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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201671

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201671

lundi 31 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201671
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantDELMOTTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Delmotte, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2022 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 septembre 2022, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain né le 21 décembre 1981, est entré irrégulièrement en France le 29 octobre 2017 en provenance des Pays-Bas. A la suite de sa demande d'asile du 18 avril 2018, il a été mis sous procédure " Dublin " mais s'est maintenu sur le territoire français. Le 8 mars 2019, il a sollicité un titre de séjour en raison de son état de santé. Le 26 avril 2019, il a fait l'objet d'un arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par une décision du 16 juin 2021, l'Office français des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile. La Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a confirmé cette décision le 19 novembre 2021. Le 5 janvier 2022, M. A a de nouveau sollicité un titre de séjour en raison de son état de santé. Par l'arrêté contesté du 13 juin 2022, le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII le 21 mars 2022 que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, de façon précise et circonstanciée, que la famille de M. A, qui vit au Maroc, a refusé de s'occuper de lui, de l'héberger et de financer sa prise en charge médicale. L'état de santé de l'intéressé, qui vivait à la rue depuis neuf mois avant son arrivée en France, s'est, par suite, considérablement dégradé. Alors que son handicap physique sévère consécutif à une affection médicale chronique nécessite des soins médicaux lourds et continus, il ressort des pièces du dossier que M. A est actuellement bien accompagné sur le plan médical et social, notamment par l'association Cordia à La Rochelle, qu'il fait preuve d'une réelle volonté d'insertion dans la société française, dont il maitrise parfaitement la langue, et qu'il a effectué les démarches nécessaires afin d'intégrer un établissement de service et d'aide par le travail (ESAT). Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Charente-Maritime a porté une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale et a ainsi méconnu les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 13 juin 2022 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours doit être annulé sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Compte tenu du motif d'annulation retenu par le présent jugement, celui-ci implique nécessairement la délivrance d'un titre de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " à M. A. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de lui délivrer ce titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 13 juin 2022 du préfet de la Charente-Maritime est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Charente-Maritime de délivrer un titre de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " à M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Charente-Maritime.

Une copie sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bruston, présidente,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2022.

La rapporteure,

Signé

A. THEVENET-BRECHOT

La présidente,

Signé

S. BRUSTON La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef par intérim,

La greffière,

N. COLLET

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