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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201489

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201489

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201489
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL D'AVOCATS THIERRY ZORO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juin 2022, M. A B, représenté par Me Zoro, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2022 par lequel la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de lui délivrer un titre de jour dans le délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'avis de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle émane d'une autorité incompétente.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 août 2022, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention d'application de l'accord de Schengen du 19 juin 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 1er mai 1975, a déclaré être entré en France le 6 décembre 2019 via l'Allemagne où il est arrivé muni d'un visa D valable du 29 novembre 2019 au 24 décembre 2019. Il a formé une demande d'asile qui a été définitivement rejetée par un arrêt de la Cour nationale du droit d'asile du 3 février 2021 et a fait l'objet d'un refus de séjour avec obligation de quitter le territoire en date du 18 juin 2021. Il s'est marié avec une ressortissante française le 14 août 2021 et a sollicité un certificat de résidence " conjoint de français " le 15 novembre 2021. Par un arrêté du 30 mai 2022, la préfète des Deux-Sèvres a refusé de le lui délivrer et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant le pays de destination. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par M. Xavier Marotel, secrétaire général de la préfecture des Deux-Sèvres ayant reçu délégation du préfet, par un arrêté du 6 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer tous les arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département des Deux-Sèvres. La police des étrangers ne figurant pas au nombre des attributions exceptées de cette délégation de signature, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision en litige vise les dispositions applicables à la situation de M. B et mentionne l'ensemble des éléments relatifs à sa situation administrative, personnelle et familiale en rappelant les conditions de son entrée sur le territoire français ainsi que les motifs pour lesquels sa demande de titre de séjour a été refusée. La décision attaquée, qui contient l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement est, dès lors, suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, d'une part, l'article 6 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 modifié stipule : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () ". L'article 9 de cet accord prévoit : " () les ressortissants algériens venant en France pour un séjour inférieur à trois mois doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa délivré par les autorités françaises ". Il résulte de ces stipulations que la délivrance d'un certificat de résidence d'un an à un ressortissant algérien en qualité de conjoint d'un ressortissant français est subordonnée à la preuve d'une entrée régulière sur le territoire français.

5. D'autre part, aux termes de l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen du 19 juin 1990 : " 1. Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans les conditions fixées par chaque Partie contractante, aux autorités compétentes de la Partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent. Cette déclaration peut être souscrite au choix de chaque Partie contractante, soit à l'entrée, soit, dans un délai de trois jours ouvrables à partir de l'entrée, à l'intérieur du territoire de la Partie contractante sur lequel ils pénètrent. () ". Aux termes de l'article R. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des dispositions de l'article R. 621-4, l'étranger souscrit la déclaration d'entrée sur le territoire français mentionnée à l'article L. 621-3 auprès des services de la police nationale ou, en l'absence de tels services, des services des douanes ou des unités de la gendarmerie nationale. A cette occasion, il lui est remis un récépissé qui peut être délivré par apposition d'une mention sur le document de voyage. / Les modalités d'application du présent article, et notamment les mentions de la déclaration et son lieu de souscription, sont fixées par arrêté conjoint du ministre de l'intérieur et du ministre chargé de l'immigration ". Aux termes de l'article R. 621-4 du même code : " N'est pas astreint à la déclaration d'entrée sur le territoire français l'étranger qui se trouve dans l'une des situations suivantes : / 1° N'est pas soumis à l'obligation du visa pour entrer en France en vue d'un séjour d'une durée inférieure ou égale à trois mois ; / 2° Est titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, d'une durée supérieure ou égale à un an, délivré par un Etat partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 ; toutefois un arrêté du ministre chargé de l'immigration peut désigner les étrangers titulaires d'un tel titre qui demeurent astreints à la déclaration d'entrée ".

6. En application de ces dispositions, la souscription de la déclaration prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen et dont l'obligation figure à l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est une condition de la régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis à l'obligation de visa et en provenance directe d'un Etat partie à cette convention qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire.

7. M. B a déclaré être entré en France le 6 décembre 2019. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est en possession d'un passeport revêtu d'un visa D délivré par les autorités allemandes, valable du 29 novembre 2019 au 24 décembre 2019 et qu'il s'est maintenu irrégulièrement en France à l'expiration de son visa avant d'épouser une ressortissante française, le 14 août 2021. Il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas même allégué que l'intéressé aurait souscrit la déclaration d'entrée sur le territoire français prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord Schengen afin de régulariser les conditions de son entrée en France. Dès lors, la préfète des Deux-Sèvres pouvait, pour ce seul motif et sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation, lui refuser la délivrance du titre de séjour sollicité.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

9. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, M. B a épousé le 14 août 2021 une ressortissante française. Toutefois, alors que l'intéressé se borne à faire valoir sans le démontrer qu'ils " vivaient déjà ensemble bien avant cette date à Boulogne-Billancourt " et à produire différentes attestations selon lesquelles il vit avec son épouse française, la vie commune, qui n'est présumée qu'à compter du mariage, n'est pas établie pour la période antérieure et revêtait ainsi, en tout état de cause, un caractère très récent à la date à laquelle la préfète des Deux-Sèvres s'est prononcée sur la demande de titre de séjour. Par ailleurs, aucun enfant n'est né de cette union et, en faisant valoir qu'il est employé depuis le 11 mars 2022 par la société France Connect Fibre, l'intéressé ne justifie pas d'une insertion professionnelle suffisamment ancienne. En outre, M. B n'est entré en France, où il s'est maintenu irrégulièrement, qu'après avoir vécu jusqu'à l'âge de 44 ans dans son pays d'origine où résident sa mère, cinq sœurs et deux frères. Dans ces conditions, la préfète des Deux-Sèvres n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a pris la décision attaquée. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

10. En cinquième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues à ces articles, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent des articles auxquels les dispositions de l'article L. 432-13 renvoient ou de dispositions équivalentes contenues dans l'accord franco-algérien. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, eu égard à ce qui a été dit au point 7, remplissait les conditions d'une admission au séjour de plein droit sur le fondement des stipulations précitées de l'accord franco-algérien. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour par la préfète des Deux-Sèvres, laquelle a procédé à un examen approfondi de la situation personnelle du requérant, doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ". L'article L. 611-1 du même code prévoit : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

13. La décision portant refus de titre de séjour vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 6-2 précité de l'accord franco-algérien décrit les conditions d'entrée et de séjour du requérant en précisant qu'il s'est marié avec une ressortissante française et cite les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle comporte ainsi les éléments de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Dès lors, il résulte des dispositions ci-dessus que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté en l'espèce comme inopérant.

14. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 9 que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

15. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 30 mai 2022, par lequel la préfète des Deux-Sèvres a refusé à M. B la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète des Deux-Sèvres.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

M. Lacaïle, premier conseiller,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

P. C

Le président,

Signé

A. LE MEHAUTE La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,La greffière en chef par intérim,

Signé

G. FAVARD

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