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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201354

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201354

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201354
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMAUDET-CAMUS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 7 juin 2022, 27 janvier 2023, 13 mai 2024 et 30 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Camus, demande au tribunal :

1°) d'annuler le certificat d'urbanisme du 22 avril 2022 par lequel le maire de Cerizay (Deux-Sèvres) a déclaré non réalisable l'opération consistant en la construction d'une annexe à une maison d'habitation, desservie par la rue de la Garenne, sur une parcelle cadastrée section CD n° 194 située chemin du Château de la Roche ;

2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération du Bocage Bressuirais une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le certificat d'urbanisme attaqué est illégal en ce qu'il n'indique pas la possibilité qu'en application des dispositions du 2° de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme, un sursis à statuer soit opposé en cas de demande d'autorisation d'urbanisme, en méconnaissance du cinquième alinéa de l'article L. 410-1 ;

- le maire a entaché d'illégalité le certificat attaqué en ne se prononçant que sur la construction de l'annexe alors que la demande de certificat d'urbanisme présentée sur le fondement des dispositions du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme portait à la fois sur la construction d'une annexe et l'aménagement d'une voie d'accès ;

- en délivrant un certificat d'urbanisme négatif au motif que le dossier de demande ne permettait pas de vérifier le respect de la règle prévue à l'article N.3.2.2.7 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) selon laquelle les annexes doivent être implantées à 20 mètres maximum du point le plus proche de la construction principale, le maire a commis une erreur de droit dès lors que les articles L. 410-1 et R. 410-1 du code de l'urbanisme imposent seulement d'indiquer, dans la demande, la localisation approximative du bâtiment projeté ; il a en outre commis une erreur d'appréciation, cette distance maximale étant respectée ;

- en délivrant un certificat d'urbanisme négatif au motif que l'annexe projetée se trouve dans l'emprise de l'emplacement réservé n° 16 institué par le PLUi, sans rechercher en quoi le projet serait incompatible avec la destination de ce dernier et compromettrait la réalisation d'une éventuelle voie nouvelle, le maire a commis une erreur de droit ; il a en outre commis une erreur d'appréciation, le projet, qui n'empiète que légèrement sur l'emplacement réservé, ne compromettant pas la création de la future voie publique pour laquelle l'emplacement réservé a été institué ;

- le PLUi sur le fondement duquel l'opération projetée a été déclarée irréalisable est lui-même illégal, dès lors que :

o le PLUi a été approuvé au terme d'une procédure irrégulière en ce qu'il n'est pas justifié que les conseillers communautaires ont été convoqués au moins cinq jours francs avant la séance du conseil communautaire de la communauté d'agglomération du Bocage Bressuirais du 9 novembre 2021 au cours de laquelle ce plan a été approuvé, comme le prévoit l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales ; la procédure est également viciée en ce qu'il n'est pas justifié que les conseillers communautaires ont été rendus destinataires de la note de synthèse prévue au même article ; elle est encore viciée en ce qu'il n'est pas justifié que les avis qui ont été joints au dossier, les observations du public et le rapport de la commission d'enquête ont été présentés lors d'une conférence intercommunale rassemblant les maires des communes membres de la communauté d'agglomération, comme le prévoient les dispositions du 1° de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme ;

o le rapport de présentation du PLUi ne justifie pas suffisamment la création de l'emplacement réservé n° 16 sur le territoire de la commune de Cerizay, en méconnaissance des articles L. 151-4, R. 151-1 et R. 151-2 du code de l'urbanisme ;

o le rapport de la commission d'enquête n'a pas examiné l'ensemble des observations présentées par le public, en méconnaissance de l'article R. 123-19 du code de l'environnement ;

o entre la délibération arrêtant le projet de PLUi et celle l'approuvant, le plan a été modifié pour créer l'emplacement réservé n° 16, alors que cette modification ne procède pas de l'enquête publique, en méconnaissance de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme ;

o il existe une contradiction manifeste entre les différents documents graphiques du PLUi quant à la localisation de l'emplacement réservé n° 16 ;

o la décision des auteurs du PLUi d'instituer l'emplacement réservé n° 16 est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

o la décision des auteurs du PLUi de classer en zone N la partie nord-est de la parcelle CD 192 est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense enregistrés les 22 septembre 2022, 22 mars 2023 et 19 juin 2024, la commune de Cerizay, représentée par Me Vendé, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors que le requérant ne justifie pas de sa qualité de propriétaire de la parcelle CD 194 ;

