jeudi 6 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2201342 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CALLAUD - MELLIER AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi du 30 mai 2022, la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a transmis au tribunal administratif de Poitiers le dossier de la requête de M. B A, enregistrée le 29 avril 2022 au greffe du tribunal administratif de Bordeaux.
Par une requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Poitiers le 7 juin 2022, M. A, représenté par la SCP Callaud-Mellier-Kurzawa, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 octobre 2021 par laquelle la préfète déléguée pour la défense et la sécurité Sud-Ouest a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de son état de santé, ainsi que la décision implicite du 4 mars 2022 rejetant son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la préfète déléguée pour la défense et la sécurité Sud-Ouest de reconnaître l'imputabilité au service de son état de santé dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que la décision du 20 octobre 2021 ait été prise par une autorité compétente ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 47-5 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet de la région Nouvelle-Aquitaine, préfet de la Gironde, qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;
- le décret n° 2019-122 du 21 février 2019 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Boutet,
- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, major de police, occupait les fonctions de chef du bureau d'ordres et emplois au sein du commissariat de police de Saintes. Les 17 et 28 janvier 2020, il a déclaré avoir reçu des menaces de mort par courrier et avoir développé de ce fait un syndrome post-traumatique. Le 29 janvier 2020, il a demandé à ce que sa pathologie soit reconnue comme maladie professionnelle. Par une décision du 20 octobre 2021, la préfète déléguée pour la défense et la sécurité Sud-Ouest a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de cette affection. M. A a formé un recours gracieux le 28 décembre 2021, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes du IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " () Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article 47-8 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa version issue de l'article 10 du décret susvisé du 21 février 2019 : " Le taux d'incapacité permanente servant de seuil pour l'application du troisième alinéa du même IV est celui prévu à l' article R. 461-8 du code de la sécurité sociale. Ce taux correspond à l'incapacité que la maladie est susceptible d'entraîner. Il est déterminé par la commission de réforme compte tenu du barème indicatif d'invalidité annexé au décret pris en application du quatrième alinéa de l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite ". Aux termes de l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale : " Le taux d'incapacité mentionné au septième alinéa de l'article L. 461-1 est fixé à 25 % ".
3. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien essentiel et direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service et pourvu qu'elle entraîne une incapacité permanente supérieure ou égale à 25 %.
4. Le 29 janvier 2020, M. A a déposé une demande de reconnaissance de maladie professionnelle portant sur un état anxio-depressif sévère survenu à la suite des menaces qu'il déclare avoir reçu sur son lieu de travail. M. A, qui établit avoir déposé plainte pour ces menaces, explique qu'il a trouvé à l'endroit où son courrier était habituellement déposé, d'abord le 17 janvier 2020, une enveloppe portant le sigle du ministère de l'intérieur contenant une cartouche de 9 mm, du type de celles habituellement utilisées par les fonctionnaires de police, puis le 28 janvier suivant, une enveloppe similaire contenant une feuille sur laquelle était inscrite une insulte, un dessin tête de mort ainsi que le mot " bang ".
5. Pour prendre la décision de refus d'imputabilité au service de la pathologie déclarée par M. A, la préfète de la zone de défense et de sécurité sud-ouest s'est fondée sur l'avis de la commission de réforme interdépartementale du 12 octobre 2021, qui a conclu à l'unanimité, d'une part, à l'absence de lien essentiel et direct avec le service et, d'autre part, à un taux d'incapacité permanente partielle inférieur à 25 % pour un syndrome anxio-dépressif sur état antérieur et non pour un stress post-traumatique.
6. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, par une expertise médicale réalisée à la demande de l'administration, datée du 14 mai 2020 et confirmée le 3 juillet 2020, le Dr. Esculier-Couturier, psychiatre, a conclu que l'état anxiodépressif sévère dont souffrait M. A devait être considéré comme en lien direct, certain et exclusif avec son activité professionnelle, et notamment avec les menaces qu'il déclare avoir reçu sur son lieu de travail, en l'absence d'argument en faveur d'un état préexistant. Dans un complément d'expertise daté du 21 octobre 2020, le Dr. Esculier-Couturier, a considéré que le taux d'incapacité permanente partielle prévisible devait être supérieur à 25%. Dans ces conditions, et alors que l'administration, qui n'a pas produit de mémoire en défense, n'apporte aucun élément pour contester le lien direct, certain et exclusif entre l'affection et le service qui ont été reconnus par le rapport d'expertise médicale, la préfète de la zone de défense et de sécurité sud-ouest a fait une inexacte application des dispositions du IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 en prenant la décision de refus d'imputabilité au service en litige.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 20 octobre 2021 par laquelle la préfète déléguée pour la défense et la sécurité Sud-Ouest a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de son état de santé, ainsi que de la décision implicite du 4 mars 2022 rejetant son recours gracieux, sans qu'il soit nécessaire de statuer sur les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, il y a lieu d'enjoindre à la préfète déléguée pour la défense et la sécurité Sud-Ouest de reconnaître l'imputabilité de la pathologie de M. A au service à compter du 29 janvier 2020 et de procéder à la régularisation de sa situation à compter de cette date dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 20 octobre 2021 par laquelle la préfète déléguée pour la défense et la sécurité Sud-Ouest a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'état de santé de M. A, ainsi que la décision implicite du 4 mars 2022 rejetant son recours gracieux, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète déléguée pour la défense et la sécurité Sud-Ouest de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie de M. A à compter du 29 janvier 2020 et de régulariser sa situation à compter de cette date, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 23 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Le Bris, présidente,
Mme Boutet, première conseillère,
Mme Dumont, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.
La rapporteure,
Signé
M. BOUTET
La présidente,
Signé
I. LE BRIS
Le greffier,
Signé
S. GAGNAIRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef
La greffière
Signé
D. MADRANGE
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026