mardi 20 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2201375 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET RABESANDRATANA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 juin 2022, et par un mémoire en réplique enregistré le 29 juillet 2022, Mme B A, représentée par Me Rabesandratana, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 28 mars 2022 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle doit être éloignée à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente de ce nouvel examen, une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, subsidiairement dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, à elle-même en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence ; il n'est pas suffisamment motivé ; ce défaut de motivation révèle un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle ;
- la décision portant de refus de titre de séjour a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ; elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
- la décision fixant le pays de renvoi est privée de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; elle porte une atteinte disproportionnée au respect dû à sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 juillet 2022, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante géorgienne née le 17 décembre 1972, est entrée régulièrement sur le territoire français le 6 avril 2019, sous couvert de son passeport biométrique géorgien valable jusqu'au 21 mars 2019. Par une décision du 28 juin 2019, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 24 octobre 2019, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile. Par un arrêté du 16 janvier 2020, le préfet de la Charente-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un jugement du 16 mars 2020, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Poitiers a annulé l'arrêté du préfet du 16 janvier 2020, au motif qu'à la date de cet arrêté, le mari de Mme A bénéficiait d'un droit au séjour en tant qu'étranger malade. A la suite de ce jugement, le préfet de la Charente-Maritime a délivré à Mme A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", valable à partir du 12 octobre 2020 jusqu'au 11 octobre 2021. Le 10 août 2021, Mme A a formé une demande de renouvellement de ce titre de séjour. Dans l'attente de l'examen de la situation administrative de son mari, qui avait demandé le renouvellement d'un titre de séjour en tant qu'étranger malade, l'administration a délivré à Mme A une attestation de demande de renouvellement de son titre de séjour. Par une lettre du 22 février 2022, elle a fait savoir à l'administration qu'elle avait conclu un contrat de travail à durée indéterminée. Par un arrêté du 28 mars 2022, le préfet de la Charente-Maritime a refusé de renouveler le titre de séjour demandé par Mme A en tant qu'accompagnant d'un étanger malade et lui a également refusé un titre de séjour en tant que salariée. Par ce même arrêté, cette autorité l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle devait être éloignée à l'expiration de ce délai. Mme A demande l'annulation de ces décisions.
Sur les moyens dirigés contre l'arrêté dans son ensemble :
2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par le secrétaire général de la préfecture de la Charente-Maritime, lequel a reçu, par un arrêté du préfet de ce département du 27 décembre 2021, visé dans l'arrêté attaqué et régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'Etat, délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions, à l'exception d'actes limitativement énumérés au nombre desquels ne figurent pas les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
3. En second lieu, l'arrêté en litige a été pris au visa de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 421-1, qui détermine les conditions dans lesquelles un étranger peut se voir accorder un titre de séjour au titre d'une activité salariée. Il expose, dans ses motifs, d'une part, que le fils et le mari de Mme A, qui sont arrivés en même temps qu'elle sur le territoire français, n'ont pas de droit au séjour et font eux-mêmes l'objet de mesures d'éloignement et, d'autre part, que la requérante ne justifie pas de l'autorisation de travail à laquelle est subordonnée l'obtention d'un titre de séjour en tant que travailleur salarié. La décision attaquée, qui comporte les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, est, par suite, suffisamment motivée.
4. En troisième lieu, il ressort de cette motivation que le préfet de la Charente-Maritime n'a pas entaché l'arrêté attaqué d'un défaut d'examen de la situation personnelle de Mme A.
Sur la décision de refus de titre de séjour :
5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A aurait sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Charente-Maritime, qui n'était pas tenu d'examiner d'office si elle pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en application des dispositions de cet article, aurait pris sa décision de refus de titre de séjour en méconnaissance de ces dispositions.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, dès lors que les moyens dirigés contre le refus de titre de séjour ont été rejetés, Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
8. En second lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
9. Mme A, qui n'était présente en France que depuis trois ans à la date de la décision contestée, ne justifie pas avoir noué sur le territoire national des liens personnels avec d'autres personnes que son mari et son fils, eux aussi de nationalité géorgienne, qui sont arrivés en France en même temps qu'elle et dont elle ne conteste pas qu'ils ont, l'un et l'autre, fait l'objet de décisions d'éloignement respectivement prises, en ce qui concerne son fils, par un arrêté du 16 janvier 2020, confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 29 octobre 2020 et, en ce qui concerne son mari, par un arrêté du 28 mars 2022, à la suite d'un avis défavorable rendu le 24 septembre 2021 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans le cadre de l'examen de sa demande de titre de séjour en tant qu'étranger malade. La circonstance que Mme A travaille à temps partiel dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, qu'elle s'implique dans la vie associative et qu'elle a suivi en 2019 et en 2020 des formations de langue française, ne suffit pas, en elle-même, à démontrer une insertion à la fois stable et durable dans la société française. Enfin, la requérante ne démontre pas, comme elle le prétend, qu'elle n'aurait plus d'attache dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à son arrivée en France, à l'âge de quarante-sept ans. Par suite, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Charente-Maritime, qui n'a pas porté à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a pris sa décision et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision fixant le pays d'éloignement :
10. En premier lieu, dès lors que les moyens dirigés contre le refus de titre de séjour et contre l'obligation de quitter le territoire français ont été rejetés, Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de ces décisions contre la décision par laquelle le préfet de la Charente-Maritime a fixé le pays de destination.
11. En second lieu, dès lors que pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus au point 9, le préfet de la Charente-Maritime, en faisant obligation à Mme A de quitter le territoire français, n'a pas porté d'atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, et que l'intéressée ne démontre pas, ni même n'allègue, qu'elle-même ou sa famille seraient exposées, en cas de retour en Géorgie, à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, la requérante n'est pas davantage fondée à soutenir qu'en décidant de l'éloigner vers son pays d'origine, le préfet aurait porté un atteinte disproportionnée au respect dû à sa vie privée et familiale, ni qu'il aurait commis une erreur dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Charente-Maritime.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Pinturault, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.
Le rapporteur,
signé
M. PINTURAULT
Le président,
signé
L. CAMPOY La greffière,
signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef par intérim,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026