mardi 9 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2201592 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | étrangers JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Ekoue, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2022 par lequel le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'arrêté dans son ensemble :
- il est signé par une autorité incompétente ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation eu égard à ses efforts d'insertion en France ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité dont est entachée l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2022, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme C pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-13-2 et R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après lecture du rapport de Mme C, ont été entendues les observations de Me Ekoue, représentant de M. A, qui soutient que l'intéressé ne peut retourner dans son pays, qu'il a été contraint de quitter en raison des menaces dirigées contre lui par un groupe armé.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né en janvier 1999 et de nationalité nigériane, déclare être entré en France le 20 mai 2019. Il a présenté une demande d'asile le 13 décembre 2019 qui a été rejetée par une décision de l'Office Français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 28 janvier 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 2 octobre 2020. M. A a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile le 13 décembre 2021, laquelle a été rejetée par une décision d'irrecevabilité de l'OFPRA du 27 décembre 2021, confirmée par la CNDA le 30 mars 2022. Par un arrêté du 16 juin 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, dans sa rédaction issue de la loi n°2020-1721 du 29 décembre 2020 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président (). ". En vertu de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ". Alors qu'il n'a pas encore été définitivement statué sur la demande d'aide juridictionnelle de M. A, il y a lieu de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
3. Par un arrêté du 7 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat, Mme Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture de la Vienne, a reçu délégation de signature à l'effet de signer notamment tous arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
4. En premier lieu, l'erreur portant sur le nom de l'intéressé et figurant à l'article 3 de l'arrêté du 16 juin 2022 résulte d'une simple erreur de plume qui ne fait pas obstacle à l'identification de la personne concernée par l'arrêté dont l'identité exacte est mentionnée à de multiples reprises, et notamment à ses articles 1 et 2. Ce moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). " Aux termes de l'article L. 541-1 de ce code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. " et aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que, saisi d'une demande de réexamen de sa demande d'asile par M. A, l'Office Français de protection des réfugiés et apatrides a pris une décision d'irrecevabilité de cette demande le 27 décembre 2021, considérant que l'intéressé n'apporte pas de faits ou éléments nouveaux augmentant de manière significative la probabilité qu'il justifie des conditions requises pour prétendre à une protection. Le requérant se prévaut de son insertion dans la société française sans faire état d'élément précis au soutien de ses affirmations, outre sa présence en France depuis le 20 mai 2019. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que, en prenant la décision attaquée sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Vienne a entaché celle-ci d'une erreur d'appréciation.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure () nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre () ".
8. Si M. A se prévaut de la méconnaissance des stipulations précitées, en faisant état de sa présence en France depuis trois ans et de son apprentissage de la langue française, il ne se prévaut d'aucun lien personnel ou familial intense noué en France. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, l'exception d'illégalité invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination doit être écartée.
10. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
11. Si le requérant entend se prévaloir, par les observations présentées par son conseil au cours de l'audience publique, des risques qu'il courrait en cas de retour dans son pays d'origine en raison des menaces de mort proférées à son encontre par un groupe armé, la seule attestation qu'il produit en ce sens, émanant des forces de police nigérianes, n'est pas susceptible, à elle seule et alors que la demande d'asile du requérant a été rejetée tant par l'Office Français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile, d'établir la réalité des risques encourus en cas de retour de l'intéressé au Nigéria. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et de suspension de l'arrêté du 16 juin 2022, par lequel le préfet de la Vienne a obligé M. A à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination, doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
DECIDE :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 août 2022.
La magistrate désignée,
Signé
R. C
La greffière d'audience,
Signé
N. BOBIER
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
D. GERVIER
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