jeudi 6 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2201847 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL D'AVOCATS TEN FRANCE |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 26 juillet 2022 sous le n° 2201847, et des mémoires enregistrés les 4 août 2022, 17 avril 2024, 3 mai 2024, ainsi qu'un mémoire enregistré le 22 mai 2024 non communiqué, et un mémoire enregistré le 28 novembre 2024, M. A B, représentée par la SELARL Lelong Duclos Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 mai 2022 et l'arrêté du 27 mai 2022 par lesquels le maire de la commune de Béruges lui a infligé une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de deux jours ;
2°) d'enjoindre à la commune de Béruges de tirer toutes conséquences de cette annulation en lui reversant le salaire correspondant aux deux jours de retenue, les cotisations correspondantes et en supprimant de son dossier individuel les pièces afférentes à la sanction ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Béruges la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-la décision et l'arrêté attaqués sont insuffisamment motivés ;
-ils ont été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence d'information préalable du droit qu'il avait de garder le silence lors de son entretien du 4 mai 2022 ;
-ils sont entachés d'une erreur d'appréciation dès lors que l'autorité territoriale privilégie à tort la version de son collègue concernant leur violente altercation du 7 avril 2022, et qu'elle était informée de l'attitude belliqueuse de son collègue depuis plusieurs années, l'ayant conduit à abandonner la responsabilité des services techniques en 2016 puis en 2020 ;
-la sanction d'exclusion temporaire de deux jours, est, en tout état de cause, disproportionnée aux faits qui lui sont reprochés, dès lors qu'il n'avait jamais auparavant fait l'objet d'une sanction disciplinaire, que son professionnalisme était reconnu par la commune et qu'il avait alerté la collectivité à de multiples reprises sur les tensions existantes au sein des services techniques.
Par des mémoires en défense enregistrés les 13 septembre 2023 et 2 mai 2024, et un mémoire enregistré le 15 janvier 2025, non communiqué, la commune de Béruges, représentée par la SCP Ten France, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 4 août 2022 sous le n° 2201923, et un mémoire enregistré le 30 septembre 2024, M. A B, représentée par la SELARL Lelong Duclos Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er juin 2022 par laquelle le maire de la commune de Béruges a rejeté sa demande de protection fonctionnelle ;
2°) de condamner la commune de Béruges à lui verser la somme totale de 20 000 euros en réparation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence du fait du harcèlement moral qu'il a supporté ;
3°) d'enjoindre à la commune de Béruges, à titre principal, de lui octroyer la protection fonctionnelle dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Béruges la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 134-5 et L. 134-6 du code général de la fonction publique dès lors qu'elle a été prise sur le fondement erroné de la loi du 13 juillet 1983 qui n'était plus en vigueur le 1er juin 2022 ;
- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur la seule circonstance qu'une sanction disciplinaire a été prise à son encontre, alors que cette dernière est elle-même illégale, en raison de son insuffisante motivation, de l'erreur d'appréciation qu'elle révèle et de son caractère disproportionné ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il a été victime de harcèlement moral de la part de ses collègues, sans que la commune ne soit intervenue pour le protéger malgré ses alertes, et qu'il n'a pas commis de faute d'une particulière gravité lors de l'événement du 7 avril 2022 ;
- il est fondé à demander la réparation des préjudices qu'il a subis compte tenu de son syndrome dépressif évolutif reconnu imputable au service par un arrêté du 15 avril 2022, causé par le climat de menaces pesant sur lui au travail, à raison d'un montant de 15 000 euros au titre de son préjudice moral et de 5 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d'existence.
