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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201463

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201463

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201463
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantROBILIARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 juin 2022, M. B A, représenté par Me Robilliard, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 27 avril 2022 par laquelle le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Vienne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, le tout dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, à lui verser directement sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les articles L. 412-5, L. 423-7, L. 423-8 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 août 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Gibson-Théry a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 20 décembre 1976, déclare être entré en France en 1982. Il a bénéficié de cartes de résident pour les périodes allant du 20 décembre 1994 au 19 décembre 2014, dont la dernière, valable du 20 décembre 2004 au 19 décembre 2014, lui a été retirée par une décision préfectorale du 12 juillet 2012, dont la légalité a été confirmée par un jugement n° 1202271 du 19 novembre 2014 du tribunal administratif de Poitiers. Le 22 mars 2021, M. A a sollicité l'octroi d'un titre de séjour " parent d'enfant français " à titre principal, et " liens privés et familiaux en France " à titre subsidiaire. Par une décision du 27 avril 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 août 2022. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 7 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne, le préfet de la Vienne a donné délégation à Mme Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer tous les actes relevant des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". Il y a lieu de prendre en compte la nature, la gravité ainsi que le caractère récent ou non des infractions pour apprécier l'atteinte à l'ordre public, qui s'apprécie au moment de la décision attaquée.

5. Lorsque l'administration oppose à un ressortissant étranger un motif lié à la menace à l'ordre public pour refuser de faire droit à sa demande de titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. La menace à l'ordre public s'apprécie au regard de l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l'étranger en cause. Il n'est donc ni nécessaire, ni suffisant que le demandeur ait fait l'objet de condamnations pénales. L'existence de celles-ci constitue cependant un élément d'appréciation au même titre que d'autres éléments tels que la nature, l'ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.

6. Pour rejeter, sur le fondement de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. A, le préfet de la Vienne a estimé que la présence de l'intéressé en France présentait une menace pour l'ordre public, tout d'abord en raison de ses multiples condamnations, entre 1996 et 2017, à de nombreuses peines d'emprisonnement, tel qu'il ressort du bulletin n° 2 de son casier judiciaire, allant de quinze jours à deux ans, à raison de trente-quatre interpellations parmi lesquelles onze ont donné lieu à des condamnations pour des faits d'atteinte aux personnes, la peine de deux ans d'emprisonnement prononcée par le tribunal correctionnel de Poitiers le 19 juillet 2017 et confirmée en appel ayant été assortie d'une interdiction de séjour pendant cinq ans. L'autorité préfectorale s'est également fondée sur la circonstance que M. A ne justifie pas contribuer effectivement à l'éducation et l'entretien de ses trois enfants. Dans ces conditions, malgré l'obtention antérieure de cartes de résident, dont la dernière a au demeurant été retirée en 2012, et les éléments d'insertion professionnelle attestés par les bulletins de salaire de M. A d'août 2021 à mars 2022, et eu égard aux multiples condamnations privatives de liberté dont M. A a fait l'objet, le préfet de la Vienne a pu estimer, sans commettre d'erreur d'appréciation, que le comportement de l'intéressé caractérisait une menace à l'ordre public. La circonstance que les derniers faits commis remontent à l'année 2017, soit cinq ans avant la décision attaquée, ne saurait leur retirer leur caractère de gravité, au regard de leur nature et de leur caractère répété. Par suite, le préfet de la Vienne n'a pas méconnu l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fondant son refus de délivrance de titre sur ses seules dispositions. Dès lors que ce seul motif suffit pour fonder la légalité de la décision de refus de titre, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-7, L. 423-8 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent être écartés.

7. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. Si M. A se prévaut de ce que ses trois enfants, dont deux étaient déjà majeurs à la date de la décision attaquée, sont de nationalité française, et qu'ils lui ont écrit, étant plus jeunes, quelques cartes, au demeurant non datées, lui souhaitant une bonne fête des pères et un bon anniversaire, ces éléments sont insuffisants pour établir l'intensité, la stabilité et l'ancienneté de ses liens avec eux, alors que les attestations que ses deux fils ont rédigées en 2020 ne sont pas circonstanciées, et que l'intéressé ne fait état que de trois versements et d'un achat pour contribuer à leur éducation au cours de toutes ces dernières années. Bien que M. A démontre être resté en France de nombreuses années entre l'année 1996 et l'année 2022, il ressort des pièces du dossier qu'il s'y est toutefois maintenu en situation irrégulière depuis le retrait de sa dernière carte de résident le 12 juillet 2012 et qu'il a été condamné, en dernier lieu, à huit mois d'emprisonnement et interdit de séjour pendant cinq années par un jugement du tribunal correctionnel de Poitiers du 5 décembre 2017. Dans ces conditions, à supposer qu'il n'ait plus de liens personnels dans son pays d'origine, et malgré la circonstance qu'il habite un logement en propre à Poitiers, qu'il justifie avoir obtenu un diplôme de plaquiste en 2019 et avoir exercé une activité professionnelle comme intérimaire entre les mois d'août 2021 et mars 2022, M. A n'établit pas que la décision en litige porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ni à l'intérêt supérieur de ses enfants.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Vienne.

Une copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Duval-Tadeusz, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERYLe président,

Signé

P. CRISTILLE

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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