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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201835

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201835

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201835
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL LELONG DUCLOS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 juillet 2022, et un mémoire enregistré le 12 mars 2024, non communiqué, Mme B A, représentée par la SELARL Lelong-Duclos, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2022 et la décision du 5 juillet 2022 par lesquels la présidente du conseil départemental des Deux-Sèvres a successivement retiré son agrément d'assistante familiale et procédé à son licenciement pour faute grave ;

2°) d'enjoindre au département des Deux-Sèvres de la réintégrer dans ses effectifs et de reconstituer sa carrière ;

3°) de mettre à la charge du département des Deux-Sèvres la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'arrêté portant retrait d'agrément :

- il est entaché d'un vice d'incompétence ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, d'une part en raison du caractère trop général des griefs retenus à son encontre, qui l'a privée de la possibilité de se défendre utilement devant la commission consultative paritaire départementale, et, d'autre part, compte tenu du parti pris des services du département dans le cadre de la procédure de retrait, notamment attesté par la distribution aux membres de la commission d'un document " à charge " présenté à tort comme un dossier de synthèse et qui ne lui a été communiqué qu'à sa demande, après la séance de la commission ;

- les faits qui lui sont reprochés, tenant à la méconnaissance de son rôle d'assistante familiale se traduisant par un manque de connaissance des enfants et d'adaptation à leurs besoins, leur mise en danger et la tenue de propos déplacés à leur égard, ainsi qu'au manque d'hygiène et aux insuffisances de suivi médical des enfants accueillis, et, enfin, à son défaut de coopération avec son employeur et de remise en question de ses pratiques professionnelles, ne sont pas établis ;

- ces faits, dont certains sont anciens, ne sont, en tout état de cause, pas fautifs ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles L. 421-2 et L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles, et est entaché d'erreurs d'appréciation, dès lors que les faits qui lui sont reprochés ne présentent pas un caractère de gravité suffisant pour justifier un retrait d'agrément.

Sur la décision portant licenciement :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'arrêté de retrait de son agrément ;

- dans l'hypothèse où la situation de compétence liée de la présidente du conseil départemental pour prononcer son licenciement serait justifiée, rien ne l'obligeait à la licencier pour faute grave, l'ayant ainsi privée d'un préavis et d'une indemnité de licenciement ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une rétroactivité illégale.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 septembre 2022, le département des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces des dossiers ;

- l'ordonnance n° 2201839 du 23 août 2022 du juge des référés du tribunal administratif de Poitiers, rejetant le référé-suspension exercé à l'encontre de l'arrêté du 14 juin 2022 retirant l'agrément d'assistante familiale de Mme A et de la décision du 5 juillet 2022 prononçant son licenciement.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gibson-Théry,

- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lelong, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été agréée en qualité d'assistante familiale, par une décision du 19 avril 2017, afin de pouvoir recevoir à titre permanent un mineur et jeune majeur de moins de vingt-et-un ans, à compter du 1er avril 2017. Après avoir été étendu, par une décision du 19 septembre 2018, à l'accueil de deux mineurs et jeunes majeurs de moins de vingt-et-un ans à compter du 1er septembre 2018, l'agrément de Mme A a été renouvelé, par un arrêté du 23 février 2022, pour une durée de cinq ans à compter du 1er avril 2022 et pour le même nombre de mineurs et jeunes majeurs de moins de vingt-et-un ans. A la suite d'informations relevées par les services de l'aide sociale à l'enfance (ASE) et le centre d'action médico-sociale précoce (CAMSP) faisant état de manquements de Mme A dans ses pratiques professionnelles entre le 30 octobre 2018 et le 7 janvier 2022, les trois enfants accueillis chez elle lui ont été retirés le 14 janvier 2022 à titre conservatoire. Le dossier de Mme A a été examiné par la commission consultative paritaire départementale le 7 juin 2022. Par un arrêté du 14 juin 2022, la présidente du conseil départemental des Deux-Sèvres a retiré l'agrément d'assistante familiale de Mme A, puis a prononcé, par une décision du 5 juillet 2022, son licenciement. Mme A demande au tribunal l'annulation de ces deux décisions.

