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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201374

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201374

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201374
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDROUINEAU 1927

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juin 2022, la société civile immobilière (SCI) JC, représentée par Me Rouché, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de la commune du Château-d'Oléron (Charente-Maritime) a refusé de dresser un procès-verbal d'infractions aux règles de l'urbanisme et de l'environnement constatant l'occupation illégale du terrain situé au 71 rue du Moulin de la Côte par la société à responsabilité limitée (SARL) D B et de faire usage de ses pouvoirs de police générale pour mettre fin aux atteintes causées à la tranquillité, à la sécurité et à la salubrité publiques et de ses pouvoirs de police spéciale pour mettre fin aux atteintes causées à la santé humaine et à l'environnement ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Charente-Maritime a refusé de se substituer au maire du Château-d'Oléron pour, d'une part, prendre les mesures de police nécessaires pour mettre fin à l'occupation illégale du terrain en cause et, d'autre part, dresser le procès-verbal d'infractions ;

3°) d'enjoindre au maire du Château-d'Oléron de dresser un procès-verbal d'infractions aux règles d'urbanisme et à la législation des installations contrôlées pour la protection de l'environnement commises par M. A C, la SARL D B et M. B D sur le terrain situé au 71 rue du Moulin de la Côte et de prendre toute mesure de police de nature à faire cesser toute atteinte à l'ordre public par cette entreprise dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime, à défaut d'intervention du maire dans un délai d'un mois, de dresser un procès-verbal de constat des infractions précitées avant de le transmettre au procureur de la République et de prendre toute mesure de police de nature à faire cesser toute atteinte à l'ordre public par la SARL D B, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

5°) de mettre à la charge de l'État et de la commune du Château-d'Oléron les entiers dépens de l'instance ainsi qu'une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et la somme de 816,86 euros correspondant aux frais de commissaire de justice.

Elle soutient que :

- les parcelles sur lesquelles la SARL D B exerce son activité de travaux de terrassement depuis le 1er octobre 2019 sont classées en zone Ar (zone agricole remarquable), par le plan local d'urbanisme dans lesquelles une activité autre qu'agricole n'est pas autorisée ; l'installation de cette société n'a fait l'objet d'aucune autorisation préalable ; ces faits sont constitutifs d'une infraction en application de l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme ;

- l'occupation de ces parcelles par la SARL D B, en méconnaissance de la législative relative aux installations classées pour la protection de l'environnement et des dispositions de l'article L. 541-3 du code de l'environnement, porte une atteinte grave au caractère remarquable du site en cause, patrimoine naturel identifié et protégé par le règlement du site patrimonial remarquable ;

- l'activité exercée par la SARL D B est génératrice de nuisances sonores, vibratoires et olfactives ; le passage répété des engins de chantier est de nature à compromettre l'état de la voirie et à porter atteinte à la sécurité de la circulation ainsi qu'à la tranquillité du voisinage, ainsi que le démontre le procès-verbal de constat d'huissier établi le 23 mars 2021 ;

- en refusant de prendre les mesures de police administrative de nature à préserver la sécurité, la salubrité et la tranquillité publique, la commodité et la sécurité de la circulation ainsi que l'intégrité de l'environnement et de la voie publique, le maire de la commune du Château-d'Oléron et le préfet de la Charente-Maritime ont entaché leur décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il y a toujours lieu de statuer sur sa requête dans la mesure où la SARL D B exploite encore les parcelles en cause, de sorte que l'infraction n'a pas cessé, et dans la mesure où le maire de la commune s'est borné à dresser un procès-verbal de constat sans faire usage de ses pouvoirs de police générale pour mettre fin aux atteintes engendrées par cette activité.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 août et 19 septembre 2022, le préfet de la Charente-Maritime conclut à ce qu'il soit enjoint à la commune du Château-d'Oléron de dresser un procès-verbal des infractions commises sur les parcelles situées rue du Moulin de la Côté, au lieu-dit Pièce des Déserts, sur lesquelles M. B D a fixé le siège social de son entreprise de travaux de terrassement.

Il soutient que :

- l'occupation par la SARL D B du terrain situé 72 rue du Moulin de la Côte constitue une infraction aux dispositions de l'article R. 121-5 du code de l'urbanisme compte tenu de son classement dans un secteur agricole remarquable ;

- le dépôt de matériaux et de déchets, sans autorisation préalable, constitue une infraction au titre de l'article L. 173-1 du code de l'environnement ;

- le pouvoir de faire usage de ses pouvoirs de police administrative ainsi que l'obligation de les exercer lorsque cela est nécessaire, appartient au maire de la commune et, en cas d'inaction de sa part, au représentant de l'Etat dans le département après une mise en demeure au maire restée sans effet ;

- par un courrier du 11 juillet 2022, il a invité le maire de la commune du Château-d'Oléron à dresser un procès-verbal des infractions commises sur le terrain situé 72 rue du Moulin de la Côte par la SARL D B.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2023, la commune du Château-d'Oléron, représentée par Me Drouineau, conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la SCI JC sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête a perdu son objet dès lors que le procès-verbal d'infractions sollicité par les requérants a été dressé le 29 août 2022 et transmis ce même jour au procureur de la République et que, depuis, la SARL D B a quitté le terrain concerné et retiré les matériaux et véhicules qui y étaient entreposés ;

- à titre subsidiaire, les troubles à l'ordre public générés par la SARL D B ne sont pas établis, de sorte que le maire n'était pas tenu de faire usage de ses pouvoirs de police administrative.

