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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201487

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201487

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201487
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL BENDJEBBAR-LOPES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une décision n° 445342 du 21 juin 2022, le Conseil d'Etat statuant au contentieux, saisi d'un pourvoi présenté par la commune de Brie-sou-Matha, a annulé le jugement n° 1801694 du 8 juillet 2020 du tribunal administratif de Poitiers et renvoyé l'affaire devant le même tribunal, qui l'a enregistré le 22 juin 2022 sous le n° 2201487.

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 juillet 2018 et 24 juillet 2019, puis un mémoire complémentaire enregistré le 9 novembre 2022, M. A B, représenté par la SELARL Bendjebbar Lopes, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la commune de Brie-sous-Matha à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation de son trouble dans les conditions d'existence et de son préjudice moral consécutifs au refus du maire de lui accorder un congé de longue durée ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Brie-sous-Matha la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les arrêtés du maire des 3 août 2017, 12 février 2018 et 22 mai 2018 le plaçant en congé de maladie ordinaire à demi-traitement, à titre conservatoire dans l'attente de l'avis du comité médical départemental sont entachés d'erreur d'appréciation, dès lors que le comité médical avait déjà rendu un avis favorable, le 27 juin 2017, à son placement en congé de longue durée du 9 juin 2017 au 8 décembre 2017 ;

- ils méconnaissent les dispositions de l'article 17 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- ils procèdent d'un détournement de pouvoir ;

- la commune a commis une illégalité fautive de nature à engager sa responsabilité en prenant les arrêtés en litige ;

- il évalue le trouble dans ses conditions d'existence et le préjudice moral qui en résultent au montant total de 5 000 euros.

Par un mémoire enregistré le 31 août 2022, la commune de Brie-sous-Matha, représentée par la SCP KPL Avocats, conclut au rejet de la requête, et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'elle n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité dès lors que le retard qu'elle a pris pour placer M. B en congé de longue durée résulte de la négligence de ce dernier qui n'a répondu que par un courrier du 29 mars 2018 à la demande qui lui avait été adressée par un courrier du 10 juillet 2017 pour qu'il opte pour un maintien en congé de longue maladie ou un placement en congé de longue durée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gibson-Théry,

- et les conclusions de Mme Thèvenet-Bréchot, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, recruté en qualité d'adjoint technique titulaire au sein de la commune de Brie-sous-Matha (Charente-Maritime) depuis le 1er octobre 2005, a bénéficié d'arrêts de travail renouvelés à compter du 9 juin 2016. Par un arrêté du maire du 1er septembre 2016, il a été placé en congé de maladie ordinaire avec plein traitement du 1er au 6 septembre 2016 puis à demi-traitement à compter du 7 septembre 2016, congé prolongé par arrêtés successifs des 4 octobre et 10 novembre 2016, 17 et 20 mars 2017. Par de nouveaux arrêtés des 1er juin et 3 août 2017, 12 février et 22 mai 2018, il a bénéficié à titre conservatoire et dans l'attente de l'avis du comité médical départemental, rendu le 27 juin 2017, de congés de maladie ordinaire à demi-traitement, en dernier lieu pour la période du 3 mai au 30 juillet 2018. Par un nouvel arrêté du 30 août 2018, l'intéressé a été placé en congé de longue durée du 9 juin 2016 au 8 décembre 2017. Par un jugement n° 1801694 du 8 juillet 2020, le tribunal administratif de Poitiers a condamné la commune de Brie-sous-Matha à verser à M. B une somme de 3 500 euros en réparation du préjudice résultant du refus du maire de lui accorder un congé de longue durée. Par une décision n° 445342 du 21 juin 2022, le Conseil d'Etat a annulé ce jugement au motif que la commune de Brie-sous-Matha n'avait pas été régulièrement convoquée à l'audience du 24 juin 2020 au cours de laquelle le tribunal administratif a examiné la demande de M. B et qu'elle n'avait pas été représentée lors de cette audience, et a renvoyé l'affaire au tribunal administratif de Poitiers. Par sa requête, enregistrée le 22 juin 2022 sous le n° 2201487, M. B demande la condamnation de la commune de Brie-sous-Matha à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation de son trouble dans les conditions d'existence et de son préjudice moral à la suite du refus du maire de lui accorder un congé de longue durée avant sa décision précitée du 30 août 2018.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la faute :

