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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201443

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201443

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201443
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL PIPAT - DE MENDITTE - DELAIRE - DOTAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 juin 2022, 16 août 2022 et 26 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Dotal, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 février 2022 par laquelle la présidente du conseil départemental de la Charente-Maritime a exercé son droit de préemption sur les parcelles cadastrées section DX n°s 10 et 501 située sur le territoire de la commune de Saint-Georges-d'Oléron ainsi que la décision portant rejet de son recours gracieux :

2°) de mettre à la charge du département de la Charente-Maritime une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- l'avis de la commune de Saint-Georges-d'Oléron n'est ni daté, ni joint ; le Marais de La Bordé n'apparait pas dans le schéma départemental des espaces naturels sensibles ;

- l'avis émis par la commune de Saint-Georges-d'Oléron est insuffisamment motivé ;

- la présidente du conseil départemental n'a pas procédé à un examen approfondi de la nature des terrains concernés ;

- la délibération du conseil général du 23 juin 2006, le plan de situation et de délimitation de la zone de préemption ne sont pas accessibles au public, en méconnaissance de l'article R. 215-2 du code de l'urbanisme ;

- ces derniers éléments ne permettent pas d'identifier, avec précision, les parcelles intégrées dans la zone de préemption du département ;

- les parcelles en cause ne sont pas comprises dans le périmètre défini de préemption du département ;

- ce classement, approuvé par la délibération du conseil général de la Charente-Maritime du 23 juin 2006, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard au fait que les parcelles concernées sont situées dans une zone destinée à l'urbanisation qui abrite déjà de nombreuses constructions ;

- l'occupation de ces parcelles ne porte pas atteinte aux lieux environnants ;

- le projet pour lequel le droit de préemption est exercé ne présente pas un intérêt général suffisant.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 juillet et 16 septembre 2022, le département de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2015-1783 du 28 décembre 2015 ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bréjeon,

- les conclusions de M. Pipart, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a conclu le 3 août 2021 un compromis de vente en vue d'acquérir des parcelles cadastrées section DX n°10 et n°501 situées sur le territoire de la commune de Saint-Georges-d'Oléron. Informée de la déclaration d'intention d'aliéner ces parcelles par courrier reçu le 6 décembre 2021, la présidente du conseil départemental de la Charente-Maritime a exercé son droit de préemption sur ces parcelles par une décision du 2 février 2022. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision, ensemble celle de la décision rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ".

3. Il résulte de ces dispositions que les décisions de préemption sont des décisions individuelles imposant des sujétions. Elles entrent, par suite, dans le champ des dispositions précédemment mentionnées et doivent comporter l'énoncé des motifs de droit et de fait ayant conduit l'autorité administrative à préempter. Cette obligation de motivation implique que la décision comporte une référence à l'acte portant création de la zone de préemption et indique les raisons pour lesquelles la préservation et la protection des parcelles en cause justifiaient la préemption.

