de police et non une sanction, pouvait légalement être prise sur le fondement de l'article 19 de l'annexe à l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale précité.
9. D'autre part, alors que le requérant ne conteste pas les faits précités et reconnaît expressément avoir utilisé son ordinateur à des fins pédopornographiques, la directrice de la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation et n'a pas pris une décision présentant un caractère disproportionné eu égard, notamment, à la circonstance que M. C a été condamné pour des faits de viol commis sur un mineur de quinze ans en récidive et d'agression sexuelle imposée à un mineur de quinze ans en récidive.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 20 avril 2022 par laquelle la directrice de la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré a ordonné le retrait définitif de son ordinateur.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au garde des sceaux, ministre de la justice, et à Me Filet.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jarrige, président,
Mme Boutet, première conseillère,
Mme Dumont, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.
La rapporteure,
G. DUMONT
Le président,
A. JARRIGE
La greffière,
G. FAVARD
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026