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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201786

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201786

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201786
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantVERDIER LE PRATAVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 juillet 2022 et 5 mars 2023, la société civile d'exploitation agricole (SCEA) Les Acacias, l'exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) Le Champ Muré, la SCEA Mazinoise, l'EARL du Moulin, M. A F, entrepreneur individuel, la SCEA La Pichardière, Mme B E, entrepreneure individuelle, M. D C, entrepreneur individuel, l'EARL La Maison neuve, l'EARL Les Champs rouges, l'EARL du Petit Roseau et l'EARL des Écoles, représentés par Me Verdier, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de la préfète des Deux-Sèvres du 29 juin 2022 portant limitation provisoire des usages de l'eau pour faire face à une menace ou aux conséquences d'une sécheresse ou à un risque de pénurie dans le bassin de la Sèvre Niortaise et du Marais poitevin ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une rétroactivité illégale ;

- l'arrêté attaqué est illégal en raison de l'illégalité de l'arrêté-cadre sur lequel il se fonde ; en effet, en premier lieu, en indiquant, à l'article 1er de l'arrêté-cadre, que celui-ci a pour objet de prendre " toute mesure en faveur de la protection des milieux et de la ressource ", ses auteurs ont pris des mesures excédant les pouvoirs qu'ils tiennent de l'article R. 211-67 du code de l'environnement, qui ne leur permet que d'édicter des dispositions afin de prévenir les situations de sécheresse ou d'y remédier ; en deuxième lieu, les auteurs de l'arrêté-cadre ont excédé leur compétence et, ainsi, commis une erreur de droit en autorisant, à ses articles 2 et 12, les préfets à prendre des mesures complémentaires non encadrées et en leur conférant, ce faisant, des pouvoirs excédant la gestion conjoncturelle de la ressource en eau ; en troisième lieu, les auteurs de l'arrêté-cadre ont également excédé leur compétence et, ainsi, commis une erreur de droit en créant, aux articles 8 et 11 de l'arrêté, de nouvelles missions obligatoires à la charge de l'organisme unique de gestion collective ; en quatrième lieu, l'article 8 de l'arrêté-cadre méconnaît, s'agissant du délai dont dispose les préfets de département pour lever les mesures de restriction lors de l'abaissement du niveau de gravité de la situation de sécheresse, l'article 5 de l'arrêté d'orientations pris sur le fondement de l'article R. 211-69 du code de l'environnement par le préfet coordonnateur de bassin le 28 janvier 2022 ; en dernier lieu, l'article 12 de l'arrêté-cadre est entaché d'une erreur de droit en ce qu'il définit une liste limitative des cultures susceptibles de faire l'objet de dérogations aux mesures de restriction ; l'arrêté-cadre étant un acte indivisible, chacune de ces illégalités doit conduire à le déclarer illégal dans son ensemble et entraîner l'annulation de l'arrêté de restriction pris sur son fondement.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 28 novembre 2022 et 6 avril 2023, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est devenue sans objet, les mesures de restriction temporaire des usages de l'eau ayant pris fin le 31 octobre 2022 à 8 h ;

- la requête est irrecevable dès lors que les requérants se revendiquent irrigants dans la zone d'alerte MP 7, laquelle n'est pas affectée par l'arrêté attaqué ; par ailleurs, ceux des requérants dont l'exploitation est située en Charente-Maritime ne sont pas affectés par les mesures prises sur le territoire du département des Deux-Sèvres ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Henry,