4. La décision contestée vise les dispositions applicables du code de l'urbanisme, l'arrêté préfectoral du 25 novembre 1977 portant création de la zone de préemption au titre des espaces naturels sensibles de la commune de Saint-Georges-d'Oléron et la délibération du conseil général du 23 juin 2006 portant extension de cette zone, le schéma départemental des espaces naturels sensibles adopté le 26 octobre 2018 ainsi que l'avis favorable émis par la commune de Saint-Georges-d'Oléron à la préemption des parcelles concernées par le département de la Charente-Maritime. Elle précise que l'exercice du droit de préemption par le département est motivé par la sauvegarde et la préservation des espaces naturels sensibles sur l'Ile d'Oléron qui nécessite la suppression des éléments dénaturant ces lieux, la restauration du milieu naturel, la gestion des espaces naturels et leur ouverture au public, sauf fragilité du site faisant obstacle à cette ouverture. La décision en litige indique également que les parcelles cadastrées section DX n° 10 et n°501 sont situées en bordure nord du Marais de La Bordé, dans une frange boisée, que les terrains abritent plusieurs aménagements destinés au camping et que l'ensemble du secteur est fortement " mité " par des formes de camping illégal sur des parcelles individuelles. Elle présente, enfin, les objectifs de restauration du paysage du site classé et de préservation des milieux humides et des espaces boisés, constituant des corridors écologiques identifiés à l'échelle régionale qui assurent des fonctions écologiques vitales, permettant de conserver des espèces locales et les habitats naturels nécessaires à leur reproduction. Ces mentions indiquent avec une précision suffisante les motifs de droit et de fait ayant conduit la présidente du conseil départemental à exercer son droit de préemption. La circonstance que les motifs retenus par le département seraient erronés en droit ou en fait est, en toute hypothèse, sans influence sur la régularité formelle de la motivation de la décision du 2 février 2022. En outre, les dispositions précitées n'impliquaient pas nécessairement que la décision contestée soit accompagnée de l'avis émis par la commune de Saint-Georges-d'Oléron. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, Mme A ne peut utilement se prévaloir, au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision du 2 février 2022, de l'insuffisante motivation de l'avis émis par la commune de Saint-Georges-d'Oléron le 22 décembre 2021.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la présidente du conseil départemental de la Charente-Maritime, qui a décrit, dans sa décision, les caractéristiques des parcelles concernées ainsi que l'environnement dans lequel elles s'inscrivent, n'a pas procédé à un examen approfondi de la situation de ces parcelles avant de prendre la décision en litige.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 215-2 du code de l'urbanisme : " La délibération du conseil départemental créant, en application de l'article L. 215-1, une zone de préemption, est accompagnée d'un plan de situation et d'un plan de délimitation. Cette délibération fait l'objet d'une publication au recueil officiel des actes du département et d'une mention dans deux journaux régionaux ou locaux diffusés dans le département. Les effets juridiques attachés à la création de la zone ont pour point de départ l'exécution de l'ensemble des mesures de publicité mentionnées ci-dessus. En outre, une copie de la délibération accompagnée des plans mentionnés au premier alinéa est tenue à la disposition du public à la mairie de la ou des communes concernées et à l'hôtel du département. Avis de ce dépôt est donné par affichage pendant une période d'au moins un mois à la mairie de la ou des communes intéressées. Copie de la délibération créant la zone de préemption accompagnée des plans mentionnés au premier alinéa est adressée à la chambre départementale des notaires et aux barreaux constitués près les tribunaux judiciaires dans le ressort desquels est créée la zone de préemption. "

8. Il est constant que la délibération n° 335 ter du 23 juin 2006 par laquelle le conseil général de la Charente-Maritime a étendu les zones de préemption, sur la commune notamment de Saint-Georges-d'Oléron, n'a pas fait l'objet d'une publication au recueil officiel des actes du département. Toutefois, dès lors que les formalités de publication résultant des dispositions précitées ont été créées par l'article 4 du 28 décembre 2015 relatif à la partie réglementaire du livre Ier du code de l'urbanisme et à la modernisation du contenu du plan local d'urbanisme et sont entrées en vigueur postérieurement à l'édiction de la délibération du 23 juin 2006, le moyen tiré de ce défaut de publication doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 215-1 du code de l'urbanisme : " Pour mettre en œuvre la politique prévue à l'article L. 113-8, le département peut créer des zones de préemption dans les conditions définies au présent article. Dans les communes dotées d'un plan local d'urbanisme approuvé, les zones de préemption sont créées avec l'accord de la commune ou de l'établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de plan local d'urbanisme. En l'absence d'un tel document, et à défaut d'accord des communes ou des établissements publics de coopération intercommunale compétents en matière de plan local d'urbanisme concernés, ces zones ne peuvent être créées par le département qu'avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'État ". Selon l'article L. 215-4 de ce code : " A l'intérieur des zones délimitées en application de l'article L. 215-1, le département dispose d'un droit de préemption. "

10. D'une part, Mme A ne peut utilement soutenir que les parcelles cadastrées section DX n° 10 et n°501 ne sont pas énumérées dans le schéma départemental des espaces naturels sensibles, adopté par le conseil départemental le 26 octobre 2018, dès lors que ce document, qui se borne à traduire l'orientation de l'action du département dans ce domaine, n'a pas pour objet de fixer la zone de préemption.