Sur l'arrêté du 14 juin 2022 portant retrait d'agrément :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par Mme Béatrice Largeau, vice-présidente du département, qui a reçu, par un arrêté de la présidente du conseil départemental des Deux-Sèvres du 15 décembre 2021, régulièrement affiché à la maison du département, située à Niort, à compter du 16 décembre 2021, délégation de signature à l'effet de signer l'ensemble des décisions prises dans le domaine, notamment, de la protection de l'enfance, comprenant expressément les arrêtés portant retrait d'agrément des assistants familiaux. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. () ". Aux termes de l'article R. 421-23 du code de l'action sociale et des familles : " Lorsque le président du conseil départemental envisage de retirer un agrément, d'y apporter une restriction ou de ne pas le renouveler, il saisit pour avis la commission consultative paritaire départementale mentionnée à l'article R. 421-27 en lui indiquant les motifs de la décision envisagée. / L'assistant maternel ou l'assistant familial concerné est informé, quinze jours au moins avant la date de la réunion de la commission, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, des motifs de la décision envisagée à son encontre, de la possibilité de consulter son dossier administratif et de présenter devant la commission ses observations écrites ou orales () ".

4. S'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément de l'assistant familial si ces conditions ne sont plus remplies, il ne peut le faire qu'après avoir saisi pour avis la commission consultative paritaire départementale compétente, devant laquelle l'intéressé est en droit de présenter ses observations écrites ou orales, en lui indiquant, ainsi qu'à l'assistant familial concerné, les motifs de la décision envisagée. La consultation de cette commission sur ces motifs, à laquelle est attachée la possibilité pour l'intéressé de présenter ses observations, revêt ainsi pour ce dernier le caractère d'une garantie. Il en résulte qu'un tel retrait ne peut intervenir pour un motif qui n'aurait pas été soumis à la commission consultative paritaire départementale et sur lequel l'intéressé n'aurait pu présenter devant elle ses observations.

5. D'une part, si Mme A soutient que ses droits de la défense ont été méconnus dans le cadre de la procédure de retrait de son agrément en raison du caractère trop général des griefs retenus à son encontre, il ressort toutefois des pièces du dossier que le courrier du 14 mars 2022 la convoquant devant la commission le 10 mai 2022 justifie l'engagement de la procédure de retrait d'agrément par un manque important dans la prise en compte des besoins des enfants, des difficultés de coopération avec les services du département et un défaut de remise en question des pratiques professionnelles de Mme A, lui permettant ainsi de comprendre la nature de tous les griefs qui lui étaient reprochés. Au surplus, le détail de ces griefs apparaît dans le dossier de Mme A, dont son conseil a accusé réception par voie électronique le 21 février 2022, qui contient tous les rapports, notes et informations établis par différents services du département entre le 30 octobre 2018 et le 12 janvier 2022 concernant les modalités d'accueil des enfants par Mme A. Par ailleurs, il ressort du procès-verbal de la commission du 10 mai 2022 que, pour tenir compte des observations du conseil de la requérante ayant relevé l'absence de certaines pièces au dossier de Mme A, qu'elle avait au demeurant produites seulement la veille de la réunion, nécessitant leur remise sur table le jour de la commission, l'examen de la situation de Mme A a été reporté à la commission du 7 juin 2022. En outre, le procès-verbal de la commission du mardi 7 juin 2022 fait état de la remise sur table de nouvelles pièces transmises par le conseil de Mme A le vendredi 3 juin 2022. Dans ces conditions, et au regard du contenu particulièrement détaillé des observations de 26 pages formulées par Mme A à destination des membres de la commission, répondant point par point aux multiples griefs retenus à son encontre, accompagnées de quarante-et-une pièces, la requérante ne peut sérieusement soutenir avoir été privée de présenter une défense utile devant la commission. Par suite, le moyen tiré de l'atteinte portée aux droits de la défense de Mme A dans le cadre de la procédure de retrait d'agrément la concernant doit être écarté.

