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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201474

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201474

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201474
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantEKOUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 juin 2022, M. F A D, représenté par Me Ekoue, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2022 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de " conjoint de français ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer une carte de séjour temporaire en qualité de " conjoint de français ", dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Ekoue en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle méconnait les articles L. 423-1, L. 423-2, L. 436-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de sa vie familiale et de sa volonté d'insertion professionnelle ;

- contrairement à ce qu'a estimé le préfet, il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Une ordonnance du 20 juillet 2022 a fixé la clôture de l'instruction au 5 septembre 2022.

Un mémoire en défense du préfet de la Vienne, enregistré le 3 octobre 2022 postérieurement à la date de clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.

M. A D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi, fait à Rabat le 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- et les observations de Me Ekoue.

Considérant ce qui suit :

1. M. F A D, ressortissant marocain né le 27 juin 1995, déclare être entré sur le territoire français en 2016. Par un arrêté du 9 novembre 2020, le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant deux ans. Le 12 décembre 2020, le requérant a épousé Mme B C, de nationalité française. Il a sollicité, le 9 avril 2021, la délivrance d'un titre de séjour mention " conjoint de français ". Par un arrêté du 30 mai 2022, le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A D ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 août 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

3. L'arrêté attaqué a été signé par Mme Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture de la Vienne, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature du 7 mars 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux ressortissants marocains en vertu de l'article 9 de l'accord franco-marocain : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Ces dispositions sont toutefois soumises à celles de l'article L. 412-1 du même code, qui prévoient que : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Aux termes de l'article L. 436-4 du même code : " Sans préjudice des dispositions de l'article L. 412-1, préalablement à la délivrance d'un premier titre de séjour, l'étranger qui est entré en France sans être muni des documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ou qui, âgé de plus de dix-huit ans, n'a pas, après l'expiration depuis son entrée en France d'un délai de trois mois ou d'un délai supérieur fixé par décret en Conseil d'Etat, été muni d'une carte de séjour, acquitte un droit de visa de régularisation d'un montant égal à 200 euros, dont 50 euros, non remboursables, sont perçus lors de la demande de titre. / () ".

5. Pour refuser de faire droit à la demande de titre de séjour sollicité par M. A D en qualité de " conjoint de français ", le préfet de la Vienne s'est fondé sur la circonstance qu'il est entré irrégulièrement en France et n'établit pas être muni d'un visa long séjour. L'intéressé, qui ne conteste pas ces faits, ne produit aucun élément de nature à établir qu'il serait entré régulièrement sur le territoire français. S'il fait valoir que le défaut d'entrée régulière sur le territoire français peut être régularisé par le paiement de frais de visa de régularisation en application des dispositions précitées de l'article L. 436-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'établit toutefois pas avoir procédé à un tel paiement et disposer d'un visa de régularisation. Par suite, le préfet de la Vienne a pu, sans méconnaitre les dispositions précitées, estimer qu'il ne justifiait pas d'une entrée régulière sur le territoire français pour refuser de lui délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint de français.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ".

7. M. A D soutient que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, dès lors qu'il n'a commis aucun délit depuis plus d'un an. Toutefois, il ressort de l'arrêté attaqué que l'intéressé est connu défavorablement des services de police pour des faits de rébellion, en date du 26 mars 2020, pour lesquels il a été condamné par le tribunal correctionnel de Toulon à deux mois d'emprisonnement avec sursis, mais également pour des faits de conduite en état d'ébriété et sans permis le 9 novembre 2020, et de délit de fuite après accident par un conducteur de véhicule terrestre le 30 mai 2021. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait pas tenu compte des faits qui viennent d'être rappelés.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

9. M. A D, qui est entré irrégulièrement sur le territoire français, fait valoir qu'il s'est marié avec une ressortissante française le 12 décembre 2020 et qu'il partage le quotidien des enfants de son épouse, nés d'une précédente union, dont il s'occupe régulièrement. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le mariage de M. A D a été célébré de manière récente alors que l'intéressé se maintient irrégulièrement sur le territoire français en dépit d'une précédente mesure d'éloignement édictée le 9 novembre 2020. Il n'établit pas, par ailleurs, que sa présence auprès des enfants de son épouse serait indispensable. En outre, il ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans et où résident ses parents et sa sœur. M. A D, qui produit trois fiches de paye pour l'année 2020 et une promesse d'embauche datée du 13 décembre 2021, n'établit pas davantage une insertion professionnelle stable et ancienne depuis son entrée en France. Enfin, s'il démontre la réalité d'une communauté de vie avec Mme C, il n'existe aucun obstacle, eu égard notamment au caractère récent de son mariage à la date de l'arrêté contesté, à ce qu'il regagne temporairement son pays d'origine en vue de solliciter la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de conjoint de français. Par suite, en refusant à M. A D la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de la Vienne n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis, et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour qui la fonde.

11. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 9.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

12. Les décisions du préfet de la Vienne portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachées d'illégalité, M. A D ne peut utilement se prévaloir de ces supposées illégalités pour solliciter l'annulation, par voie de conséquence, de la décision de la même autorité portant fixation du pays de destination.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Vienne du 30 mai 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A D tendant à l'obtention du bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F A D, au préfet de la Vienne et à Me Ekoue.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

M. Lacaïle, premier conseiller,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

A. LE MEHAUTE

L'assesseur le plus ancien,

Signé

P. LACAÏLE La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne ce en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, La greffière en chef par intérim,

Signé

G. FAVARD

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