- les moyens portant sur des vices de forme et de procédure du PLU sont irrecevables en application de l'article L. 600-1 du code de l'urbanisme ; en tout état de cause, ils ne sont pas fondés ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés les 13 mai et 30 juillet 2024, la communauté d'agglomération du Bocage Bressuirais, représentée par Me Drouineau, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Henry,

- les conclusions de M. Pipart, rapporteur public,

- et les observations de Me Cassard, représentant M. B, de Me Vendée, représentant la commune de Cerizay, et de Me Porchet, représentant la communauté d'agglomération du Bocage Bressuirais.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B demande l'annulation du certificat d'urbanisme du 22 avril 2022 par lequel le maire de Cerizay (Deux-Sèvres) a déclaré non réalisable l'opération consistant en la construction d'une annexe à une maison d'habitation, desservie par la rue de la Garenne, sur une parcelle cadastrée section CD n° 194 située chemin du Château de la Roche.

2. Aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. () Lorsque le projet est soumis à avis ou accord d'un service de l'Etat, les certificats d'urbanisme le mentionnent expressément. Il en est de même lorsqu'un sursis à statuer serait opposable à une déclaration préalable ou à une demande de permis. () ".

Sur la légalité du certificat d'urbanisme en tant qu'il comporte les éléments mentionnés au a) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut délimiter des terrains sur lesquels sont institués : 1° Des emplacements réservés aux voies et ouvrages publics dont il précise la localisation et les caractéristiques () ". Il résulte des dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-3 du code de l'urbanisme que, hors le cas des constructions conformes à la destination de l'emplacement réservé, seules les constructions présentant un caractère précaire peuvent être légalement autorisées sur un tel emplacement par un permis de construire ou, en vertu des dispositions combinées des articles L. 421-7 et L. 421-6 du même code, par une décision de non-opposition à déclaration préalable. Ainsi, l'autorité administrative est tenue de refuser toute demande de permis de construire et de s'opposer à toute déclaration préalable, même émanant de la personne bénéficiaire de la réserve, dont l'objet ne serait pas conforme à la destination de cet emplacement.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations () : () 2° Lorsque des travaux, des constructions ou des installations sont susceptibles de compromettre ou de rendre plus onéreuse l'exécution de travaux publics, dès lors que la mise à l'étude d'un projet de travaux publics a été prise en considération par l'autorité compétente et que les terrains affectés par ce projet ont été délimités ; () ". L'institution par un plan local d'urbanisme d'un emplacement réservé en vue de la réalisation éventuelle de voies ou ouvrages publics ne peut tenir lieu, au sens de ces dispositions, de l'acte décidant la prise en considération d'un projet de travaux publics et délimitant les terrains affectés par ce projet.

5. Le requérant soutient que la parcelle CD 194 étant grevée d'un emplacement réservé, le certificat d'urbanisme aurait dû mentionner la possibilité pour l'autorité administrative de sursoir à statuer, sur le fondement des dispositions citées ci-dessus, en cas de demande d'autorisation d'urbanisme. Il résulte toutefois de ce qui a été dit aux deux points précédents que l'existence d'un tel emplacement n'est pas susceptible de fonder un tel sursis, mais doit, si le projet empiète sur l'emprise de l'emplacement et n'est pas conforme à la destination de celui-ci, conduire l'autorité compétente à refuser la demande de permis de construire ou s'opposer à la déclaration préalable. Par suite, le moyen soulevé ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité du certificat d'urbanisme en tant qu'il se prononce, en application des dispositions du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme, sur l'opération projetée :