Par un mémoire, enregistrée le 15 juin 2023, la SCI JC a confirmé le maintien sa requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bréjeon,

- les conclusions de M. Pipart, rapporteur public,

- et les observations de Me Finkelstein, représentant la commune du Château-d'Oléron.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 19 novembre 2021, la société civile immobilière (SCI) JC a demandé au maire de la commune du Château-d'Oléron (Charente-Maritime) de faire usage de ses pouvoirs de police administrative générale afin de mettre fin à l'occupation du terrain situé 71 rue du Moulin de la Côte par la société à responsabilité limitée (SARL) D B pour y exercer une activité industrielle, d'entrepôt et de terrassement, et de dresser un procès-verbal d'infractions aux règles d'urbanisme. Suite au silence gardé par le maire sur cette demande et par un courrier du 8 février 2022, la SCI JC a demandé au préfet de la Charente-Maritime de se substituer au maire de la commune pour prendre les mesures sollicitées. Du silence gardé par le préfet est née une décision implicite de rejet. La SCI JC demande l'annulation des décisions par lesquelles le maire de la commune du Château-d'Oléron et le préfet de la Charente-Maritime ont refusé de faire droit à ses demandes.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Il est constant que, le 29 août 2022, le maire de la commune du Château-d'Oléron a dressé un procès-verbal d'infraction constatant que l'activité exercée sur le terrain situé 71 rue du Moulin de la Côte par la SARL D B n'était pas autorisée par les législations en matière d'urbanisme et d'environnement et indiquant que la situation n'était susceptible d'être régularisée que par la cessation de toute activité artisanale, industrielle et d'entrepôt sur le terrain en cause ainsi que par sa remise à son état initial. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête en tant qu'elles sont dirigées contre la décision par laquelle le maire de la commune du Château-d'Oléron a refusé de dresser un procès-verbal d'infraction ainsi que contre la décision par laquelle le préfet de la Charente-Maritime a refusé de se substituer au maire compétent pour dresser ce même procès-verbal.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus du maire de la commune du Château-d'Oléron :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs. ". Aux termes de l'article L. 2212-2 de ce code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, ce qui comprend le nettoiement, l'éclairage, l'enlèvement des encombrements, la démolition ou la réparation des édifices et monuments funéraires menaçant ruine, l'interdiction de rien exposer aux fenêtres ou autres parties des édifices qui puisse nuire par sa chute ou celle de rien jeter qui puisse endommager les passants ou causer des exhalaisons nuisibles ainsi que le soin de réprimer les dépôts, déversements, déjections, projections de toute matière ou objet de nature à nuire, en quelque manière que ce soit, à la sûreté ou à la commodité du passage ou à la propreté des voies susmentionnées ; 2° Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique telles que les rixes et disputes accompagnées d'ameutement dans les rues, le tumulte excité dans les lieux d'assemblée publique, les attroupements, les bruits, les troubles de voisinage, les rassemblements nocturnes qui troublent le repos des habitants et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique ; (). "

4. Ces dispositions confient à l'autorité de police municipale le soin de prendre et de mettre en œuvre les mesures nécessaires pour faire cesser les troubles à l'ordre public. Le refus opposé par un maire à une demande tendant à ce qu'il fasse usage de ses pouvoirs de police n'est entaché d'illégalité que dans le cas où, à raison de la gravité du péril résultant d'une situation particulièrement dangereuse pour le bon ordre, la sécurité ou la salubrité publiques, cette autorité, en n'ordonnant pas les mesures indispensables pour faire cesser ce péril grave, méconnaît ses obligations légales.