2. D'une part, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () / 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans () ; Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement pendant un an ; le traitement est réduit de moitié pendant les deux années qui suivent ; 4° A un congé de longue durée, en cas de tuberculose, maladie mentale, affection cancéreuse, poliomyélite ou déficit immunitaire grave et acquis, de trois ans à plein traitement et de deux ans à demi-traitement. Le fonctionnaire conserve ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. () Sauf dans le cas où le fonctionnaire ne peut être placé en congé de longue maladie à plein traitement, le congé de longue durée ne peut être attribué qu'à l'issue de la période rémunérée à plein traitement d'un congé de longue maladie. Cette période est réputée être une période du congé de longue durée accordé pour la même affection. Tout congé attribué par la suite pour cette affection est un congé de longue durée ".

3. D'autre part, selon l'article 4 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, le comité médical départemental est obligatoirement consulté pour " b) l'octroi et le renouvellement des congés de longue maladie () ". Aux termes de l'article 17 du même décret : " () Lorsque le fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du comité médical.() ".

4. Il résulte de l'instruction, d'une part, que le comité médical a émis dans sa séance du 27 juin 2017 un avis favorable à l'octroi en faveur de M. B d'un congé de longue maladie pour la période du 9 juin 2016 au 8 juin 2017 puis à la transformation de ce congé en congé de longue durée avec prolongation jusqu'au 8 décembre 2017 et, d'autre part, que le maire de Brie-sous-Matha a maintenu l'intéressé postérieurement à la date précitée du 27 juin 2017 en congé de maladie ordinaire à demi-traitement par des arrêtés successifs pris les 3 août 2017, 12 février 2018 et 22 mai 2018 " à titre conservatoire, dans l'attente de l'avis du comité médical départemental ". Ce n'est que par un arrêté du 30 août 2018 que le maire de Brie-sous-Matha a placé l'intéressé en congé de longue durée du 9 juin 2016 au 8 décembre 2017 inclus avec versement au titre de cette période d'un plein traitement. Dans ces conditions, alors qu'il n'est pas contesté que la commune a été destinataire de l'avis du comité médical du 27 juin 2017, en tardant sciemment à régulariser la situation de M. B et en le maintenant pendant plus de quatorze mois en congé de maladie ordinaire à demi-traitement alors que l'état de santé du requérant justifiait, selon un certificat médical non critiqué du 21 décembre 2017, qu'il fût placé en congé de longe maladie, le maire de Brie-sous-Matha a commis une faute de nature à engager la responsabilité de la commune.

En ce qui concerne le préjudice :

5. Dans le dernier état de ses écritures, M. B demande la condamnation de la commune à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation de son trouble dans ses conditions d'existence et de son préjudice moral à raison du comportement fautif du maire de Brie-sous-Matha. L'intéressé fait valoir que ce comportement a eu pour conséquence une gêne financière importante et l'a privé de la possibilité d'obtenir la prolongation de son congé de longue durée au-delà du 8 décembre 2017. Dans les circonstances de l'espèce, alors que le requérant ne peut se prévaloir que la faute commise par la commune aurait eu pour conséquence de l'empêcher de bénéficier de la prolongation de son congé de longue durée postérieurement au 8 décembre 2017, il sera fait une juste appréciation de l'ensemble du préjudice subi par le requérant en lui accordant la somme de 3 500 euros.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Brie-sous-Matha demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Brie-sous-Matha une somme de 1 300 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1 : La commune de Brie-sous-Matha est condamnée à verser à M. B la somme de 3 500 euros en réparation de ses préjudices.

Article 2 : La commune de Brie-sous-Matha versera à M. B la somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Brie-sous-Matha.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Duval-Tadeusz, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 3 octobre 2024.

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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