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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201180

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201180

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201180
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCPA BODIN-BOUTILLIER-DEMAISON-GIRET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 mai 2022 et 21 mars 2023, Mme B A, représentée par Me Boutillier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 4 avril 2022 du conseil municipal de Tonnay-Charente approuvant la révision du plan local d'urbanisme en tant qu'elle y instaure une orientation d'aménagement et de programmation (OAP) " Centre-Ville " ;

2°) de déclarer nulles et non avenues les décisions subséquentes ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Tonnay-Charente la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la parcelle cadastrée section AL n° 363, et le projet d'un exutoire pluvial et d'un parking prévus sur celle-ci, doivent être retirés de l'OAP centre-ville ;

- la densité de vingt logements par hectare de l'OAP centre-ville n'est pas justifiée ;

- l'intégration d'une partie de la parcelle cadastrée section AL n° 363 dans l'OAP centre-ville est incohérente avec l'avenant à la convention du 25 février 2021 liant la commune à l'établissement public foncier de Nouvelle-Aquitaine (EPFNA) ;

- l'OAP remet en cause son droit de propriété, en méconnaissance des dispositions des articles 544 et 640 du code civil, ainsi que de l'article 17 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

- la densité de logements par hectare de l'OAP centre-ville est contraire aux objectifs de la commune en matière de logements sociaux.

Par des mémoires en défense enregistrés les 3 novembre 2022 et 3 avril 2023, la commune de Tonnay-Charente, représentée par Me Guillard, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle est dépourvue de moyens et que les moyens soulevés plus de deux mois après la communication de son premier mémoire en défense sont irrecevables ;

- la requête est irrecevable, dès lors que l'OAP litigieuse ne fait pas grief à la requérante ;

- les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boutet,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,

- les observations de Me Boutillier, représentant Mme A et de Me Guillard, représentant la commune de Tonnay-Charente.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est propriétaire des parcelles cadastrées section AL n° 140, 141 et 363, situées sur la commune de Tonnay-Charente (Charente-Maritime). Par une délibération du 4 avril 2022, le conseil municipal de la commune de Tonnay-Charente a approuvé la révision du plan local d'urbanisme en y instaurant une orientation d'aménagement et de programmation (OAP) " centre-ville ". Par la présente requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de cette délibération en tant qu'elle instaure l'OAP " centre-ville ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'articles L. 151-6 du code de l'urbanisme : " Les orientations d'aménagement et de programmation comprennent, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, des dispositions portant sur l'aménagement, l'habitat, les transports et les déplacements. () ". Aux termes de l'article L. 151-7 du même code : " Les orientations d'aménagement et de programmation peuvent notamment : 1° Définir les actions et opérations nécessaires pour mettre en valeur l'environnement, notamment les continuités écologiques, les paysages, les entrées de villes et le patrimoine, lutter contre l'insalubrité, permettre le renouvellement urbain et assurer le développement de la commune ; 2° Favoriser la mixité fonctionnelle en prévoyant qu'en cas de réalisation d'opérations d'aménagement, de construction ou de réhabilitation un pourcentage de ces opérations est destiné à la réalisation de commerces ; 3° Comporter un échéancier prévisionnel de l'ouverture à l'urbanisation des zones à urbaniser et de la réalisation des équipements correspondants ; 4° Porter sur des quartiers ou des secteurs à mettre en valeur, réhabiliter, restructurer ou aménager ; 5° Prendre la forme de schémas d'aménagement et préciser les principales caractéristiques des voies et espaces publics ; 6° Adapter la délimitation des périmètres, en fonction de la qualité de la desserte, où s'applique le plafonnement à proximité des transports prévu aux articles L. 151-35 et L. 151-36 ".

3. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article L. 123-5 du code de l'urbanisme que les travaux ou opérations d'urbanisme doivent être compatibles avec les orientations d'aménagement et de programmation. Si de telles orientations, dans cette mesure opposables aux demandes d'autorisations d'urbanisme, sont, en principe, susceptibles d'être contestées par la voie du recours pour excès de pouvoir à l'occasion d'un recours dirigé contre la délibération qui approuve le plan local d'urbanisme, il en va différemment dans le cas où les orientations adoptées, par leur teneur même, ne sauraient justifier légalement un refus d'autorisation d'urbanisme.