Par un mémoire enregistré le 13 septembre 2023, et un mémoire enregistré le 30 octobre 2024, non communiqué, la commune de Béruges, représentée par la SCP Ten France, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
III. Par une requête enregistrée le 27 septembre 2022 sous le n° 2202381 et un mémoire enregistré le 28 novembre 2024, M. A B, représentée par la SELARL Lelong Duclos Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2022 par lequel le maire de la commune de Béruges, annulant et remplaçant l'arrête du 27 mai 2022, lui a infligé une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de deux jours ;
2°) d'enjoindre à la commune de Béruges de tirer toutes conséquences de cette annulation en lui reversant le salaire correspondant aux deux jours de retenue, les cotisations correspondantes et en supprimant de son dossier individuel les pièces afférentes à la sanction ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Béruges la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
-il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence d'information préalable du droit qu'il avait de garder le silence lors de son entretien du 4 mai 2022 ;
-il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que l'autorité territoriale privilégie à tort la version de son collègue concernant leur violente altercation du 7 avril 2022, et qu'elle était informée de l'attitude belliqueuse de son collègue depuis plusieurs années, l'ayant conduit à abandonner la responsabilité des services techniques en 2016 puis en 2020 ;
-la sanction d'exclusion temporaire de deux jours, est, en tout état de cause, disproportionnée aux faits qui lui sont reprochés, dès lors qu'il n'avait jamais auparavant fait l'objet d'une sanction disciplinaire, que son professionnalisme était reconnu par la commune et qu'il avait alerté la collectivité à de multiples reprises sur les tensions existantes au sein des services techniques.
La requête a été communiquée à la commune de Béruges, qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la Constitution ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 86-677 du 18 septembre 1989 ;
- le code de justice administrative.
Les affaires enregistrées sous les numéros 2201847 et 202381, qui relèvent du 10° de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, ont été renvoyées en formation collégiale en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gibson-Théry,
- les conclusions de Mme Thèvenet-Bréchot, rapporteure publique,
- les observations de Me Duclos représentant M. B, et de Me Leeman représentant la commune de Béruges.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n°s 2201847, 2201923 et 2202381, présentées par M. B, concernent la situation d'un même fonctionnaire. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. B a été recruté à compter du 1er mai 2004 par la commune de Béruges (86) en qualité d'agent d'entretien, puis a été titularisé le 1er mai 2005. Il a été nommé, au 1er septembre 2012, adjoint technique territorial principal de deuxième classe, puis a occupé les fonctions de responsable des services techniques de la commune au cours de l'année 2015. Il a subi un accident de service qui l'a contraint à être placé en congé imputable au service du 22 mai 2018 au 29 mars 2019, puis, en raison d'une rechute imputable au service, du 29 avril 2019 au 20 octobre suivant. Il a tout d'abord repris son activité à temps partiel thérapeutique à partir du 21 octobre 2019, puis à temps plein à compter du 20 janvier 2020. M. B encadrait alors deux agents. Face aux difficultés relationnelles qu'il a rencontrées avec ses collègues et au manque de soutien, selon lui, de la part des élus et de sa hiérarchie à cet égard, il a demandé à être déchargé de la responsabilité des services techniques, par un courrier du 11 juin 2020. Après le départ du service de l'une des collègues de M. B en mai 2021, une nouvelle responsable des services techniques a été nommée en septembre 2021, encadrant ainsi M. B et son collègue, dont les relations sont restées tendues. Une altercation violente a eu lieu entre eux le 7 avril 2022, chacun estimant avoir été agressé physiquement par l'autre. Par sa requête enregistrée sous le n° 2201847, M. B demande l'annulation de l'arrêté n° 2022/73 du 27 mai 2022 par lequel il s'est vu infliger une sanction disciplinaire d'exclusion de deux jours à raison de ces faits, et de la décision du 20 mai 2022. Par un arrêté n° 2022/93 du 21 juillet 2022, dont M. B demande l'annulation par sa requête enregistrée sous le n° 2202381, le maire de la commune a annulé et remplacé l'arrêté précédent en prenant la même sanction d'exclusion disciplinaire d'exclusion de deux jours à raison des mêmes faits. Enfin, par un courrier du 27 avril 2022, M. B a demandé à la commune de Béruges de lui octroyer la protection fonctionnelle sur le fondement de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, et de réparer le préjudice qu'il estimait avoir subi. Par un courrier du 1er juin 2022, le maire de la commune de Béruges a rejeté sa demande de protection fonctionnelle au motif que M. B avait commis une faute ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire. Par sa requête enregistrée sous le n° 2201923, M. B demande l'annulation de ce refus de protection fonctionnelle et l'indemnisation de ses préjudices pour une somme totale de 20 000 euros.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté n° 2022/93 du 21 juillet 2022 :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 532-5 du code général de la fonction publique : " Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe de l'échelle des sanctions de l'article L. 533-1 ne peut être prononcée à l'encontre d'un fonctionnaire sans consultation préalable de l'organisme siégeant en conseil de discipline au sein duquel le personnel est représenté. / L'avis de cet organisme et la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés ".
