lundi 10 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2201637 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET CLOT AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2211154 / 12-1 du 5 juillet 2022 enregistrée le 7 juillet suivant au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal la requête présentée par M. A B.
Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 17 mai 2022, et des mémoires enregistrés au greffe du tribunal administratif de Poitiers les 24 janvier 2023 et 13 novembre 2023, M. A B, représenté par la SELARL Clot Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler les deux décisions du 7 juillet 2021 par lesquelles la ministre des armées a prononcé l'arrêt définitif de sa formation professionnelle et l'a radié des circuits des écoles au 8 juillet 2021, ainsi que l'arrêté du 13 juillet 2021 résiliant d'office son contrat d'engagement au 24 juillet 2021 ;
2°) d'annuler la décision du 17 mars 2022 par laquelle la ministre des armées a rejeté le recours administratif préalable qu'il a exercé le 14 août 2021 à l'encontre de la décision du 7 juillet 2021 l'ayant radié du circuit des écoles ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions et l'arrêté contestés sont entachés d'un vice d'incompétence ;
- les décisions des 7 juillet 2021 et 17 mars 2022 sont insuffisamment motivées ;
- l'arrêté du 13 juillet 2021 est illégal en raison du défaut de motivation affectant la légalité des décisions prises le 7 juillet 2021 ;
- les décisions du 7 juillet 2021 ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière qui l'a privé d'une garantie, dès lors qu'il n'a été convoqué à la séance du conseil d'instruction que la veille de sa tenue et n'a ainsi pas pu s'y faire assister, et qu'il n'a pas reçu communication du rapport du 24 juin 2021 élaboré par le rapporteur du conseil ;
- elles sont entachées d'une irrégularité tirée de ce que le rapport soumis aux membres du conseil d'instruction est dépourvu de la mention des identités des personnes ayant formulé un avis sur son parcours de formation ;
- ces irrégularités procédurales rendent illégale la décision du 17 mars 2022 ;
- la décision du 17 mars 2022 est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, compte tenu des appréciations élogieuses de ses instructeurs lors de l'obtention de son certificat d'aptitude militaire, et dès lors qu'il a fait part de son souhait de changer de spécialité pour poursuivre son engagement.
Par des mémoires en défense enregistrés les 16 mai 2023 et 30 janvier 2024, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par un courrier du 13 mai 2024, les parties ont été informées qu'en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées à l'encontre de la décision n° 12818 du 7 juillet 2021 et de l'arrêté du 13 juillet 2021, qui sont devenus définitifs faute d'avoir été contestés auprès de la commission des recours des militaires, au moyen d'un recours administratif préalable obligatoire, dans le délai de deux mois à compter de leur date de notification respective, le 7 juillet 2021 et le 15 juillet 2021.
Une réponse à ce moyen relevé d'office a été enregistrée le 21 mai 2024, pour M. B et communiquée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense ;
- le décret n°2019-1032 du 7 octobre 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gibson-Théry,
- et les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a souscrit un contrat d'engagement au sein de l'armée de l'air et de l'espace, le 12 mars 2020, pour une durée de cinq ans, au titre de la spécialité " comptables-finances ", en qualité d'élève sous-officier (ESO) au grade de sergent. Il a suivi une formation militaire initiale à l'école de formation des sous-officiers de l'armée de l'air (EFSOAA) sur la base aérienne 721 de Rochefort, et y a obtenu son certificat d'aptitude militaire (CAM) le 17 juillet 2020. Il a ensuite été détaché pour une mission au pôle Atlas de la base aérienne 705 à Tours du 28 septembre 2020 au 26 mars 2021. Puis, il a rejoint l'école des fourriers de Querqueville à compter du 6 avril 2021 pour y poursuivre sa formation dans la spécialité " comptabilité-finances " afin d'obtenir son certificat élémentaire. En raison de ses résultats insuffisants à cette formation, il a été convoqué devant le conseil d'instruction qui s'est réuni le 25 juin 2021 et qui a décidé l'arrêt de son instruction. Par une décision n° 12818 du 7 juillet 2021, le sous-directeur des écoles de formation a prononcé l'arrêt définitif de la formation professionnelle de M. B au 8 juillet 2021. Par une décision n° 12819 du même jour, M. B a été radié du circuit des écoles à compter de sa date d'arrêt d'instruction. Enfin, par un arrêté du 13 juillet 2021, le contrat d'engagement de M. B a été résilié d'office avec une date d'effet au 24 juillet suivant, date à laquelle il a également été rayé des contrôles. Par un courrier du 14 août 2021 réceptionné le 24 août 2021 par la commission des recours des militaires, M. B a contesté la décision n° 12819 du 7 juillet 2021 par laquelle il avait été radié du circuit des écoles. La ministre des armées a rejeté le recours administratif préalable obligatoire exercé par M. B par une décision du 17 mars 2022. Par sa requête, M. B demande l'annulation des décisions du 7 juillet 2021 et du 17 mars 2022, ainsi que de l'arrêté du 13 juillet 2021.