6. D'autre part, quand bien même le " document de travail " préparé par les services de l'ASE à l'attention des membres de la commission consultative paritaire départementale se bornerait à citer des extraits des notes et rapports émanant des services du département concernant les modalités d'accueil organisées par Mme A, celle-ci a pu, ainsi qu'il a été dit précédemment, faire part aux membres de la commission de toutes ses observations concernant les faits qui lui ont été reprochés. Dans ces conditions, et alors qu'il était loisible à l'employeur de Mme A de présenter la chronologie des faits et de résumer ses propres observations sous la forme d'un document de synthèse, la distribution d'un tel document aux membres de la commission, non communiqué préalablement à la réunion de la commission, n'est pas susceptible d'avoir une incidence sur la régularité de la procédure de retrait d'agrément contestée.

7. En quatrième lieu, les troisième à cinquième alinéas de l'article L. 421-6 du même code disposent que : " Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. (). / Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément ou de modification de son contenu doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés. () ".

8. Dans l'hypothèse où le président du conseil départemental envisage de retirer l'agrément d'un assistant familial après avoir été informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant, de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient, dans l'intérêt qui s'attache à la protection de l'enfance, de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer si ces éléments sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que l'enfant est victime de tels comportements ou risque de l'être.

9. Pour prononcer le retrait de l'agrément délivré à Mme A, la présidente du conseil départemental des Deux-Sèvres s'est fondée, notamment, sur une information préoccupante du 30 octobre 2018 émanant d'une psychologue faisant état de propos virulents de Mme A concernant une enfant accueillie, sur diverses notes d'information des services de l'ASE des 30 octobre et 8 novembre 2018, 12 mars et 13 mai 2020, 6 avril 2021, 30 juillet 2021, deux notes d'information du 28 février 2020 et du 22 mai 2020 du CAMSP, et, enfin, trois notes du dispositif d'urgence et d'accompagnement diversité (DUAD) des 6 juillet 2020, 2 et 6 décembre 2021, ainsi que le compte-rendu d'évaluation du bureau accueil du jeune enfant du 2 décembre 2021. Ces documents font état de rendez-vous non honorés sans avoir été annulés au préalable par Mme A au CAMSP, les 29 novembre et 6 décembre 2019, puis le 17 janvier 2020, de propos inadaptés ou dénigrants tant concernant les parents d'enfants accueillis en leur présence que les enfants eux-mêmes, de gestes brusques à l'égard de deux enfants, d'un manque de surveillance ne permettant pas d'assurer leur sécurité physique et d'une incapacité à évaluer les besoins médicaux du petit garçon asthmatique qu'elle accueillait jusqu'en avril 2020, constatés lors de ses visites au CAMSP. En outre, il ressort de ces notes d'informations que Mme A, notamment, s'est abstenue de déclarer à l'ASE la brûlure à la main de ce jeune enfant malgré ses cloques et n'a consulté un médecin que sur demande de l'administration, puis qu'elle n'a répondu que partiellement aux demandes de l'école en 2021 en vue de disposer de davantage de rechanges pour un enfant souffrant d'énurésie. Enfin, il ressort des informations communiquées aux services de l'ASE en fin d'année 2021 et en début d'année 2022 que Mme A a attendu près d'un mois pour informer l'ASE des difficultés d'une enfant accueillie à uriner, n'a pas mis en place le traitement médical ni procédé au prélèvement d'urine préconisés par le médecin, et n'a contacté un médecin, pour une autre jeune accueillie, qu'après sollicitations des services du département, alors que l'enfant avait vomi la veille au soir, pendant la nuit et le matin même. Ont également été relevés, entre autres faits, la circonstance qu'elle a effectué des démarches de scolarisation sans y associer les parents, contrairement à la demande de l'équipe de l'ASE.