4. Il résulte des termes mêmes de l'arrêté contesté qu'il a été pris sur le fondement du code général de fonction publique et du décret n° 86-677 du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux. Il précise, au titre de ses motifs de fait, qu'il est reproché à M. B son implication dans une violente altercation le 7 avril 2022, avec son collègue M. D, au cours de laquelle des coups ont été portés. Dans ces conditions, les considérations de droit et de fait sur lesquelles l'arrêté en litige est fondé ont été portées à la connaissance de M. B avec suffisamment de précision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 532-5 du code général de la fonction publique manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, de l'article 9 de la Déclaration de 1789 résulte le principe selon lequel nul n'est tenu de s'accuser, dont découle le droit de se taire. Ces exigences s'appliquent non seulement aux peines prononcées par les juridictions répressives mais aussi à toute sanction ayant le caractère d'une punition. De telles exigences impliquent que l'agent public faisant l'objet d'une procédure disciplinaire ne puisse être entendu sur les manquements qui lui sont reprochés sans qu'il soit préalablement informé du droit qu'il a de se taire. A ce titre, il doit être avisé, avant d'être entendu pour la première fois, qu'il dispose de ce droit pour l'ensemble de la procédure disciplinaire. Dans le cas où l'autorité disciplinaire a déjà engagé une procédure disciplinaire à l'encontre d'un agent et que ce dernier est ensuite entendu dans le cadre d'une enquête administrative diligentée à son endroit, il incombe aux enquêteurs de l'informer du droit qu'il a de se taire. En revanche, sauf détournement de procédure, le droit de se taire ne s'applique ni aux échanges ordinaires avec les agents dans le cadre de l'exercice du pouvoir hiérarchique, ni aux enquêtes et inspections diligentées par l'autorité hiérarchique et par les services d'inspection ou de contrôle, quand bien même ceux-ci sont susceptibles de révéler des manquements commis par un agent. Dans le cas où un agent sanctionné n'a pas été informé du droit qu'il a de se taire alors que cette information était requise en vertu de ces principes, cette irrégularité n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la sanction prononcée que lorsque, eu égard à la teneur des déclarations de l'agent public et aux autres éléments fondant la sanction, il ressort des pièces du dossier que la sanction infligée repose de manière déterminante sur des propos tenus alors que l'intéressé n'avait pas été informé de ce droit.
6. Il ressort des motifs de l'arrêté en litige qu'il repose sur le seul motif de fait selon lequel il est reproché à M. B " son implication dans une violente altercation avec coups portés avec son collègue " le 7 avril 2022. Si le requérant a été convoqué à un entretien préalable à la sanction qui lui a été infligée qui s'est tenu le 4 mai 2022 sans avoir été averti, au plus tard au début de l'entretien, du droit qu'il avait de se taire, cette irrégularité est, en l'espèce, sans influence sur la légalité de la sanction attaquée, dès lors qu'il ressort du compte-rendu de cet entretien que M. B a affirmé avec constance, comme dans ses écritures, avoir été la victime de l'agression qu'il aurait subie de la part de son collègue le 7 avril 2022, qui l'aurait obligé à se défendre. Dans ces conditions, l'arrêté en litige, en vertu duquel les deux collègues se sont conjointement agressés le 7 avril 2022, ne peut être regardé comme reposant de manière déterminante sur les déclarations contraires de M. B. Par suite, le moyen tiré de ce que le requérant n'a pas été informé, dans le cadre de la procédure disciplinaire, du droit qu'il avait de se taire doit être écarté.
7. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 530-1 du code général de la fonction publique : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. () ". L'article L. 533-1 du même code dispose que : " Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : / 1° Premier groupe : / () c) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
8. D'autre part, l'autorité de la chose jugée appartenant aux décisions des juges répressifs devenues définitives qui s'impose aux juridictions administratives s'attache à la constatation matérielle des faits mentionnés dans le jugement et qui sont le support nécessaire du dispositif.
