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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201479

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201479

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201479
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationétrangers JU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juin 2022, Mme B A, représentée par Me Desroches, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2022 par lequel le préfet de la Vienne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer une carte de séjour d'une durée d'un an dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

-elle est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle ;

-elle méconnait les articles L. 611-1 (4°) et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 juillet 2022, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Mme A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 21 juin 2022 sur laquelle il n'a pas encore été statué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-13-2 et R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne née en novembre 1996, est entrée en France en mars 2020 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 30 novembre 2021 et par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 6 mai 2022. Par la décision litigieuse du 31 mai 2022, le préfet de la Vienne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Alors qu'il n'a pas encore été statué sur la demande d'aide juridictionnelle présentée par la requérante, il y a lieu d'accorder l'aide juridictionnelle provisoire à Mme A.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

3. Par un arrêté du 7 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du département, Mme Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture de la Vienne, a reçu délégation pour signer notamment tous les arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision litigieuse vise les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 611-1 (4°), et mentionne les circonstances de fait relatives à la situation administrative et personnelle de Mme A. Elle indique en particulier que la demande d'asile de l'intéressée a été définitivement rejetée, et qu'elle ne démontre pas avoir tissé en France des liens personnels et familiaux particulièrement intenses, anciens et stables. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit être écarté, de même que celui tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressée, nonobstant la circonstance que la décision mentionne par erreur que le compagnon de Mme A n'est pas présent sur le territoire national.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. "

6. Contrairement à ce que soutient la requérante, il ressort des pièces du dossier que la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 6 mai 2022 rejetant son recours lui a été notifiée le 10 mai 2022. Par suite, conformément aux dispositions citées au point précédent, Mme A ne bénéficiait plus, à compter de cette dernière date, du droit à se maintenir en France et le préfet de la Vienne était fondé à édicter la mesure d'éloignement contestée.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

8. Mme A fait soutient qu'elle vit en concubinage avec M. A, ressortissant guinéen, dont la demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA mais dont le recours devant la CNDA est actuellement pendant. Elle fait valoir que la décision litigieuse aurait pour conséquence de séparer le couple dès lors que M. A ne peut pas être renvoyé en Guinée tant qu'il n'a pas été définitivement statué sur sa demande d'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A n'a pas enregistré de recours devant la CNDA et qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 3 décembre 2021. En outre, la requérante, qui ne vit avec M. A que depuis quelques mois, ne démontre pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu pendant 23 ans, et ne justifie pas avoir tissé des liens personnels et familiaux intenses, anciens et stables en France, ni être particulièrement intégrée dans la société française, nonobstant la circonstance qu'elle serait investie dans une association d'insertion. Par suite, en prenant la décision attaquée, le préfet de la Vienne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai.

10. En deuxième lieu, pour les mêmes raisons que celles mentionnées au point 8, la décision fixant le pays de destination ne méconnait pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressée doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. L'Etat n'étant pas partie perdante dans le cadre de la présente instance, les conclusions présentées par Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au préfet de la Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.

La magistrate désignée La greffière d'audience

Signé Signé

A. THEVENET-BRECHOT A. RAUD

La République mande et ordonne à la préfète de la Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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