11. D'autre part, par la délibération n° 335 ter du 23 juin 2006, le conseil général de Charente-Maritime a étendu les zones dans lesquelles le droit de préemption peut être exercé sur les communes de Fouras, Saint-Georges-de-Didonne et Saint-Georges-d'Oléron et qui avaient été initialement fixées par l'arrêté du préfet de la Charente-Maritime du 25 novembre 1977. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles cadastrées section DX n°10 et n°501 sont incluses dans ces zones. Par suite, le moyen tiré de ce que les parcelles composant ces zones ne sont pas identifiables manque en fait, de même que celui tiré de ce que les parcelles en cause ne figurent pas au sein des zones dans lesquelles le département peut faire usage de son droit de préemption.

12. Enfin, en se bornant à soutenir que les parcelles en cause se situent dans une zone destinée à l'urbanisation dans la mesure où elles sont séparées de la zone urbanisée par une route très fréquentée et qu'elles abritent de nombreuses constructions, Mme A ne démontre pas que le classement des parcelles cadastrées section DX n°10 et n°501 dans la zone de préemption par la délibération du conseil général n° 335 ter du 23 juin 2006 serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation alors, en outre, qu'il ressort des pièces du dossier, et n'est pas sérieusement contesté par la requérante, que le secteur du Marais de La Bordé constitue un site naturel boisé et humide présentant des enjeux de biodiversité importants.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau et à permettre l'adaptation des territoires au recul du trait de côte, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement./ () Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 300-1 du même code, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser la mutation, le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels, notamment en recherchant l'optimisation de l'utilisation des espaces urbanisés et à urbaniser ".

14. Il résulte des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme que, pour exercer légalement ce droit, les collectivités titulaires du droit de préemption urbain doivent, d'une part, justifier, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, faire apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. En outre, la mise en œuvre de ce droit doit répondre à un intérêt général suffisant.

15. Pour justifier l'exercice de son droit de préemption sur les parcelles en cause, le département se fonde sur la situation géographique de ces parcelles, situées à la bordure nord du Marais de La Bordé, dans une frange boisée et sur leurs caractéristiques, en tant qu'elles abritent de multiples aménagements pour l'usage du camping sur des parcelles individuelles privées. Il motive sa décision par l'objectif de préservation des milieux naturels boisés et humides, ces derniers constituant des corridors écologiques identifiés à l'échelle régionale, à préserver et à remettre en bon état. Il ressort des pièces du dossier que le département a prévu de supprimer les éléments bâtis et aménagements anthropiques présents sur ces parcelles, de les remettre dans leur état naturel et de restaurer et préserver un milieu boisé propice aux enjeux de biodiversité, qui pourra être, par la suite, ouvert au public. Dans ces conditions, en se bornant à affirmer que l'intérêt écologique de l'acquisition de ces parcelles par le département n'est pas démontré et qu'elle entend occuper ces parcelles dans le respect de l'environnement local, Mme A ne justifie pas que la mise en œuvre par le département de la Charente-Maritime de son droit de préemption ne répond pas à un intérêt général suffisant.

16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation de la décision du 2 février 2022 par laquelle la présidente du conseil départemental de la Charente-Maritime a exercé son droit de préemption sur les parcelles cadastrées section DX n° 10 et n°501 sur la commune de Saint-Georges-d'Oléron et de la décision portant rejet du recours gracieux introduit par Mme A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département de la Charente-Maritime.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

Mme Bréjeon, conseillère,

M. Raveneau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

R. BRÉJEON

Le président,

signé

L. CAMPOYLa greffière,

signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

signé

D. GERVIER

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