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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201591

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201591

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201591
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDROUINEAU 1927

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er juillet 2022, 19 décembre 2022 et 6 juin 2023, M. B D et Mme A E, représentés par Me Radé, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2022 par lequel le maire de la commune d'Ambérac (Charente) a délivré, au nom de l'Etat, à la société civile immobilière (SCI) Anda immo un permis de construire pour la construction d'un bâtiment équipé de panneaux photovoltaïques à usage de stockage de matériel et d'atelier sur le terrain situé au lieu-dit Entre les chemins ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Ambérac une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont intérêt à agir contre l'arrêté en litige compte tenu de la vue directe dont ils disposent depuis leur propriété sur l'assiette du projet, de l'impact de ce projet sur la vue donnant sur les champs et l'environnement rural aux alentours et des nuisances visuelles, sonores et olfactives engendrées par le bâtiment projeté ;

- l'arrêté en litige a été pris au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers, prescrite par l'article L. 111-5 du code de l'urbanisme, ce d'autant plus que les deux projets ne sont pas identiques du point de vue de leurs surfaces et que la demande de permis de construire porte sur l'intégralité de la parcelle 73 alors que le projet ayant fait l'objet d'un certificat d'urbanisme n'utilisait qu'une partie de cette parcelle ;

- il est entaché d'une incohérence compte tenu de la délibération du conseil municipal du 4 avril 2022, prise pour l'application des dispositions du 4° de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme, alors que le permis de construire litigieux a été délivré sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 111-4 du même code ;

- le dossier de demande méconnaît les dispositions du c) et du d) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme en l'absence de photographies lointaines permettant d'apprécier l'insertion du projet dans le paysage environnant et de document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet par rapport aux constructions et paysages ainsi que le traitement des accès et du terrain ;

- il méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme dès lors que le projet sera générateur de nuisances pour les habitations situées à proximité immédiate ;

- il résulte d'un détournement de pouvoir eu égard à la présence du gérant de la SCI Anda immo au sein du conseil municipal d'Ambérac et à l'erreur commise par le maire quant à la localisation du terrain d'assiette du projet et quant à l'existence également d'un élevage de bovins à proximité immédiate du projet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2022, la préfète de la Charente conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les requérants, dont la propriété est située à plus de 100 mètres du terrain d'assiette du projet, ne justifient pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 mai et 19 juin 2023, la commune d'Ambérac, représentée par Me Drouineau, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. D et Mme E sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir contre l'arrêté contesté dès lors que les parcelles dont ils sont propriétaires sont séparées du terrain d'assiette du projet par plusieurs parcelles construites, qu'ils ne résident pas à proximité immédiate de ce terrain et n'établissent ni la réalité de leur activité alléguée d'organisation de célébrations de mariage, ni la réalité des nuisances sonores ou olfactives alléguées ;

- les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 mai et 16 juin 2023, la SCI Anda immo et la société à responsabilité limitée (SARL) SDTP 16, représentées par Me Pouzieux, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. D et Mme E sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir alors qu'ils ne disposent pas d'une vue directe sur le terrain d'assiette du projet, ni ne démontrent la réalité des nuisances sonores et olfactives alléguées ;

- les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté par M. D et de Mme E a été enregistré le 13 juillet 2023, postérieurement à la clôture d'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bréjeon,

- les conclusions de M. Pipart, rapporteur public,

- et les observations de Me Dallemane, représentant la commune d'Ambérac, et de M. C, représentant la préfète de la Charente.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière (SCI) Anda immo a déposé une demande de permis de construire le 23 mars 2022 pour la construction d'un bâtiment équipé de panneaux photovoltaïques à usage de stockage de matériel et d'atelier sur un terrain situé au lieu-dit Entre les deux Chemins à Ambérac (Charente). Par un arrêté du 7 juin 2022, le maire d'Ambérac a délivré le permis de construire sollicité. M. D et Mme E, qui possèdent une propriété située au lieu-dit La Métairie, 3 Ancien chemin d'Aigre sur le territoire de la même commune, demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. " et aux termes de l'article L. 111-4 de ce code : " Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune : () / 3° Les constructions et installations incompatibles avec le voisinage des zones habitées et l'extension mesurée des constructions et installations existantes ; / 4° Les constructions ou installations, sur délibération motivée du conseil municipal, si celui-ci considère que l'intérêt de la commune, en particulier pour éviter une diminution de la population communale, le justifie, dès lors qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages, à la salubrité et à la sécurité publiques, qu'elles n'entraînent pas un surcroît important de dépenses publiques et que le projet n'est pas contraire aux objectifs visés à l'article L. 101-2 et aux dispositions des chapitres I et II du titre II du livre Ier ou aux directives territoriales d'aménagement précisant leurs modalités d'application. () "