4. L'OAP " Centre-Ville " adoptée par la délibération approuvant le plan local d'urbanisme (PLU) de Tonnay-Charente est classée en zone 1AU et recouvre les parcelles AL 140 et 141 ainsi que la partie Est de la parcelle AL 363. Elle a pour objectif d'aménager un quartier mixte résidentiel dans un vaste espace résiduel, " vide urbain " encadré par de l'habitat, de prendre en compte la topographie et la gestion du pluvial et d'intégrer des liaisons douces vers le centre-ville et les équipements. Elle prévoit au titre des orientations d'aménagements spécifiques la réalisation d'une " desserte en boucle " et de " gestion du pluvial avec ouvrage dédié et/ou un ou plusieurs exutoires : servitude vers la rue de Charre et/ou le chemin du Pré A ". Elle fixe par ailleurs une " densité moyenne envisagée " pour ce secteur d'" environ 20 logements par hectares " et un " nombre de logements envisagés " d'" environ 40 logements ", avec des objectifs de mixité sociale de 50%. Les deux schémas illustrant l'OAP représentent deux parkings, l'un situé à l'extrémité Nord-Est de la parcelle AL n° 363 et l'autre à l'extrémité Nord-Est de la parcelle AL n° 140, ainsi que le tracé selon la légende de " 1 ou 2 exutoires pluviaux sur rue(s) après gestion et régulation sur le site ".

5. En premier lieu, la requérante fait valoir qu'un des deux parkings ainsi que l'exutoire pluvial indiqués sur les deux schémas illustrant l'OAP empiètent sur la parcelle construite cadastrée AL n° 363 lui appartenant, alors qu'ils auraient pu être déplacés sur les parcelles AL n° 140 et 141 voisines, libres de toute construction, comme l'a d'ailleurs relevé le commissaire enquêteur s'agissant du parking. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le parking qui empiète sur la parcelle n° 363 n'est pas mentionné dans les orientations d'aménagements spécifiques de l'OAP. Par ailleurs, l'exutoire d'eau de pluie qui empiète sur la parcelle constitue une seule des deux options de tracé prévues par l'OAP. Enfin, ni le parking, ni l'exutoire d'eau de pluie représentés sur la parcelle n° 363 ne sont repris dans les documents graphiques du règlement du plan local d'urbanisme par l'institution d'un emplacement réservé ou d'une servitude de projet. Il en résulte que la représentation de ces deux ouvrages sur la parcelle n° 363 appartenant à la requérante n'a qu'une valeur illustrative et que l'OAP ne fait donc pas grief à la requérante sur ce point, ainsi que le fait valoir la commune. Les moyens tirés de ce que l'OAP serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de l'implantation de ces ouvrages sur la parcelle AL n° 363 doivent par suite être écartés. Pour le même motif, les moyens tirés de l'atteinte au droit de propriété garanti par les articles 544 et suivants du code civil et à l'article 17 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et de l'article 640 du code civil relatif aux assujettissements des fonds inférieurs en matière de ruissellement des eaux doivent également être écartés.

6. En second lieu, la requérante conteste l'objectif de densité de 20 logements par hectares retenue dans l'OAP. Elle fait valoir que la densité moyenne des autres OAP urbaines est de 27, que le commissaire enquêteur a donné un avis favorable au passage d'une densité initialement prévue à 17 à une densité de 25 logements par hectare, et que la commune rencontre une carence en logements sociaux. Toutefois, l'OAP prévoit seulement une " densité moyenne envisagée " de 20 logements par hectares qui, de la manière dont elle est rédigée, ne fixe pas un maximum opposable à l'intéressée, de sorte que l'OAP ne fait pas grief sur ce point, ainsi que le fait valoir la commune. En tout état de cause, les orientations communes aux zones et aux secteurs OAP 1AU/2AU du rapport de présentation du PLU prévoient notamment, d'une part, de " préserver la végétation, freiner l'imperméabilisation, améliorer la gestion des eaux pluviales " et, d'autre part, de " réduire la minéralisation des espaces publics et des parcelles privées et d'améliorer la qualité de vue ". Dans ces conditions et quand bien même le rapport de présentation ainsi que le PADD fixent par ailleurs un objectif de densification urbaine et de création de logements sociaux, les auteurs du PLU n'ont pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en fixant un objectif de " densité moyenne envisagée " de 20 logements. Enfin, si la requérante soutient que la densité de logement prévue par l'OAP est incohérente avec l'avenant à la convention liant la commune avec l'établissement public foncier de Nouvelle-Aquitaine (EPNAF), le moyen est dépourvu des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la délibération du 4 avril 2022 du conseil municipal de la commune de Tonnay-Charente en tant qu'elle créée l'OAP " Centre-Ville " doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme de 1 000 euros à verser à la commune de Tonnay-Charente au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de la commune de Tonnay-Charente, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Mme A versera à la commune de Tonnay-Charente la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Tonnay-Charente.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Bris, présidente

Mme Boutet, première conseillère,

Mme Balsan-Jossa, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

M. BOUTET

La présidente,

signé

I. LE BRIS

La greffière,

signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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