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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201663

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201663

lundi 17 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201663
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantORMILLIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juillet 2022, Mme A B, représentée par Me Ormillien, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 10 juin 2022 par laquelle la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de à destination duquel elle pourra être reconduite et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres, à titre principal, de lui délivrer une autorisation de séjour temporaire dans un délai de dix jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, de lui verser directement cette même somme.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète des Deux-Sèvres s'est fondée à tort sur la circonstance qu'elle ne disposait " pas de logement pour être hébergé à titre gracieux ", alors qu'elle bénéficie d'un logement attribué à sa famille par la commune de Mauzé-sur-le-Mignon.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 septembre 2022, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante albanaise née le 26 juin 1982, déclare être entrée en France le 6 juin 2017, avec son époux et leurs deux enfants mineurs. Sa demande d'asile du 3 août 2017 a fait l'objet d'un rejet par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 31 octobre 2017, confirmé par une ordonnance du 29 août 2018 de la Cour nationale du droit d'asile ayant prononcé l'irrecevabilité du recours pour absence d'éléments sérieux. Par un arrêté du 12 octobre 2018, confirmé par un jugement du 7 décembre 2018 du tribunal administratif de Poitiers et une ordonnance du 10 mai 2019 de la présidente de la cour administrative d'appel de Bordeaux, la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un arrêté du 16 novembre 2020, confirmé par un jugement du 8 octobre 2021 du tribunal administratif de Poitiers, le préfet des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un courrier reçu le 15 novembre 2021, Mme B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 10 juin 2022 dont elle demande l'annulation, la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Mme B ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 septembre 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 6 mai 2022, visé dans l'arrêté attaqué et régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de l'Etat dans le département, M. Xavier Marotel, secrétaire général de la préfecture, a reçu délégation de la préfète des Deux-Sèvres à l'effet de signer tous arrêtés et décisions qui concernent la mise en œuvre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, l'arrêté en litige a été pris au visa des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de Mme B, et des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il décrit la situation administrative, personnelle et familiale de l'intéressée. Il précise notamment que la requérante, comme son époux, n'ont pas exécuté deux précédentes mesures d'éloignement du 12 octobre 2018 et du 16 novembre 2020, confirmées, pour la première, en première instance et en appel, et pour la seconde, en première instance par le tribunal administratif de Poitiers. L'arrêté litigieux, qui contient l'ensemble des considérations de fait et de droit qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte est, dès lors, suffisamment motivé.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Selon l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. D'une part, Mme B se prévaut, au titre de son insertion sociale, de sa progression dans la maîtrise de la langue française attestée par deux organismes de formation et des cours auxquels elle participe au sein du centre socio-culturel du pays mauzéen depuis plusieurs années, de ses actions régulières de bénévolat auprès de diverses associations, de son intégration au sein de son quartier ainsi que d'attestations de scolarité continue de ses enfants dans des établissements scolaires depuis 2017. Elle fait également valoir l'insertion professionnelle de son époux, destinataire d'une proposition de missions par l'association intermédiaire IPSO² et titulaire d'une promesse d'embauche dans le domaine du bâtiment comme manœuvre, datée du 30 novembre 2020, sous réserve d'obtention des autorisations de travail adéquates. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B serait dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où ses deux enfants sont nés et où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-quatre ans au moins avec son conjoint. Si les diverses attestations et la promesse d'embauche produites témoignent des efforts d'intégration des membres de sa famille, elles ne sont pas de nature à démontrer qu'elle aurait tissé en France des liens d'une intensité, d'une ancienneté et d'une stabilité telles qu'elles justifient la délivrance du titre sollicité. Dans ces conditions, et alors qu'elle a fait l'objet, comme son époux, de deux précédentes obligations de quitter le territoire français qu'elle n'a pas exécutées, la préfète des Deux-Sèvres n'a, en prenant l'arrêté litigieux, ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation, ni porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel qu'il est garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. D'autre part, il résulte de l'instruction que, si la préfète des Deux-Sèvres s'est fondée à tort sur la circonstance que la requérante ne disposait " pas de logement pour être hébergé à titre gracieux ", alors qu'il bénéficie d'un logement attribué à sa famille par la commune de Mauzé-sur-le-Mignon, dont les loyers sont pris en charge par l'association " Cent pour Un ", elle aurait pris les mêmes décisions en ne prenant pas en compte cette circonstance erronée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 juin 2022, par lequel la préfète des Deux-Sèvres a refusé de délivrer à Mme B un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant un an doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles qui ont été présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète des Deux-Sèvres.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bruston, présidente,

Madame Thèvenent-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERY

La présidente,

Signé

S. BRUSTONLa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef par intérim,

La greffière,

N. COLLET

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