10. Pour contester la matérialité de certains faits qui lui sont reprochés, Mme A produit tout d'abord, concernant la coupe de cheveux " rase " d'un enfant accueilli en 2021 que la directrice de l'école a qualifiée de " cheveux tondus ", l'attestation d'une coiffeuse témoignant avoir coupé plusieurs fois les cheveux de cet enfant. Toutefois, une telle attestation ne permet pas de justifier la coupe à ras de la chevelure, quand bien même la tête du garçon devait être traitée contre les poux. Si Mme A soutient également avoir alerté les services du département sur les difficultés de ce jeune liées à son encoprésie et son énurésie, cette circonstance n'est pas de nature à remettre en question la matérialité des faits relevés par l'équipe éducative de l'école, tenant à des ongles coupés trop courts et donc douloureux et au manque de réponse aux sollicitations de l'école pour apporter des vêtements de rechange. Par ailleurs, alors qu'il a été reproché à Mme A de ne pas avoir consulté de médecin lorsqu'un enfant a fait une chute de vélo en novembre 2018, elle produit un certificat de son médecin attestant qu'il a soigné des plaies bénignes de cet enfant en 2017, sans précision de date, ne permettant pas davantage de remettre en question la matérialité de ces faits. En outre, si, pour assurer la sécurité des enfants, Mme A se prévaut de l'installation de barrières en haut et en bas de l'escalier ainsi qu'à l'entrée de la cuisine, elle ne conteste pas avoir pour pratique de les laisser seuls dans un espace de jeux, quand bien même elle serait toujours " à proximité " et " entend[rait] ce qu'ils font ". S'agissant du manque d'hygiène et de rigueur dans le suivi médical des enfants accueillis, les circonstances que l'orthophoniste d'un jeune accueilli aurait lui-même mis fin aux séances, et que le médecin de Mme A atteste se souvenir, sans précision de date, avoir reçu en consultation les trois enfants accueillis pour un souci gastrique bénin, sont sans influence sur la réalité des faits reprochés à Mme A tenant à la brûlure à la main du très jeune enfant accueilli jusqu'en avril 2020, au défaut de soins d'une enfant en fin d'année 2021 alors qu'elle souffrait d'une gastro-entérite, et à la présence persistante de poux. A ce dernier titre, Mme A allègue avoir acheté un aspirateur à poux, alors qu'elle se borne à produire la facture d'achat d'un seul spray préventif anti-poux de 90 ml et d'un simple peigne à poux, qui ne permet pas de démontrer qu'elle a pris les mesures adéquates pour éradiquer ces parasites. Par ailleurs, si Mme A soutient que la qualité de son travail est reconnue en se fondant sur deux courriels d'une éducatrice et d'une autre assistante familiale mentionnant l'évolution positive d'un enfant et l'épanouissement de celui qu'elle a gardé jusqu'en avril 2020, ainsi que sur les messages électroniques transmis entre fin octobre et décembre 2021 au département concernant l'accueil d'une fratrie de trois enfants, ces circonstances sont sans influence sur la réalité de ses difficultés à coopérer avec son employeur, qui se traduisent par l'absence d'information d'une chute de vélo et d'une brûlure ayant donné lieu à des plaies, ou d'une gastro-entérite, qui devaient être soignées, ou encore son agressivité, non contestée, à l'égard d'un agent du département le 5 janvier 2022. Enfin, bien que certains rendez-vous au CAMSP aient été annulés à l'initiative de ce centre, ainsi que le soutient Mme A, elle ne justifie pas la défection qui lui a été reprochée à d'autres rendez-vous. Dans ces conditions, à supposer même que Mme A, comme elle l'invoque, n'ait pas bénéficié d'un accompagnement professionnel renforcé, l'ensemble des faits qui lui sont reprochés, matériellement démontrés, sont de nature à établir que les conditions d'accueil garantissant la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt-et-un ans, accueillis à son domicile ont cessé d'être remplies par Mme A. La présidente du conseil départemental des Deux-Sèvres n'a, dès lors, pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles en procédant au retrait de son agrément.