6. Pour déclarer l'opération non réalisable, le maire de Cerizay s'est fondé sur les motifs tirés, d'une part, de ce que l'annexe projetée est implantée dans l'emprise de l'emplacement réservé n° 16 identifié par le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) sur le territoire de la commune de Cerizay et, d'autre part, de ce que le dossier de demande de certificat ne permettait pas de vérifier le respect de la règle fixée à l'article N.3.2.2.7 du règlement du PLUi selon laquelle les annexes doivent être implantées à 20 mètres maximum du point le plus proche de la construction principale.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'examen complet de la demande :

7. La demande de certificat d'urbanisme de M. B portait sur la construction d'une annexe, à savoir un garage, dont l'accès serait aménagé depuis la rue de la Garenne. En déclarant non-réalisable l'opération pour les motifs ci-dessus rappelés, le maire de Cerizay s'est prononcé sur l'opération dans son ensemble. Dès lors, et en tout état de cause, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le maire a entaché d'illégalité le certificat attaqué en ne se prononçant pas sur le projet de créer une voie d'accès depuis de la rue de la Garenne.

En ce qui concerne l'exception d'illégalité du PLUi :

S'agissant de la légalité externe du PLUi, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de ces moyens :

8. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que doivent être écartés comme manquant en fait les moyens tirés de ce que la délibération du 9 novembre 2021 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération du Bocage Bressuirais a approuvé le PLUi a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de justification, d'une part, du respect du délai de convocation des conseillers communautaires fixé par l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales, d'autre part, de la transmission aux conseillers communautaires de la note de synthèse prévue à ce même article et, enfin, de la tenue de la conférence intercommunale prévue par les dispositions du 1° de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme.

9. En deuxième lieu, si le requérant soutient que le rapport de présentation du PLUi ne justifie pas suffisamment de la nécessité de la création de l'emplacement réservé n° 16 situé sur le territoire de la commune de Cerizay, en méconnaissance des articles L. 151-4, R. 151-1 et R. 151-2 du code de l'urbanisme, il ne résulte ni de ces dispositions ni d'aucun autre texte que le rapport de présentation devait contenir une telle justification. Le moyen soulevé doit donc être écarté comme inopérant.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 153-19 du code de l'urbanisme : " Le projet de plan local d'urbanisme arrêté est soumis à enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement par le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou le maire. ". Aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte () une synthèse des observations du public (). / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. () ". Ces dispositions n'imposent pas au commissaire-enquêteur ou à la commission d'enquête de répondre à chacune des observations présentées lors de l'enquête publique.

11. Le rapport de la commission d'enquête sur le projet de PLUi de la communauté d'agglomération du Bocage Bressuirais comporte, dans sa première partie, une analyse globale des observations recueillies durant l'enquête, qui a été permise par le travail de synthèse réalisé en annexe 1, laquelle présente, sous une forme résumée, chacune des observations recueillies. Cette analyse globale a conduit la commission à établir une liste de vingt-quatre questions qu'elle a adressée à la communauté d'agglomération, en vue d'éclairer ses conclusions et son avis motivé. Ensuite, la partie II du rapport présente une synthèse des observations du public et des réponses de la communauté d'agglomération, assortie de commentaires de la commission. Dans ces conditions, la commission d'enquête, qui n'était pas tenue de répondre à chacune des observations, a, contrairement à ce que soutient le requérant, suffisamment examiné les observations du public.

12. En dernier lieu, il résulte de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme que le projet de plan ne peut subir de modifications, entre la date de sa soumission à l'enquête publique et celle de son approbation, qu'à la double condition que ces modifications ne remettent pas en cause l'économie générale du projet et qu'elles procèdent de l'enquête, c'est-à-dire qu'elles soient destinées à tenir compte des réserves et recommandations du commissaire enquêteur ou de la commission d'enquête, des observations du public et des avis émis par les autorités, collectivités et instances consultées et joints au dossier de l'enquête.

13. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les modifications qui ont été apportées à l'emplacement réservé n° 16 après l'enquête publique et avant l'approbation du PLUi, qui, compte tenu de leur faible ampleur, ne remettaient pas en cause l'économie générale du plan, étaient destinées à tenir compte des observations des consorts B, quand bien même il ne leur a pas été donné pleinement satisfaction, et de celles de la commune de Cerizay. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que ces modifications ont été réalisées en méconnaissance des dispositions citées au point précédent.

S'agissant de légalité interne du PLUi :

Quant au classement en zone N de la partie nord-est de la parcelle CD 194 :

14. L'article L. 151-9 du code de l'urbanisme dispose : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-24 du même code : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; () 3° Soit de leur caractère d'espace naturel ; () ". Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Ils peuvent être amenés, à cet effet, à modifier le zonage ou les activités autorisées dans une zone déterminée, pour les motifs énoncés par les dispositions citées ci-dessus. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

15. Il ressort des pièces du dossier que la partie sud de la parcelle CD 194 est comprise dans un secteur connu sous le nom de C, composé d'un château, de dépendances et de grandes étendues non construites comportant notamment un étang et des boisements, qui a été classé en zone N par les auteurs du PLUi. Un important boisement constitué d'arbres de haute tige, correspondant aux alignements d'arbres bordant l'ancien accès principal au domaine, traverse la parcelle CD 194 du sud au nord, justifiant que celle-ci ait été classée en zone naturelle, non seulement dans sa partie sud, ce que ne conteste pas le requérant, mais aussi dans sa partie nord, sur une bande longeant la limite est de la parcelle et correspondant au boisement ci-dessus décrit. Compte tenu du caractère naturel des lieux, de l'intérêt paysager et historique de ces boisements et de la continuité entre ceux-ci et la zone naturelle située au sud, et en dépit du fait que cette bande étroite de terrain est bordée, à l'est, à l'ouest et au nord, au-delà de la rue de la Garenne, de terrains classés en zone constructible, les auteurs du PLUi n'ont pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en décidant que la protection de cet espace naturel justifiait son classement en zone N.

Quant à l'emplacement réservé n° 16 :

16. Aux termes de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut délimiter des terrains sur lesquels sont institués : 1° Des emplacements réservés aux voies et ouvrages publics dont il précise la localisation et les caractéristiques () ". Aux termes de l'article R. 151-48 du même code : " Dans les zones U, AU, A et N, le ou les documents graphiques du règlement font, en outre, apparaître, s'il y a lieu : () 2° Les emplacements réservés aux voies publiques délimités en application du 1° de l'article L. 151-41, en précisant leur destination et les collectivités, services et organismes publics bénéficiaires () ".

17. L'institution d'un emplacement réservé ayant pour effet de limiter considérablement le droit de construire sur le terrain qu'il grève, ainsi qu'il a été rappelé au point 3 ci-dessus, la localisation de cet emplacement sur les documents graphiques du règlement d'un plan local d'urbanisme doit être dépourvue ambiguïté. Or, en l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le PLUi approuvé par la communauté d'agglomération comporte plusieurs documents graphiques, dont l'un dénommé " règlement graphique 1 " et l'autre dénommé " règlement graphique 3 ", qui ne localisent pas l'emplacement réservé n° 16 au même endroit. En outre, si les défendeurs font valoir qu'il faut faire prévaloir le second document graphique, qui correspondrait davantage à la volonté du conseil communautaire, il ne peut qu'être constaté qu'il existe, au sein même de ce document, une contradiction entre la représentation de l'emplacement réservé et sa superficie telle qu'indiquée dans la légende. De telles contradictions portant sur un élément essentiel de la constructibilité du terrain en cause entachent d'illégalité sur ce point le PLUi.

18. Il résulte de ce qui précède que le PLUi de la communauté d'agglomération du Boccage Bressuirais doit être déclaré illégal en tant qu'il institue l'emplacement réservé n° 16 sur le territoire de la commune de Cerizay, cette disposition étant divisible du reste du plan. Cette illégalité entraîne l'illégalité du motif du certificat négatif attaqué tiré de ce que le projet se situe dans l'emprise d'un emplacement réservé, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre ce motif.

