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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201630

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201630

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201630
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDONZEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juillet 2022, M. B C A, représenté par Me Donzel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2022 par lequel le préfet des Deux-Sèvres lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision de refus de titre de séjour méconnait les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2022, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C A ne sont pas fondés.

M. C A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1.M. B C A, ressortissant marocain né le 27 novembre 1996, est, selon ses déclarations, rentré pour la dernière fois en France en février 2016. Il a été incarcéré à la maison d'arrêt d'Angers du 21 octobre 2016 au 14 mai 2019, date à laquelle il a été transféré vers le centre de détention d'Argentan. Il est sorti de détention le 30 mai 2020, sous sursis avec mise à l'épreuve de 2 ans, la mesure devant prendre fin le 30 mai 2022. Durant sa détention, il a eu, avec une ressortissante française, une fille qu'il avait reconnue par anticipation le 12 octobre 2016. Il a été placé, du 28 février 2020 au 1er juin 2021, sous récépissé de demande d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Il a ensuite été écroué à la maison d'arrêt d'Angers le 20 mai 2021 pour violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, en état de récidive, sur la personne de sa compagne française. Il a ensuite été condamné à 6 mois d'emprisonnement délictuel par un jugement du tribunal correctionnel d'Angers en date du 21 mai 2021, confirmé par la cour d'appel d'Angers le 26 août 2021. Le 8 janvier 2022, il a eu un second enfant de la même ressortissante française. Le 5 février 2022, il a sollicité un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par arrêté du 4 mars 2022, le préfet des Deux-Sèvres a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. M. C A demande l'annulation de ces décisions.

Sur la compétence de l'auteur de l'arrêté :

2.Par un arrêté du 16 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le secrétaire général de la préfecture des Deux-Sèvres, a reçu délégation à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département des Deux-Sèvres. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". L'article L. 423-10 du même code dispose : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France et titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-7 (), sous réserve qu'il continue de remplir les conditions prévues pour l'obtention de cette carte de séjour, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. La délivrance de cette carte de résident est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7 ".

4.Il ressort des pièces du dossier que M. C A est le père de deux enfants français nés respectivement en 2017 et 2022. S'il soutient contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants avec lesquels il ne vit plus et pour lesquels le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire d'Angers a fixé par ordonnance de référé du 2 avril 2021 à 115 euros par mois le montant de la pension alimentaire à verser à son ex-compagne, il ne produit aucun élément permettant d'en justifier. De plus, alors qu'il déclare habiter depuis le 30 mai 2020 chez sa sœur et l'époux de celle-ci, il n'établit pas, ni même n'allègue rendre visite régulièrement à ses enfants mineurs. Par suite, en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, la préfète n'a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précités, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

5.En second lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

6.Si M. C A vit en France depuis 2016 et est le père de deux enfants français, il n'établit pas, comme il est dit au point 4, contribuer effectivement à leur entretien et à leur éducation. L'intéressé fait également valoir qu'il vit chez sa sœur et son beau-frère, de nationalité marocaine, et n'établit pas entretenir des liens intenses et stables avec d'autres personnes en France ni être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Il ne justifie pas non plus d'une insertion professionnelle particulière dans la société française même s'il invoque, sans d'ailleurs les produire, plusieurs promesses d'embauche. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le comportement du requérant est constitutif d'une menace à l'ordre public dès lors qu'il est défavorablement connu des services de police et a été condamné à cinq reprises pour des faits de violence aggravée, violence avec usage ou menace d'une arme, usage et détention non autorisée de stupéfiants, violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique et qu'il a été condamné à 6 mois d'emprisonnement pour violence suivi d'incapacité n'excédant pas 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, en état de récidive, sur la personne de la mère de ses enfants. Par suite, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet des Deux-Sèvres n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7.Dès lors que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie, ainsi qu'il a été dit aux points 3 à 6 du présent jugement, le moyen tiré de ce que la décision obligeant M. C A à quitter le territoire français devrait, par voie de conséquence, être annulée, doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

8.Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, l'atteinte portée à la vie privée et familiale du requérant n'apparaissant pas excessive au regard de la menace à l'ordre public que constitue la présence de l'intéressé en France.

9.Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A et à la préfète des Deux-Sèvres.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pinturault, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

Le rapporteur,

Signé

Y.D

Le président,

Signé

L.CAMPOY

La greffière,

Signé

D.GERVIER

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef par intérim,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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