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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201505

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201505

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201505
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantDESROCHES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juin 2022, Mme B A, représentée par Me Desroches, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 mai 2022 par laquelle le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à titre principal au préfet de la Vienne de lui délivrer une carte de séjour d'une durée d'un an et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation de travail jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa situation administrative, le tout dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle dès lors que le préfet ne s'est pas prononcé sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que cette décision est intervenue sans avis préalable du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle lui oppose les dispositions de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que la filiation de ses enfants avec un ressortissant français est établie en application de l'article 312 du code civil et non de l'article 316 du même code ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle justifie remplir la condition tenant à la contribution à l'entretien et l'éducation de ses enfants qui sont arrivés sur le territoire en juillet 2021 et vivent désormais auprès d'elle ; pour la période de mars 2020 à juillet 2021, elle a maintenu des liens et des contacts très réguliers avec ses enfants restés dans son pays d'origine ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant dans la mesure où la décision attaquée la place en situation irrégulière et la prive du bénéfice des prestations financières versées par la CAF, qui permettent une prise en charge minimale des besoins de ses enfants ;

- elle méconnait les dispositions l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L.423-23 du même code ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale dans la mesure où elle bénéficie en France d'un suivi médical dont l'interruption est de nature à entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'elle a entrepris les démarches nécessaires afin de s'intégrer professionnellement dans un emploi adapté à ses difficultés médicales et s'est vue reconnaître la qualité de travailleur handicapé tout en bénéficiant d'un accompagnement spécialisé avec l'association CAP Emploi et qu'elle est mère de deux enfants français dont elle s'occupe seule au quotidien depuis leur entrée en France.

La requête a été communiqué au préfet de la Vienne qui n'a produit aucune observation.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Sur sa demande, le rapporteur public a été dispensé par le président de la formation de jugement de prononcer ses conclusions lors de l'audience.

Le rapport de M. Leloup a été entendu lors de l'audience publique

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante de la République du Congo, née le 18 août 1984, est entrée en France le 17 novembre 2018. Elle a bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, valable du 17 août 2020 au 16 août 2021. Le 17 mai 2021, elle a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Le 14 septembre 2021, elle a sollicité un changement de statut en tant que parent d'enfant français ou, à défaut, au titre de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 13 mai 2022, le préfet de la Vienne a rejeté sa demande. Mme A demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, par un arrêté du 7 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Vienne a donné à la secrétaire générale de la préfecture délégation pour signer toutes décisions ayant pour objet l'entrée et le séjour des étrangers en France au nombre desquelles figurent les décisions portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté litigieux manque en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ".

4. L'arrêté attaqué vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la convention internationale des droits de l'enfant, de la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Congo ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de Mme A. Il présente les circonstances de fait relatives à la situation administrative et personnelle de la requérante, notamment en ce qui concerne son arrivée en France métropolitaine, son statut de mère de deux enfants, sa situation maritale, sa situation au regard de l'emploi, de la formation, de l'hébergement, plus généralement de l'insertion professionnelle et de l'insertion dans la société française et, enfin, sa situation financière. Il expose également les motifs pour lesquels celle-ci ne peut obtenir le titre de séjour qu'elle réclame. Enfin, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir de ce que le préfet n'a pas visé l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas répondu à sa demande de titre de séjour en tant qu'étranger malade dès lors qu'il est constant qu'elle lui a adressé le 13 septembre 2021 un courrier ayant pour objet la modification du fondement du renouvellement de son titre de séjour qui ne reposait plus sur sa qualité d'étranger malade mais sur son statut de mère d'un enfant français et sa vie privée et familiale. Ainsi, l'arrêté attaqué, qui comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui le fondent et qui permettent de vérifier que l'autorité préfectorale a procédé à un examen approfondi de la situation de Mme A, est suffisamment motivé.

6. En troisième lieu, et comme il vient d'être dit, l'intéressée ayant annulé sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet n'étant pas tenu d'examiner d'office sa situation à ce titre, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la procédure d'examen de sa demande a été irrégulière faute pour l'administration d'avoir saisi le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

7. En quatrième lieu aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L 412-1. ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. "

8. D'une part, si Mme A est mariée au père français de ses deux enfants depuis le 18 juin 2011, il ressort des cartes nationales d'identité de ces derniers que ceux-ci sont nés en 2007 et 2009, ce qui implique que le lien de filiation entre ces enfants et leur père relève d'une reconnaissance de paternité (article 316 du code civil) et non d'une présomption de paternité (article 312 du même code). Il en résulte que le préfet pouvait légalement opposer à la requérante les dispositions précitées de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient que le parent français des enfants d'un ressortissant étranger doit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil.

9. D'autre part, à supposer même que Mme A, qui n'a jamais travaillé lorsqu'elle disposait d'un titre de séjour l'autorisant à le faire et qui vit de revenus de transfert, puisse être regardée comme contribuant effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants depuis leur entrée en France, elle n'établit pas, ni d'ailleurs n'allègue, que leur père français contribuerait à leur entretien ainsi qu'à leur éducation. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français.

10. En cinquième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. La décision attaquée, qui n'est assortie d'aucune obligation de quitter le territoire français, n'a ni pour objet, ni pour effet, de séparer Mme A de ses enfants mineurs, ni de priver ces derniers d'accès à un établissement d'enseignement. Si la requérante soutient que le refus de titre de séjour litigieux la prive du bénéfice des prestations familiales, elle n'apporte aucun élément permettant d'établir la nature exacte des ressources dont elle dispose sur le territoire français, s'agissant, notamment, de la reconnaissance de sa qualité de travailleur handicapé et des revenus que cette reconnaissance est susceptible de lui apporter. En toute hypothèse, rien ne fait obstacle à ce qu'elle demande un titre de séjour l'autorisant à travailler sur un autre fondement que celui des articles L. 423-7 et L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment en tant que salariée, et, une fois ce dernier obtenu, recherche activement un emploi. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. " Aux termes de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

13. La décision attaquée n'a pas pour objet d'éloigner la requérante du territoire français. Un défaut de titre de séjour n'est pas, en tout état de cause, de nature à la priver des soins qu'appelle, selon elle, son état de santé. Comme cela été dit au point 4, ce n'est d'ailleurs pas à ce titre qu'elle a demandé un titre de séjour. Enfin, il n'est aucunement établi que le refus de titre de séjour, qui lui est opposé, ferait obstacle à ce qu'elle poursuive des formations professionnelles. En toute hypothèse, comme il a été dit au point onze, rien ne l'empêche de demander un titre de séjour sur un fondement légal correct si elle souhaite entreprendre une formation ou achever celle qu'elle a commencée. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a, par suite, méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024 à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Pipart, premier conseiller,

M. Leloup, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

Le rapporteur,

Signé

F. LELOUP

Le président,

Signé

L. CAMPOY

La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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