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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201732

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201732

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201732
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDONZEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Donzel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2022 par lequel la préfète des Deux-Sèvres lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, moyennant la renonciation dudit avocat à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence en l'absence de délégation de signature ;

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale dès lors que la décision portant refus de séjour est illégale.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 août 2022, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par une décision du 3 juin 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen, déclare être entré en France le 16 octobre 2018. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 19 novembre 2019, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 8 octobre 2020. Par un arrêté du 27 mai 2021, le préfet des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade et l'a obligé à quitter le territoire français. Par un jugement du 15 novembre 2021, le tribunal administratif de Poitiers a annulé cet arrêté. Par un arrêté du 24 mars 2022, la préfète des Deux-Sèvres a procédé au réexamen de la situation de l'intéressé et a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'étendue du litige :

2. Par décision du 23 août 2022, les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination ont été rejetées par le juge saisi selon la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il y a seulement lieu pour le tribunal de se prononcer dans la présente instance sur les conclusions en annulation de la décision du 24 mars 2022 portant refus de titre de séjour.

Sur le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, le refus de titre de séjour litigieux a été signé par M. Xavier Marotel, secrétaire général de la préfecture des Deux-Sèvres ayant reçu délégation du préfet, par un arrêté du 16 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer tous les arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département des Deux-Sèvres. La police des étrangers ne figurant pas au nombre des attributions exceptées de cette délégation de signature, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

5. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

6. L'avis du collège des médecins du 17 janvier 2022 indique que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut de traitement peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, la Guinée, et voyager sans risque vers ce pays.

7. Pour contester cette appréciation, M. B se borne à produire un certificat médical établi par le docteur D le 14 avril 2022, à une date au demeurant postérieure à la décision litigieuse, selon lequel l'intéressé " présente un trouble psychiatrique chronique associé à un trouble anxieux de type : état de stress post-traumatique " nécessitant " une prise en charge spécialisée pharmacologique et psychothérapique de façon continue car le risque de rechute est très élevé ". Ce document indique également que " ces soins ne semblent pas être dispensés en totalité dans son pays d'origine, une prise en charge partielle ne serait pas sans risque pour le patient ", toute interruption de soins pouvant " porter gravement préjudice à son état de santé actuel et augmente le risque de décompensation de ses troubles psychiques ". Toutefois, ces seuls éléments ne permettent pas de contredire l'avis précité du collège des médecins de l'OFII du 17 janvier 2022. Ainsi, le requérant n'établit pas que le traitement nécessité par son état de santé ne serait pas disponible dans son pays d'origine ni qu'il ne pourrait y faire l'objet d'un suivi médical approprié ou qu'il ne pourrait accéder effectivement à ce traitement. Par suite, la préfète des Deux-Sèvres n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation du refus de titre de séjour litigieux. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète des Deux-Sèvres et à Me Donzel.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

M. Lacaïle, premier conseiller,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

P. C

Le président,

Signé

A. LE MEHAUTE

La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,La greffière en chef par intérim,

Signé

G. FAVARD

N ° 220173

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