9. Il ressort des pièces du dossier qu'une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de deux jours, appartenant au premier groupe de sanctions, a été infligée à M. B par un arrêté n° 2022/93 du 21 juillet 2022 retirant l'arrêté précédent du 27 mai 2022. Les motifs de fait sur lesquels il repose, qui tiennent à la participation de l'intéressé à une violente altercation avec l'un de ses collègues le 7 avril 2022, ont été préalablement exposés de manière détaillée dans un courrier du 20 mai 2022 du maire de la commune de Béruges adressé à M. B. Les deux agents ont par la suite été sanctionnés par une exclusion temporaire de fonctions de deux jours.
10. Si M. B soutient que l'autorité territoriale a retenu, à tort, la version de l'altercation donnée par son collègue en les punissant par une sanction disciplinaire similaire alors que son collègue aurait initié la bagarre en le bousculant par l'épaule derrière le camion, ayant mal pris que M. B referme la porte de l'atelier trois fois de suite alors qu'il l'avait fait machinalement, il ressort toutefois des pièces du dossier que, par un arrêt du 11 mars 2024 devenu définitif, la cour d'appel de Poitiers a confirmé la déclaration de culpabilité de M. B dans l'altercation du 7 avril 2022 prononcée par le tribunal de police le 12 décembre 2022. A cet égard, il ressort du jugement du 12 décembre 2022 que, sur fond de conflit latent depuis plusieurs mois, M. B a provoqué M. D en fermant à deux reprises la porte de l'atelier, qui a alors bousculé M. B par l'épaule, et que la lutte qui s'en est suivie témoigne d'une volonté réciproque d'en découdre, confirmée par les déclarations de la responsable du service, et par les circonstances que M. B a répliqué au coup d'épaule de son collègue, l'a encerclé de ses jambes une fois au sol et a couru récupérer un bâton après avoir été séparés par leur responsable. Dès lors, les faits de provocation de son collègue par M. B et de participation active, et non uniquement dans un but défensif, à la bagarre qui a ensuite eu lieu, matériellement établis, justifient qu'une sanction disciplinaire ait été infligée par le maire de la commune de Béruges à M. B, sans qu'il puisse utilement se prévaloir de sa surdité partielle, dont il n'avait au demeurant pas fait état lors de son audition par la gendarmerie, le 7 avril 2022, dans le cadre de l'instruction des plaintes réciproques déposées par lui et son collègue l'un contre l'autre, et au titre de laquelle il doit être, en tout état de cause et d'après le certificat médical qu'il produit, appareillé.
11. En quatrième lieu, si M. B soutient que la sanction d'exclusion temporaire de deux jours est disproportionnée au regard des faits qui lui sont reprochés, compte tenu du contexte hostile de travail dans lequel il évolue causé par ses deux collègues, sans soutien de la part des élus et de l'autorité territoriale malgré les nombreuses alertes à ce sujet qu'il leur a communiquées, il ressort des pièces du dossier qu'il a été déchargé, à chacune de ses deux demandes, de la responsabilité des services techniques, en 2016 puis, en 2020, après avoir repris son activité à temps plein depuis peu. A cet égard, la commune, tant en 2016 qu'en 2020, a, d'une part, sollicité le centre de gestion pour l'aider à mettre fin aux tensions constatées dans les services techniques, et, d'autre part, est intervenue pour tenter de remédier à la souffrance exprimée par M. B, en recueillant ses doléances et en instaurant, en 2016, un mode de fonctionnement tenant compte des alertes de l'intéressé quant aux pressions qu'il estimait subir de la part des habitants de la commune et des élus de la Municipalité. Le maire de la commune, ainsi qu'il résulte de son courrier électronique du 2 avril 2020, a reçu en entretien, en présence, par téléphone, de l'élu en charge des services techniques, M. B, qui a pu lui faire part des dysfonctionnements des services techniques, selon lui imputables à ses collègues, alors placés sous sa responsabilité, et des difficultés qu'il éprouvait à faire exécuter ses consignes. Parallèlement, il ressort d'un courrier électronique du 30 mars 2022 que le maire a aussi recueilli le témoignage de M. D qui s'est plaint de se sentir surveillé par M. B. En outre, il ressort du témoignage du 29 juin 2023 de M. C, premier adjoint du maire, que lors d'un rendez-vous du 11 juin 2020, M. B, qui se plaignait alors du harcèlement subi par ses deux collègues, présentait " un sentiment de persécution ", sans qu'aucun élément tangible n'ait pu être dégagé malgré la longueur de l'entretien. Après avoir été à nouveau déchargé de la responsabilité des services techniques en