Sur l'étendue du litige :
2. D'une part, aux termes du I de l'article R. 4125-1 du code de la défense : " Tout recours contentieux formé par un militaire à l'encontre d'actes relatifs à sa situation personnelle est précédé d'un recours administratif préalable, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. / Ce recours administratif préalable est examiné par la commission des recours des militaires, placée auprès du ministre de la défense. () ".
3. Le recours de M. B contre la décision n° 12818 du 7 juillet 2021 prononçant l'arrêt définitif de sa formation professionnelle au 8 juillet 2021, et contre l'arrêté du 13 juillet 2021 résiliant d'office son contrat d'engagement au 24 juillet suivant et le rayant des contrôles est dirigé contre des actes relatifs à sa situation personnelle. S'agissant d'un militaire, ce recours devait obligatoirement être précédé, en application des dispositions du I de l'article R. 4125-1 du code de la défense, de la saisine préalable de la commission des recours des militaires. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que M. B ait fait précéder son recours contentieux d'une saisine de la commission des recours des militaires. Il s'ensuit que les conclusions dirigées à l'encontre de ces deux actes sont irrecevables et doivent être rejetées.
4. D'autre part, l'institution d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité.
5. Il résulte de l'instruction que M. B a contesté, par un recours administratif préalable obligatoire exercé par courrier du 14 août 2021 devant la commission des recours des militaires, la décision n° 12819 du 7 juillet 2021 le radiant du circuit des écoles, en faisant valoir qu'il avait brillamment réussi son certificat d'aptitude militaire, que l'exécution de ses missions au sein du pôle Atlas de Tours avait donné toute satisfaction à sa hiérarchie et qu'il souhaitait être réorienté dans le domaine du renseignement militaire. Dès lors, la décision du 17 mars 2022 prise à la suite de ce recours par la ministre des armées s'est substituée à la décision n° 12819 du 7 juillet 2021 précitée qui a, ainsi que le soutient le ministre des armées en défense, disparu de l'ordonnancement juridique. Par suite, les conclusions dirigées à son encontre, sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions relatives à la décision du 17 mars 2022 :
6. D'une part, si l'exercice du recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours n'en demeure pas moins soumise elle-même au principe de légalité. La substitution à la décision administrative initiale de la décision prise relativement à une radiation du circuit des écoles par le ministre de la défense après avis de la commission de recours des militaires ne fait pas obstacle à ce que soient invoqués à son encontre des moyens tirés de la méconnaissance de règles de procédure applicables à la décision initiale qui, ne constituant pas uniquement des vices propres à cette décision, sont susceptibles d'affecter la régularité de la décision soumise au juge.
