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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201804

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201804

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201804
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCPA BREILLAT-DIEUMEGARD-MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrées les 21 et 28 juillet 2022 et 14 octobre 2022, M. C A, représenté par la SCP d'avocats Breillat, Dieumegard et Masson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2022 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- il est entaché d'incompétence.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- la procédure suivie devant le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) est irrégulière en l'absence de mention, dans l'avis du 31 mars 2022, du nom du médecin instructeur ayant établi le rapport médical préalable ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que le médecin instructeur n'a pas siégé au sein du collège de médecins ayant rendu l'avis précité ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il souffre de plusieurs pathologies à savoir un diabète de type II, des problèmes cardiaques et de la prostate et bénéficie d'un suivi médicamenteux pour des problèmes psychiatriques, le nouveau traitement spécifique qui lui est administré, le Victoza, étant indisponible dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité entachant la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 2, 3, 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-4, 10° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré 23 septembre 2022, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Le requérant a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 9 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus le rapport de M. D et les observations de Me Ago Simala, substituant la SCP d'avocats Breillat, Dieumegard et Masson, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian né le 25 mai 1967, est entré en France irrégulièrement le 29 août 2017. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 23 janvier 2018, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 15 septembre 2018. Par un premier arrêté du 16 juin 2020, le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour pour raisons de santé et l'a obligé à quitter le territoire français. Par courrier du 22 novembre 2021, l'intéressé a de nouveau sollicité la délivrance d'une carte de séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 22 juin 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () L'aide juridictionnelle est attribuée de plein droit à titre provisoire dans le cadre des procédures présentant un caractère d'urgence dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat. / L'aide juridictionnelle provisoire devient définitive si le contrôle des ressources du demandeur réalisé a posteriori par le bureau d'aide juridictionnelle établit l'insuffisance des ressources ". En vertu de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 septembre 2022. Par suite, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

4. L'arrêté en litige a été pris par M. Pierre Molager, secrétaire général de la préfecture de la Charente-Maritime. Par un arrêté du 29 avril 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de ce département lui a donné délégation à l'effet de signer notamment tous les arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, l'arrêté attaqué cite notamment la teneur de l'avis, prévu à l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et rendu le 31 mars 2022 par le collège des médecins de l'OFII, saisi dans le cadre de l'examen de la demande de titre de séjour de M. A, selon lequel l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et voyager sans risque vers ce pays. Par suite, l'arrêté comporte les motifs de droit et de fait qui le fondent et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, comme celui tiré du défaut d'examen approfondi de la situation personnelle de l'intéressé, doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article ". Et, aux termes de l'article R. 425-13 du même code: " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. ".

7. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le rapport médical prévu à l'article R. 425-12 précité n'aurait pas été établi. D'autre part, il ressort de l'avis du collège de médecins de l'OFII du 31 mars 2022 qu'il émane d'une formation collégiale de trois médecins nominativement désignés et que le médecin rapporteur, dont l'identité est précisée, n'y a pas siégé. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure manque donc en fait.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

9. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

10. L'avis du collège des médecins du 31 mars 2022 indique que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et voyager sans risque vers ce pays. Pour contester cette appréciation, M. A fait valoir qu'il souffre d'un diabète de type II insulino-dépendant, de problèmes cardiaques et de la prostate et bénéficie d'un suivi médicamenteux pour des problèmes psychiatriques, le nouveau traitement spécifique qui lui est administré, le Victoza, antidiabétique injectable, étant indisponible dans son pays d'origine. Il se prévaut d'un certificat médical établi le 9 octobre 2018 par le docteur B selon lequel " il n'avait plus qu'un traitement antidiabétique oral à son entrée en France avec un mauvais résultat ". Il fait valoir également que, selon le rapport de l'organisation suisse d'aide aux réfugiés du 22 janvier 2014, " le système psychiatrique nigérian n'est pas comparable aux standards européens " et que " seules 10% des personnes atteintes d'une maladie psychique seraient traitées ". Toutefois, ni ces éléments ni les certificats médicaux des 19 et 25 juillet 2022, au demeurant postérieurs à la décision en litige et qui se bornent à mentionner que l'état de santé de l'intéressé nécessite un traitement régulier, notamment par Victoza, et une surveillance cardiaque par échographie au moins annuelle, ne permettent de contredire l'avis précité du collège des médecins de l'OFII. Ainsi, le requérant n'établit pas que le traitement nécessité par son état de santé ne serait pas disponible dans son pays d'origine, ni qu'il ne pourrait y faire l'objet d'un suivi médical approprié ou qu'il ne pourrait accéder effectivement à ce traitement. Par suite, le préfet de la Charente-Maritime n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement.