3. En premier lieu, selon l'article L. 111-5 du même code : " La construction de bâtiments nouveaux mentionnée au 1° de l'article L. 111-4 et les projets de constructions, aménagements, installations et travaux mentionnés aux 2° et 3° du même article ayant pour conséquence une réduction des surfaces situées dans les espaces autres qu'urbanisés et sur lesquelles est exercée une activité agricole ou qui sont à vocation agricole doivent être préalablement soumis pour avis par l'autorité administrative compétente de l'Etat à la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers prévue à l'article L. 112-1-1 du code rural et de la pêche maritime. La délibération mentionnée au 4° de l'article L. 111-4 est soumise pour avis conforme à cette même commission départementale. Cet avis est réputé favorable s'il n'est pas intervenu dans un délai d'un mois à compter de la saisine de la commission. "

4. Le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige a été pris au terme d'une procédure irrégulière, à défaut pour le maire de la commune d'Ambérac d'avoir consulté la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 111-5 du code de l'urbanisme, doit être écarté dès lors que, dans le cadre de l'instruction du certificat d'urbanisme délivré à la SCI Anda immo s'agissant d'un projet de construction d'un bâtiment équipé de panneaux photovoltaïques à usage de stockage de matériel et d'atelier, dont seule la superficie diffère légèrement du bâtiment prévu par le projet en litige, cette commission a émis, le 29 avril 2021, un avis défavorable au projet de construction sur le terrain d'assiette du projet en raison de la nature du terrain d'assiette du projet et de sa situation géographique. Par conséquent, s'agissant d'un projet quasiment identique et positionné exactement sur la même parcelle, la commune d'Ambérac n'était pas tenue de consulter, de nouveau, la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers dans le cadre de l'instruction de la demande de permis de construire de la SCI Anda immo.

5. En deuxième lieu, l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme dispose : " Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. "

6. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, ne serait susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier auraient été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

7. Il ressort des pièces que le dossier de demande de permis de construire comporte une notice descriptive du projet, un plan cadastral, un plan des façades et des toitures, un plan en coupe, un plan de masse, une notice d'insertion ainsi que des photographies permettant d'apprécier l'insertion du bâtiment projeté par rapport au paysage environnant ainsi que la nature de cet environnement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-10 précitées doit être écarté.

8. En troisième lieu, il est constant que la commune d'Ambérac n'était pas couverte par un plan local d'urbanisme à la date d'édiction de l'arrêté en litige. Il est également constant que le projet, qui consiste en la construction d'un bâtiment à usage d'atelier et de stockage de matériel de terrassement, est destiné à abriter une installation, auparavant implantée dans les parties urbanisées de la commune, qui entraînait des passages de camions dans le bourg de la commune, en occasionnant, de cette manière, des nuisances sonores et visuelles et suscitant des plaintes de la part de propriétaires voisins. Dans ces conditions, ainsi que l'a relevé le maire dans l'arrêté attaqué, le projet doit être regardé comme étant incompatible avec le voisinage des zones habitées au sens du 3° de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme.

9. En quatrième lieu, la dérogation à la règle de la constructibilité limitée prévue par les dispositions du 3° de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme n'étant pas soumise à l'intervention préalable d'une délibération du conseil municipal, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la contradiction dont serait entaché l'arrêté contesté au regard de la délibération du 4 avril 2022 par laquelle le conseil municipal d'Ambérac a émis un avis favorable à la demande de permis de construire de la SCI Anda immo.

10. En dernier lieu, si les requérants soutiennent que le gérant de cette société est membre du conseil municipal d'Ambérac, que le maire a indiqué, à tort, dans son avis sur le projet, que le terrain d'assiette se trouvait dans une zone " autre " d'une partie actuellement urbanisée de la commune et qu'il ne se trouve pas à proximité d'un élevage, que le maire avait rejeté la demande de délivrance d'un certificat d'urbanisme pour un projet identique le 3 mars 2020 et que les parcelles constituant le terrain d'assiette du projet ont vocation à être classées dans la zone agricole par le futur plan local d'urbanisme intercommunal en cours d'élaboration, ces circonstances ne sont pas de nature à démontrer que l'arrêté en litige serait entaché d'un détournement de pouvoir.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D et Mme E doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Ambérac, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. D et Mme E demandent au titre des frais liés au litige.

13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. D et Mme E, ensemble, la somme de 1 000 euros à verser à la commune d'Ambérac d'une part et à la SCI Anda immo, d'autre part, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de M. D et Mme E est rejetée.

Article 2 : M. et Mme D verseront, ensemble, la somme de 1 000 euros à la commune d'Ambérac et la somme de 1 000 euros à la SCI Anda immo sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à Mme A E, à la commune d'Ambérac, à la société civile immobilière Anda immo, à la société à responsabilité limitée SDTP 16 et au préfet de la Charente.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

Mme Bréjeon, conseillère,

M. Raveneau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

R. BRÉJEON

Le président,

signé

L. CAMPOYLa greffière,

signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Charente en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

signé

D. GERVIER

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