7. D'autre part, aux termes de l'article R. 4125-8 du code de la défense : " La procédure d'instruction des recours est écrite. La commission ne peut statuer qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter des observations écrites sur les éléments recueillis auprès de l'autorité mentionnée à l'article R. 4125-3, dans un délai de quinze jours à compter de leur réception par lui. / Si elle l'estime nécessaire, la commission peut convoquer l'intéressé. Lors de son audition, ce dernier peut se faire assister d'un militaire de son choix en position d'activité, à l'exclusion de toute autre personne. / Les membres de la commission ainsi que les rapporteurs procèdent à toute mesure utile à l'examen des recours ". Aux termes de l'article 10 du décret du 7 octobre 2019 relatif aux élèves de l'école d'enseignement technique de l'armée de l'air : " Un conseil d'instruction est présidé par le commandant de l'école ou son représentant. / Il est consulté préalablement à la décision du commandant de l'école sur les propositions : / 1° De redoublement d'une année scolaire et d'exclusion définitive de l'école en cas de résultats scolaires ou militaires insuffisants ; / 2° De changement d'orientation ; () / L'élève concerné est, dans tous les cas, convoqué par le conseil d'instruction. A sa demande, il peut être assisté par un membre, civil ou militaire, de l'encadrement de l'école. () ".
8. Il résulte de l'instruction que M. B a été convoqué devant le conseil d'instruction du 25 juin 2021 à 8h30 par un courrier du 24 juin 2021, dont il n'a accusé réception que le 25 juin 2021, soit le matin-même de la réunion du conseil d'instruction, compte tenu de ses résultats insuffisants à la formation du certificat élémentaire " comptabilité-finances ", à raison d'une moyenne de moins de 8 sur 20. Les conditions de convocation de M. B ne lui ont ainsi pas permis, ainsi qu'il le soutient sans être contredit, d'être assisté, à sa demande, par un membre de l'encadrement de l'école. Dès lors, M. B a été privé d'une garantie. Au surplus, l'instruction n° 301/DEF/DRH-AA/SDEF/BAF du 13 octobre 2016 relative à la gestion et au déroulement de la formation des élèves et stagiaires dans les organismes de formation relevant de la direction des ressources humaines de l'armée de l'air, visée dans la décision attaquée du 17 mars 2022 et applicable à la situation de M. B, impose non seulement un délai de deux jours ouvrés minimal entre la notification à l'intéressé de la date de réunion du conseil et sa séance effective, mais aussi la communication à l'élève concerné, préalablement à la séance, du rapport soumis au conseil d'instruction exposant les faits justifiant qu'il se réunisse. En l'espèce, ni le délai de deux jours ouvrés de convocation, ni la communication du rapport précité n'ont été respectés. Si le ministre des armées fait valoir que ces vices de procédure ont été purgés par la procédure menée devant la commission des recours des militaires, M. B ayant été mis en mesure de répliquer aux observations formulées par la direction des ressources humaines de l'air et de l'espace, il ne résulte cependant pas de l'instruction que la commission des recours des militaires ait usé de la faculté qui lui était offerte de convoquer M. B pour qu'il puisse être entendu, le cas échéant en se faisant assister par un militaire de son choix, ni, d'ailleurs, qu'il ait même été informé d'une telle possibilité. Dans ces conditions, M. B n'a pas bénéficié devant la commission des recours des militaires d'une garantie équivalente à celle dont il a été privé lors de la séance au conseil d'instruction du 25 juin 2021, alors que la décision de radiation du circuit des écoles qu'il contestait a eu pour effet de l'empêcher de poursuivre toute formation militaire y compris dans une autre spécialité que celle de " comptabilité-finances ". Par suite, la procédure au terme de laquelle le recours de M. B a été rejeté par la ministre des armées par une décision du 17 mars 2022 est entachée d'irrégularité.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 17 mars 2022 par laquelle la ministre des armées a rejeté le recours que M. B a exercé à l'encontre de la décision n° 12819 du 7 juillet 2021 le radiant du circuit des écoles, doit être annulée.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros à verser à M. B au titre des frais exposés par celui-ci et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 17 mars 2022 est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,
Mme Gibson-Théry, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
S. GIBSON-THERY
Le président,
Signé
P. CRISTILLELa greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026