juin 2020, la secrétaire de mairie et M. C ont réuni chaque début de semaine les agents du service pour répartir les tâches entre eux afin qu'ils travaillent le moins possible ensemble pour éviter les conflits. Dans ces conditions, bien que M. B estime que les mesures prises n'ont pas permis de résoudre les difficultés qu'il rencontrait avec ses collègues, il ne peut sérieusement soutenir, malgré la souffrance au travail dont il fait état, n'avoir reçu aucun soutien de la part des élus et de l'autorité territoriale. Par ailleurs, si M. B allègue avoir été victime d'un acte de malveillance en raison du desserrage des boulons des roues du tracteur qu'il devait utiliser, constaté le 2 juillet 2020, ni la matérialité de cet événement, qui n'a pas même pu donner lieu à dépôt de plainte malgré la démarche en ce sens par M. B le 4 août suivant, ni le caractère intentionnel de l'acte de malveillance invoqué, ne sont établis. Par suite, et alors que les multiples attestations produites sur la qualité du travail de M. B et ses qualités humaines sont sans influence sur la matérialité des faits qui lui ont été reprochés en 2022, la sanction de deux jours d'exclusion temporaire qui lui a été infligée ne paraît pas, par elle-même, disproportionnée à la gravité de ces faits.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B à l'encontre de l'arrêté n° 2022/93 du 21 juillet 2022 doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision du 20 mai 2022 et l'arrêté n° 2022/73 du 27 mai 2022 :
13. Le juge de l'excès de pouvoir ne peut, en principe, déduire d'une décision juridictionnelle rendue par lui-même ou par une autre juridiction qu'il n'y a plus lieu de statuer sur des conclusions à fin d'annulation dont il est saisi, tant que cette décision n'est pas devenue irrévocable. Il en va toutefois différemment lorsque, faisant usage de la faculté dont il dispose dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice, il joint les requêtes pour statuer par une même décision, en tirant les conséquences nécessaires de ses propres énonciations. Dans cette hypothèse, toutes les parties concernées seront, en cas d'exercice d'une voie de recours, mises en cause et celle à laquelle un non-lieu a été opposé, mise à même de former, si elle le souhaite, un recours incident contre cette partie du dispositif du jugement. A ce titre, lorsque le juge est parallèlement saisi de conclusions tendant, d'une part, à l'annulation d'une décision et, d'autre part, à celle de son retrait et qu'il statue par une même décision, il lui appartient de se prononcer sur les conclusions dirigées contre le retrait puis, sauf si, par l'effet de l'annulation qu'il prononce, la décision retirée est rétablie dans l'ordonnancement juridique, de constater qu'il n'y a plus lieu pour lui de statuer sur les conclusions dirigées contre cette dernière.
14. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 20 mai 2022 et l'arrêté n° 2022/73 du 27 mai 2022 infligent à M. B une même sanction disciplinaire et ont ainsi la même portée. Dès lors, il résulte du rejet des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté n° 2022/93 du 21 juillet 2022, qui procède au retrait de l'arrêté précité du 27 mai 2022, qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté n° 2022/73 du 27 mai 2022 et de la décision du 20 mai 2022.
En ce qui concerne la décision du 1er juin 2022 :
15. En premier lieu, il ressort des termes de la décision contestée qu'elle est motivée en droit, bien qu'elle vise la loi n° 86-634 du 13 juillet 1983 au lieu des dispositions en vigueur du code général de la fonction publique, et en fait, dès lors qu'elle énonce l'impossibilité de bénéficier de la protection fonctionnelle pour un agent ayant commis une faute personnelle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ne peut qu'être écarté.
16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 134-5 du code général de la fonction publique : " La collectivité publique est tenue de protéger l'agent public contre les atteintes volontaires à l'intégrité de sa personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. / Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ".
17. Ainsi que l'invoque le requérant lui-même, les dispositions de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ont été codifiées au sein du code général de la fonction publique, en particulier s'agissant du 3e alinéa de son article 11, repris à l'article L. 134-5 de ce code. Une telle erreur de plume étant sans influence sur la légalité de la décision en litige, le moyen tiré de ce qu'elle serait entachée d'une erreur de droit à raison de cette référence erronée doit être écarté.