11. En quatrième lieu, si la décision attaquée vise l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort de la motivation de la décision attaquée que le préfet de la Charente-Maritime, qui n'y était pas tenu dès lors que l'intéressé n'a pas présenté de demande de titre de séjour sur ce fondement, n'a pas procédé à l'examen de la situation et du droit au séjour de M. A au regard des dispositions de cet article. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 précité doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

13. En deuxième lieu, l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi ". Et aux termes de son article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". De plus, l'article 8 de la même convention indique : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ". Enfin, l'article 14 prévoit que : " La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation. ".

14. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige méconnait les articles précités en raison de l'état de santé du requérant. En outre, s'il soutient exercer une activité de plongeur dans un restaurant et s'être investi auprès de sa communauté religieuse, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. A, qui est célibataire sans enfant, dispose d'attaches familiales sur le territoire français et entretient des relations amicales anciennes et d'une particulière intensité avec des personnes résidant en France, ni qu'il soit dépourvu d'attaches familiales ou amicales dans son pays d'origine, le Nigéria, où il a vécu 47 ans avant son arrivée dans l'espace Schengen en 2014. Enfin, s'il fait état de menaces pesant sur lui en cas de retour dans son pays d'origine, l'existence de celles-ci ne ressort pas des pièces du dossier. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 2, 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Par ailleurs, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 14 cité ci-dessus, inopérant, doit également être écarté.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a remplacé l'article L. 511-4 invoqué par le requérant : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

16. Il résulte de ce qui a été dit au point 10 que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

17. L'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " () l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Selon les dispositions de l'article L. 612-10 du même code, pour décider d'édicter une interdiction de retour et en fixer la durée, " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

18. S'il ressort de la motivation de la décision en litige que le préfet de la Charente-Maritime a examiné la possibilité de prononcer à l'encontre de M. A une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'un an en application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est constant, au regard de son dispositif, qu'il a décidé de ne pas prendre une telle mesure. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'interdiction de retour et de la méconnaissance de l'article L. 612-6 précité doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

19. En premier lieu, la décision litigieuse, qui fixe comme pays de destination celui dont le requérant a la nationalité, vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise que l'intéressé ne justifie pas être exposé à des peines ou traitements contraires à ces dispositions. Dès lors, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

20. En second lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui a remplacé l'article L. 513-2 invoqué par le requérant : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". L'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

21. M. A, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée par une décision de la CNDA du 15 septembre 2018 et dont la demande de réexamen du 18 février 2021 a été rejetée comme irrecevable par l'OFPRA le 25 mars 2021, ne se prévaut d'aucune autre circonstance de nature à établir qu'il serait personnellement exposé, en cas de retour au Nigeria, à des traitements contraires aux stipulations citées ci-dessus. Par suite, en l'absence d'éléments nouveaux et probants, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté.

22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 22 juin 2022, par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé à M. A la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par M. A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de la Charente-Maritime et à la SCP d'avocats Breillat, Dieumegard et Masson.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

M. Lacaïle, premier conseiller,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

P. D

Le président,

Signé

A. LE MEHAUTE

La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,La greffière en chef par intérim,

Signé

G. FAVARD

N ° 2201804

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