- les conclusions de M. Revel, rapporteur public,

- et les observations de Me Verdier, représentant les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 211-2 du code de l'environnement : " I. - Les règles générales de préservation de la qualité et de répartition des eaux superficielles, souterraines et des eaux de la mer dans la limite des eaux territoriales sont déterminées par décret en Conseil d'État. () ". Selon l'article L. 211-3 de ce code : " I. - En complément des règles générales mentionnées à l'article L. 211-2, des prescriptions nationales ou particulières à certaines parties du territoire sont fixées par décret en Conseil d'État afin d'assurer la protection des principes mentionnés à l'article L. 211-1. II. - Ces décrets déterminent en particulier les conditions dans lesquelles l'autorité administrative peut : 1° Prendre des mesures de limitation ou de suspension provisoire des usages de l'eau, pour faire face à une menace ou aux conséquences d'accidents, de sécheresse, d'inondations ou à un risque de pénurie () ". L'article R. 211-66 du même code dispose : " Les mesures générales ou particulières prévues par le 1° du II de l'article L. 211-3 pour faire face à une menace ou aux conséquences d'accidents, de sécheresse, d'inondations ou à un risque de pénurie sont prescrites par arrêté du préfet du département dit arrêté de restriction temporaire des usages de l'eau. () / () Concernant les situations de sécheresse, les mesures sont graduées selon les quatre niveaux de gravité suivants : vigilance, alerte, alerte renforcée et crise. Ces niveaux sont liés à des conditions de déclenchement caractérisées par des points de surveillance et des indicateurs relatifs à l'état de la ressource en eau. / Les mesures de restriction peuvent aller jusqu'à l'arrêt total des prélèvements, et sont définies par usage ou sous-catégories d'usage ou type d'activités, selon des considérations sanitaires, économiques et environnementales, dont les conditions sont fixées dans les arrêtés-cadres prévus à l'article R. 211-67. / () ". Aux termes de l'article R. 211-67 dudit code : " I.- Les mesures de restriction mentionnées à l'article R. 211-66 s'appliquent à l'échelle de zones d'alerte. Une zone d'alerte est définie comme une unité hydrologique ou hydrogéologique cohérente au sein d'un département, désignée par le préfet au regard de la ressource en eau. () II.- Afin de préparer les mesures à prendre et d'organiser la gestion de crise en période de sécheresse, le préfet prend un arrêté, dit arrêté-cadre, désignant la ou les zones d'alerte, indiquant les conditions de déclenchement des différents niveaux de gravité et mentionnant les mesures de restriction à mettre en œuvre (). III.- Dès lors que le ou les préfets constatent que les conditions de franchissement d'un niveau de gravité prévues par l'arrêté-cadre sont remplies, un arrêté de restriction temporaire des usages, tel que prévu à l'article R. 211-66, est pris dans les plus courts délais et selon les modalités définies par l'arrêté-cadre, entraînant la mise en œuvre des mesures envisagées. ".

2. Les requérants demandent l'annulation de l'arrêté de la préfète des Deux-Sèvres du 29 juin 2022 portant limitation provisoire des usages de l'eau pour faire face à une menace ou aux conséquences d'une sécheresse ou à un risque de pénurie dans le bassin de la Sèvre Niortaise et du Marais poitevin, pris sur le fondement de l'article R. 211-66 du code de l'environnement.

Sur l'exception de non-lieu opposée en défense :

3. La circonstance qu'une décision administrative a produit ses effets avant que le juge n'ait statué sur le recours formé contre cette décision n'est pas de nature à priver d'objet ce recours. Il suit de là que l'exception de non-lieu opposée par la préfète des Deux-Sèvres doit être écartée.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

4. Les requérants se prévalent, pour contester la légalité de l'arrêté attaqué, de leur qualité d'irrigant dans la zone d'alerte " Mignon Courance (MP 7) ", qui est l'une des quatorze zones d'alerte du bassin d'alimentation du Marais poitevin. Toutefois, cet arrêté, qui modifie l'arrêté de restriction temporaire des usages de l'eau pris par la préfète des Deux-Sèvres le 1er avril 2022, n'a pour seul objet que de mettre en œuvre, dans les zones d'alerte " Autize superficiel (MP 8) " et " Vendée (MP 9) ", les mesures de restriction des usages de l'eau correspondant au niveau d'alerte. L'arrêté attaqué ne modifiant pas les mesures de restriction déjà applicables, en vertu d'arrêtés antérieurs, dans la zone d'alerte MP 7, la préfète des Deux-Sèvres est fondée à soutenir que les requérants, irrigants dans cette zone, ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir contre cet arrêté. La requête est, par suite, irrecevable.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SCEA Les Acacias et autres est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile d'exploitation agricole Les Acacias, première dénommée, pour l'ensemble des requérants, et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée à la préfète de la région Centre-Val de Loire, préfète coordonnatrice du bassin Loire-Bretagne, et à la préfète des Deux-Sèvres.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Henry, premier conseiller,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.

Le rapporteur,

Signé

B. HENRY

Le président,

Signé

L. CAMPOYLa greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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