18. En troisième lieu, en raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l'acte annulé et de celles dont l'acte annulé constitue la base légale. Il incombe au juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il est saisi de conclusions recevables dirigées contre de telles décisions consécutives, de prononcer leur annulation par voie de conséquence, le cas échéant en relevant d'office un tel moyen qui découle de l'autorité absolue de chose jugée qui s'attache à l'annulation du premier acte.
19. La décision de refus de protection fonctionnelle contestée n'a pas été prise en application de la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de deux jours en litige, laquelle ne constitue pas davantage la base légale du refus de protection fonctionnelle, dès lors que la demande de protection fonctionnelle du 27 avril 2022 de M. B est fondée sur la situation de harcèlement moral qu'il allègue. Dans ces conditions, l'exception d'illégalité invoquée est inopérante.
20. En quatrième lieu, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.
21. Il résulte du contexte de travail de M. B décrit aux points 9 à 11 du présent jugement qu'il ne soumet pas, malgré les conséquences personnelles de ses relations conflictuelles avec ses collègues, attestées par son épouse, son fils et sa fille, des éléments permettant de faire présumer que ses collègues de travail, notamment M. D, l'ont harcelé moralement. A cet égard, l'identité de l'auteur de l'acte de malveillance allégué, tenant au dévissage des roues du tracteur, dont la matérialité n'est au demeurant pas établie, ne ressort pas des pièces du dossier. En outre, la circonstance que M. B ait retrouvé un préservatif dans le véhicule de service, à supposer même que l'un de ses collègues l'y ait déposé, n'est pas de nature à constituer un acte de harcèlement à son encontre, ni la circonstance que M. D ait mal exécuté des prestations lors d'un chantier alors qu'il n'agissait pas même, à cette période, sous la responsabilité de M. B. Enfin, les allégations du requérant relatives à la résistance de ses collègues aux consignes qu'il a pu leur communiquer en tant que responsable des services techniques ne sont corroborées par aucune pièce du dossier, hormis ses propres alertes aux élus, dont l'absence de soutien invoquée est contredite par les mesures mises en place pour remédier aux difficultés rencontrées par M. B. Dans ces conditions, en dépit de la souffrance au travail exprimée par M. B, celle-ci ne permet pas, à elle seule, d'établir le harcèlement moral dont il se plaint. Par suite, et alors que la faute commise par M. B en participant activement à l'altercation du 7 avril 2022 est établie, le maire de la commune de Béruges n'a pas entaché la décision du 1er juin 2022 tendant au refus de protection fonctionnelle opposé à la demande de M. B d'une erreur d'appréciation.
22. En sixième lieu, si M. B invoque l'imputabilité au service du syndrome dépressif constaté par son médecin traitant par un certificat médical du 1er août 2022, il résulte de l'instruction que le certificat médical initial du 7 avril 2022, sur lequel la commune s'est fondée pour placer M. B en congé d'invalidité temporaire imputable au service à compter de cette date, constate seulement les traumatismes, facial, de l'épaule et cervical subis par M. B. Les arrêts de travail subséquents précisent, en tout état de cause, que les traumatismes ont été causés par l'agression subie sur le lieu de travail " selon les dires du patient ", à l'instar du syndrome dépressif en découlant.
23. Il résulte de ce qui précède que la demande de réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait du harcèlement moral allégué, non établi, à raison d'un préjudice moral de 15 000 euros et de troubles dans ses conditions d'existence à hauteur de 5 000 euros, doit être rejetée.
24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et d'indemnisation présentées par M. B dans le cadre des instances n° 2202381 et n° 2201923 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'il a présentées à fin d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de la commune de Béruges, qui n'est pas, dans les présentes instances, la partie perdante, les sommes que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Béruges sur le fondement des mêmes dispositions.
DECIDE :
Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 2201847 de M. B.
Article 2 : Les requêtes n° 2202381 et n° 2201923 de M. B sont rejetées.
Article 3 : Les conclusions de la commune de Béruges présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Béruges.
Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
M. Tiberghien, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 février 2025.
La rapporteure,
Signé
S. GIBSON-THERY
Le président,
Signé
P. CRISTILLE
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
N°s 2201847, 2201923, 2202381
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026