11. En cinquième lieu, si la requérante soutient que les faits reprochés ne sont pas d'une gravité suffisante pour justifier le retrait de son agrément, il ressort toutefois des pièces du dossier que la commission consultative paritaire départementale a émis un avis favorable, à l'unanimité, au retrait d'agrément contesté. En outre, les professionnels de structures différentes ont constaté, de manière concordante, les dysfonctionnements répétés de l'accueil de jeunes enfants par Mme A. A cet égard, la circonstance que le département ne lui ait pas retiré plus tôt son agrément, et l'ait même renouvelé le 23 février 2022, ne saurait impliquer qu'il ne puisse plus l'être postérieurement au regard du cumul de ses manquements. Par suite, la présidente du conseil départemental des Deux-Sèvres n'a pas commis d'erreur d'appréciation ni méconnu les articles L. 421-2 et L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles en procédant au retrait de l'agrément d'assistante familiale de la requérante.

Sur la décision du 5 juillet 2022 prononçant le licenciement :

12. En premier lieu, l'illégalité de l'arrêté du 14 juin 2022 par lequel la présidente du conseil départemental des Deux-Sèvres a procédé au retrait de l'agrément de Mme A en qualité d'assistante familiale n'étant pas établie, ainsi qu'il a été dit précédemment, le moyen tiré de ce que la décision du 5 juillet 2022 par laquelle cette même autorité a prononcé le licenciement de l'intéressée serait, par voie de conséquence, illégale, doit être écarté.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-8 du code de l'action sociale et des familles, rendues applicables aux assistants familiaux employés par des personnes morales de droit public sur renvoi de l'article L. 422-1 du même code : " () En cas de retrait d'agrément, l'employeur est tenu de procéder au licenciement par lettre recommandée avec demande d'avis de réception () ".

14. Il résulte de ces dispositions que la présidente du conseil départemental des Deux-Sèvres était en situation de compétence liée pour prononcer le licenciement de Mme A, à laquelle un retrait d'agrément avait été régulièrement notifié. Dès lors, les moyens tirés de ce que la présidente du conseil départemental des Deux-Sèvres, a commis une erreur d'appréciation des faits de l'espèce en décidant de licencier Mme A et de ce qu'en fixant la date d'effet de son licenciement au 17 juin 2022 qui correspond à la notification de la décision de retrait d'agrément, l'autorité territoriale a entaché sa décision d'une rétroactivité illégale, doivent être écartés comme inopérants.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-27 du code de l'action sociale et des familles : " Le préavis n'est pas requis dans le cas où la rupture est liée à l'impossibilité de confier ou d'accueillir un enfant compte tenu de la suspension ou du retrait de l'agrément de l'assistant maternel relevant de la présente section, tels qu'ils sont prévus par les dispositions de l'article L. 421-6 ", et aux termes de l'article L. 423-12 du même code : " En cas de licenciement pour un motif autre qu'une faute grave, l'assistant maternel ou l'assistant familial relevant de la présente section justifiant d'une ancienneté d'au moins deux ans au service du même employeur a droit à une indemnité qui ne se confond pas avec l'indemnité compensatrice prévue à l'article L. 423-10 ".

16. Si la requérante soutient que la présidente du conseil départemental ne se trouvait pas en situation de compétence liée pour prononcer son licenciement " pour faute grave ", elle ne soutient pas pour autant que la faute grave qui lui est reprochée n'est pas caractérisée. En tout état de cause, bien que Mme A, recrutée en contrat à durée indéterminée le 1er juin 2017, ait justifié de plus de deux ans d'ancienneté à la date à laquelle elle a été licenciée, elle n'avait pas droit à un préavis en raison du retrait de son agrément, et la faute grave motivant son licenciement fait obstacle à ce qu'elle perçoive une indemnité de licenciement. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que le département n'était pas dans l'obligation de la licencier pour faute grave, la privant ainsi d'un préavis et du droit à bénéficier d'une indemnité de licenciement, ne peut qu'être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 14 juin 2022 et de la décision du 5 juillet 2022 par lesquels la présidente du conseil départemental des Deux-Sèvres a successivement retiré l'agrément délivré à Mme A en qualité d'assistante familiale et a prononcé son licenciement doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'elle a présentées à fin d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le département des Deux-Sèvres n'étant pas la partie perdante dans cette instance.

DECIDE :

Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département des Deux-Sèvres.

Délibéré après l'audience du 6 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Duval-Tadeusz, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERY Le président,

Signé

P. CRISTILLELa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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