En ce qui concerne le dernier moyen dirigé contre le second motif du certificat :

19. Pour déclarer l'opération non réalisable, le maire de Cerizay s'est fondé sur le motif tiré de ce que le dossier de demande de certificat ne permettait pas de vérifier le respect de la règle prévue à l'article N.3.2.2.7 du règlement du PLUi selon laquelle les annexes doivent être implantées à 20 mètres maximum du point le plus proche de la construction principale. Cependant, ce motif est, comme le soutient le requérant, entaché d'une erreur de droit dès lors que les articles L. 410-1 et R. 410-1 du code de l'urbanisme imposent seulement d'indiquer, dans une demande de certificat d'urbanisme, la localisation approximative du bâtiment projeté. S'il considérait ne pas pouvoir se prononcer sur le respect de cette règle, le maire pouvait seulement la rappeler dans le certificat. Le second motif du certificat attaqué est donc également erroné.

En ce qui concerne la substitution de motif :

20. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

21. Dans ses mémoires en défense qui ont été communiqués à M. B, la commune de Cerizay, après avoir répondu au moyen analysé au point 19 ci-dessus, fait valoir que " plus encore, contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas des éléments du dossier de demande de certificat que la construction s'implanterait à moins 20 mètres de la construction principale. Bien au contraire () le projet consiste en l'implantation d'une annexe de 5,5 mètres de large par 8 mètres de long, au Nord/Est de l'espace bitumé et plus précisément le long de la limite séparative avec la parcelle cadastrée section CC n°6. Or, la construction principale existante est en tout point distante de la limite () en cause de plus de 30 mètres. Plus encore, le point de la construction principale le plus proche de l'annexe projetée est distant de plus de 40 mètres de la limite séparative. Par suite, la réalisation d'une annexe de seulement 5 mètres de large - comme indiqué spécifiquement dans la demande - sera nécessairement distante de plus de 20 mètres de la construction principale, ce d'ailleurs quelle que soit la localisation exacte de l'annexe le long de la limite parcellaire ". Ce faisant, la commune doit être regardée comme demandant que soit substitué aux motifs erronés initialement retenus, un nouveau motif, tiré ce que la distance maximale de 20 mètres prévue à l'article N.3.2.2.7 du règlement du PLUi n'est pas respectée par le projet de M. B.

22. Il ressort en effet du dossier de demande de certificat d'urbanisme, compte tenu tant de la localisation approximative de l'annexe résultant du plan figurant au dossier que des précisions qui étaient mentionnées sur ce plan et dans la notice descriptive du projet quant aux dimensions de l'annexe et aux modalités d'accès à celle-ci, que M. B entendait implanter une annexe de 5,5 mètres de large en limite séparative est de la parcelle CD 194, soit nécessairement à une distance de son habitation principale supérieure à 20 mètres puisque la construction principale existante est en tout point distante de plus de 30 mètres de cette limite parcellaire.

23. Il résulte de l'instruction que le maire de Cerizay aurait pris la même décision s'il s'était fondé, pour déclarer non réalisable le projet de M. B, sur le seul motif tiré de ce que l'annexe projetée est située à plus de 20 mètres de l'habitation principale. Par ailleurs, une telle substitution de motif ne prive le requérant d'aucune garantie procédurale.

24. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune Cerizay, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation du certificat d'urbanisme du 22 avril 2022 par lequel le maire de Cerizay a déclaré non réalisable l'opération consistant en la construction d'une annexe à une maison d'habitation sur une parcelle cadastrée section CD n° 194 située chemin du Château de la Roche.

Sur les frais liés au litige :

25. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter l'ensemble des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Cerizay et par la communauté d'agglomération du Bocage Bressuirais au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la commune de Cerizay et à la communauté d'agglomération du Bocage Bressuirais.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Henry, premier conseiller,

Mme Bréjeon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

B. HENRY

Le président,

Signé

L. CAMPOYLa greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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