5. Il ressort des pièces du dossier que la SCI JC a sollicité la mise en œuvre par le maire de la commune du Château-d'Oléron de ses pouvoirs de police en raison des nuisances sonores, vibratoires et olfactives causées par l'activité industrielle et d'entrepôt exercée par la SARL D B sur le terrain situé au 71 rue du Moulin de la Côte. A l'appui de ses allégations, la société requérante produit deux constats d'huissier des 23 mars 2021 et 2 juin 2023, ce dernier étant postérieur aux décisions attaquées, qui font état de la présence sur le terrain de bâtiments dont la construction n'aurait pas été autorisée, d'engins de chantier et de tas de gravats, pierres, parpaings et déchets divers. La SCI JC invoque également les désagréments causés par la circulation engendrée sur la voie communale, laquelle ne présente pas, selon elle, les dimensions requises pour résister à cette utilisation, et, en particulier, les atteintes causées à la sécurité et tranquillité du voisinage par cette circulation. Enfin, elle se prévaut de l'atteinte grave causée au caractère naturel du site, protégé au titre de la législation de l'urbanisme et de l'environnement. Toutefois, les seuls éléments qu'elle produit ne permettent pas d'apprécier ni la réalité ni l'importance des nuisances alléguées à la date des décisions contestées ni, par conséquent, d'établir que l'activité exercée par la SARL D B sur le site concerné portent une atteinte à la sécurité et à la tranquillité du voisinage ou à la salubrité du site d'une gravité telle que le maire ne pouvait s'abstenir d'y remédier sans méconnaitre ses obligations légales.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 541-3 du code de l'environnement : " I. -Lorsque des déchets sont abandonnés, déposés ou gérés contrairement aux prescriptions du présent chapitre et des règlements pris pour leur application, l'autorité titulaire du pouvoir de police compétente avise le producteur ou détenteur de déchets des faits qui lui sont reprochés ainsi que des sanctions qu'il encourt et, après l'avoir informé de la possibilité de présenter ses observations, écrites ou orales, dans un délai d'un mois, le cas échéant assisté par un conseil ou représenté par un mandataire de son choix, peut le mettre en demeure d'effectuer les opérations nécessaires au respect de cette réglementation dans un délai déterminé. / Au terme de cette procédure, si la personne concernée n'a pas obtempéré à cette injonction dans le délai imparti par la mise en demeure, l'autorité titulaire du pouvoir de police compétente peut, par une décision motivée qui indique les voies et délais de recours : () 2° Faire procéder d'office, en lieu et place de la personne mise en demeure et à ses frais, à l'exécution des mesures prescrites () ". Ces dispositions confèrent à l'autorité investie des pouvoirs de police municipale la compétence pour prendre les mesures nécessaires pour assurer l'élimination des déchets dont l'abandon, le dépôt ou le traitement présentent des dangers pour la santé de l'homme ou l'environnement.

7. S'il ressort des pièces du dossier que des débris et matériaux de construction divers sont abandonnés sur le terrain situé au 71 rue du Moulin de la Côte, la société requérante n'établit pas qu'il en résulterait une atteinte dangereuse à la santé humaine ou à l'environnement en l'absence de nocivité avérée de ces déchets. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que le maire de la commune du Château-d'Oléron a commis une erreur de droit en refusant de faire usage des pouvoirs que lui confèrent les dispositions précitées du code de l'environnement.

8. Il s'ensuit que la SCI JC n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le maire de la commune du Château-d'Oléron a refusé de faire usage de ses pouvoirs de police afin de mettre fin aux atteintes causées à l'ordre public par l'activité exercée par la SARL D B sur le terrain situé 71 rue du Moulin de la Côte.

En ce qui concerne le refus du préfet de la Charente-Maritime :

9. Aux termes de l'article L. 2215-1 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale est assurée par le maire, toutefois : 1° Le représentant de l'Etat dans le département peut prendre, pour toutes les communes du département ou plusieurs d'entre elles, et dans tous les cas où il n'y aurait pas été pourvu par les autorités municipales, toutes mesures relatives au maintien de la salubrité, de la sûreté et de la tranquillité publiques. Ce droit ne peut être exercé par le représentant de l'Etat dans le département à l'égard d'une seule commune qu'après une mise en demeure au maire restée sans résultat ; (). "

10. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 5 et 7 du présent jugement, la SCI JC n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Charente-Maritime aurait refusé, à tort, de mettre en œuvre le pouvoir de substitution qu'il détient en application des dispositions de l'article L. 2215-1 du code général des collectivités territoriales.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, de même que les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la SCI JC sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et au titre des dépens de l'instance.

13. Il n'y a pas non plus lieu de faire droit aux conclusions présentées sur ce même fondement par la commune du Château-d'Oléron.

D É C I D E :

Article 1 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête en tant qu'elles sont dirigées contre les décisions par lesquelles le maire de la commune du Château-d'Oléron et le préfet de la Charente-Maritime ont refusé de dresser un procès-verbal d'infractions à l'encontre de la SARL D B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune du Château-d'Oléron sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière (SCI) JC, à la commune du Château-d'Oléron et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.

Copie en sera adressée au préfet de la Charente-Maritime.

Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

Mme Bréjeon, conseillère,

M. Raveneau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

La rapporteure,

signé

R. BRÉJEON

Le président,

signé

L. CAMPOYLa greffière,

signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

signé

D. GERVIER

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