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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201400

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201400

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201400
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantORMILLIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juin 2022, M. A B, représenté par Me Ormillien, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté de la préfète des Deux-Sèvres en date du 11 mai 2022 en tant que celui-ci lui refuse la délivrance d'un titre de séjour et l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

3°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de dix jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à lui-même au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il n'est pas suffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'existence et la viabilité de son projet économique et quant à ses liens privés et familiaux en France ;

- il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 août 2022, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant arménien né le 14 août 1988, est entré en France, selon ses déclarations, le 24 avril 2021. Le 26 juillet 2021, il a demandé la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " entrepreneur ", sur le fondement de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 11 mai 2022, la préfète des Deux-Sèvres a rejeté sa demande sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. M. B a demandé au tribunal le 13 juin 2022 l'annulation de cet arrêté en tant que celui-ci lui refuse la délivrance d'un titre de séjour et l'oblige à quitter le territoire français. Par un nouvel arrêté du 4 août 2022, la préfète des Deux-Sèvres a assigné M. B à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par un jugement du 11 août 2022, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Poitiers a, d'une part, statué sur la demande d'aide juridictionnelle et rejeté les conclusions de M. B aux fins d'annulation de la décision du 11 mai 2022 par laquelle la préfète de la Vienne lui a fait obligation de quitter le territoire français, et a, d'autre part, renvoyé à une formation collégiale l'examen des conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour et les conclusions aux fins d'injonction, en tant qu'elles s'y rattachent. Par suite, il y a seulement lieu pour le tribunal de statuer, dans la présente instance, sur ces seules conclusions.

2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par le secrétaire général de la préfecture des Deux-Sèvres lequel a, par un arrêté de la préfète de ce département du 6 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, reçu délégation à l'effet de signer tous les arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans ce département. La police des étrangers ne figurant pas au nombre des exceptions à cette délégation de signature, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision contestée a été prise sur le fondement des dispositions des articles L. 421-5 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui définissent les conditions dans lesquelles un étranger peut se voir délivrer un titre de séjour au titre de l'exercice d'une activité non salariée ou au titre du maintien des liens privés et familiaux, ainsi que sur le fondement des dispositions de l'article L. 412-1 du même code, qui prévoit que la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la justification d'un visa de long séjour. Les motifs de l'arrêté exposent que l'intéressé, qui a créé une entreprise enregistrée au registre du commerce et des sociétés, n'a toutefois pas justifié être arrivé en France sous couvert d'un visa de long séjour, qu'il est défavorablement connu des services de police et qu'il ne justifie pas avoir noué en France des liens personnels et familiaux particulièrement anciens, stables et intenses. La décision attaquée, qui comporte les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, est, par suite, suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". L'article L. 412-5 du même code ajoute : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". " L'article L. 421-5 du même code dispose : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur/ profession libérale " d'une durée maximale d'un an. " L'article R. 421-9 du même code précise : " Lorsque l'étranger présente un projet tendant à la création d'une activité commerciale, industrielle ou artisanale, il sollicite, préalablement au dépôt de sa demande tendant à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 421-5, un avis sur la viabilité économique du projet auprès du service en charge de la main d'œuvre étrangère compétent pour le département dans lequel il souhaite réaliser son projet. "

5. D'une part, dès lors qu'il est constant que M. B n'avait jamais sollicité auparavant la délivrance d'un titre de séjour et qu'il est arrivé en France sans être titulaire d'un visa de long séjour, c'est à bon droit que la préfète des Deux-Sèvres a refusé, en application des dispositions précitées de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-5 du même code.

6. D'autre part, dans les motifs de l'arrêté en litige, la préfète expose, sans être démentie sur ce point par M. B, que celui-ci est défavorablement connu des services de police pour avoir été interpellé pour des faits de blessures involontaires ayant entraîné une incapacité n'excédant pas trois mois par violation manifestement délibérée d'une obligation particulière de sécurité ou de prudence, ainsi que pour des faits de vol. Dès lors que, compte tenu de la nature de ces faits, qui ne sont pas contestés par l'intéressé, la présence de celui-ci en France est constitutive d'une menace pour l'ordre public, c'est également à bon droit que la préfète de la Vienne, conformément aux dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, citées ci-dessus, a considéré que cette circonstance faisait obstacle à la délivrance du titre de séjour sollicité.

7. Enfin, M. B ne démontre, ni même n'allègue, avoir sollicité, avant de déposer sa demande de titre de séjour, un avis sur la viabilité économique de son projet auprès du service en charge de la main d'œuvre étrangère compétent pour le département dans lequel il souhaitait réaliser son projet. Dès lors, il ne remplissait pas les conditions requises pour obtenir, sur le fondement des dispositions précitées des articles L. 421-5 er R. 421-9 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " entrepreneur ".

8. Il résulte de ce qui est exposé ci-dessus que c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la préfète des Deux-Sèvres a estimé que M. B n'avait pas de plein droit vocation à obtenir un titre de séjour au titre de l'exercice d'une activité non salariée.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L 423-15, L 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

10. M. B, qui n'était présent en France que depuis un an à la date de la décision contestée, ne démontre pas avoir noué sur le territoire national des liens personnels et familiaux avec d'autres personnes que les membres de sa famille, ressortissants arméniens, à savoir sa sœur et son frère, qui atteste l'héberger et avec qui il prétend être en affaires, ainsi que sa mère qui, selon ses déclarations, réside, elle aussi, chez son frère. Quand bien-même l'épouse de M. B, qui se trouve en France avec leurs trois enfants mineurs, bénéficiait encore, à la date à laquelle la décision a été prise, d'un récépissé de dépôt d'une demande d'asile, il ressort des mentions non contestées portées sur ce récépissé que celle-ci, en ce qui concerne sa situation familiale, s'est déclarée séparée. Il ressort en outre des pièces du dossier qu'elle-même et les enfants mineurs issus de son union avec le requérant ne résident pas à la même adresse que celui-ci. Dans ces conditions, faute de justifier d'une vie commune avec son épouse, M. B ne peut utilement se prévaloir de la présence de celle-ci sur le territoire français, ni du statut de demandeur d'asile dont elle bénéficiait encore à la date à laquelle a été pris l'arrêté contesté. En outre, M. B n'établit pas, ni même n'allègue, être dépourvu de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans. Par suite, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, la préfète des Deux-Sèvres n'a pas porté à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a pris sa décision. Elle n'a dès lors pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas davantage méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête de M. B doit être rejeté, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Le surplus de conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète des Deux-Sèvres.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pinturault, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

Le rapporteur,

signé

M. PINTURAULT

Le président,

signé

L. CAMPOY La greffière,

signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef par intérim,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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