jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2201892 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DREVET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 juillet 2022 et des mémoires enregistrés les 10 février 2023 et 22 avril 2024, M. A C, M. H C, Mme B C, Mme E C, M. F D et Mme G C, représentés par Me Drevet, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2022 du préfet de la Charente-Maritime portant cessibilité des emprises foncières nécessaires à la réalisation du projet d'action foncière pour le développement de l'offre de logement social sur la commune de Châtelaillon-Plage ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté du 10 mai 2022 a été signé par une autorité incompétente ;
- il est illégal à raison de l'illégalité entachant l'arrêté portant déclaration d'utilité publique du 6 mars 2020 dès lors que ce dernier a été signé par une autorité incompétente et que l'opération en cause est dépourvue d'utilité publique.
Par des mémoires en défense enregistrés le 7 mars 2023 et le 9 juillet 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, l'établissement public foncier de Nouvelle-Aquitaine, représenté par Me Ramdenie, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 septembre 2023, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable en l'absence de production de l'arrêté du 6 mars 2020 ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation
- le code de l'expropriation pour cause d'utilité publique ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dumont,
- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,
- et les observations de Me Drevet, représentant les requérants, et celles de Me Bourdin, représentant l'établissement public foncier de Nouvelle-Aquitaine.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Châtelaillon-Plage, qui doit atteindre le taux de 25 % de logements locatifs sociaux par rapport aux résidences principales à l'horizon 2025 en application de l'article 55 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 dite " solidarité et renouvellement urbain (SRU) ", n'avait réalisé sur la période 2014-2016 que 24 logements sociaux pour un objectif fixé pour cette période à 96 habitations de ce type. En conséquence, en application des dispositions de l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation, le préfet de la Charente-Maritime a, par un arrêté du 22 décembre 2017, prononcé la carence de la commune de Châtelaillon-Plage et est devenu, en application de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme, compétent pour exercer le droit de préemption urbain, qu'il a délégué à l'Etablissement Public Foncier de Nouvelle-Aquitaine (EPFNA) par un arrêté du 26 janvier 2018. Le 30 mai 2018, deux conventions ont été signées entre l'Etat, la commune, la communauté d'agglomération de la Rochelle et l'EPFNA, destinées à fixer les modalités techniques et financières d'intervention et d'acquisition foncière par ce dernier. Par délibérations des 21 novembre 2018 et 23 janvier 2019, le conseil municipal de la commune de Châtelaillon-Plage a notamment décidé de demander à l'EPFNA d'engager une procédure d'expropriation de cinq ensembles fonciers. Par un arrêté du 26 juillet 2019, le préfet de la Charente-Maritime a ordonné l'ouverture d'une enquête publique préalable à la déclaration d'utilité publique (DUP) et d'une enquête parcellaire conjointe. Le commissaire-enquêteur a rendu son rapport et ses conclusions le 19 septembre 2019. Le préfet a alors, par un arrêté du 6 mars 2020, déclaré d'utilité publique le " projet d'action foncière pour le développement de l'offre de logement social sur la commune de Châtelaillon-Plage " et autorisé l'EPFNA à acquérir à l'amiable ou par voie d'expropriation les emprises nécessaires à la réalisation de ce projet. Enfin, par un arrêté du 10 mai 2022, le préfet de la Charente-Maritime a déclaré cessibles les emprises foncières nécessaires à la réalisation du projet précité. Par la présente requête, les requérants qui sont propriétaires de parcelles visées par cet arrêté de cessibilité, en demandent l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'incompétence :
2. Par un arrêté du 27 décembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, M. Molager secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, a reçu délégation du préfet de la Charente-Maritime pour signer tous les arrêtés, à l'exception de certaines matières n'incluant pas l'expropriation. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte litigieux doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 6 mars 2020 portant déclaration d'utilité publique :
3. L'arrêté de cessibilité, l'acte déclaratif d'utilité publique sur le fondement duquel il a été pris et la ou les prorogations dont cet acte a éventuellement fait l'objet constituent les éléments d'une même opération complexe. Dès lors, à l'appui de conclusions dirigées contre l'arrêté de cessibilité, un requérant peut utilement se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'acte déclaratif d'utilité publique ou de l'acte le prorogeant, y compris des vices de forme et de procédure dont ils seraient entachés, quand bien même le requérant aurait vu son recours en excès de pouvoir contre la déclaration d'utilité publique ou l'acte la prorogeant, être rejeté.
4. En premier lieu, par un arrêté du 25 novembre 2019, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, M. Pierre-Emmanuel Portheret, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté du 6 mars 2020 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a déclaré d'utilité publique le projet d'action foncière visant à développer le logement social sur la commune de Châtelaillon-Plage, a reçu délégation du préfet de la Charente-Maritime pour signer tous les arrêtés à l'exception de certaines matières n'incluant pas l'expropriation. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 6 mars 2020 doit être écarté.
5. En second lieu, il appartient au juge, lorsqu'il doit se prononcer sur le caractère d'utilité publique d'une opération nécessitant l'expropriation d'immeubles ou de droits réels immobiliers, de contrôler successivement qu'elle répond à une finalité d'intérêt général, que l'expropriant n'était pas en mesure de réaliser l'opération dans des conditions équivalentes sans recourir à l'expropriation, notamment en utilisant des biens se trouvant dans son patrimoine et, enfin, que les atteintes à la propriété privée, le coût financier et, le cas échéant, les inconvénients d'ordre social ou économique que comporte l'opération ne sont pas excessifs eu égard à l'intérêt qu'elle présente.
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la constitution d'une réserve foncière vise à permettre, à terme, la construction de près de 200 logements dont au moins 126 logements sociaux dans une commune qui a une population plutôt âgée et un parc important de résidences secondaires peu occupées, projet qui s'inscrit dans un partenariat associant la ville, l'EPFNA et les services de l'Etat depuis plusieurs années, et qui a notamment conduit à la signature d'une convention quadripartite avec la communauté d'agglomération de la Rochelle le 30 mai 2018, et à la signature d'un contrat de mixité sociale le 12 décembre 2018. Le projet contribuera au développement du parc locatif social, facilitera l'accueil de nouveaux ménages afin de dynamiser la ville dont la population est vieillissante, permettra la réalisation d'opérations cohérentes et d'ensemble et accentuera la mixité sociale. Ainsi, l'opération d'acquisition du foncier en vue de ce projet de construction de nouveaux logements, dont la majorité sera à visée sociale, répond à une finalité d'intérêt général. Et la circonstance que le constat de carence prononcé le 22 décembre 2017 a été levé par un arrêté préfectoral du 11 décembre 2020 constatant l'atteinte des objectifs de construction de logements sociaux sur la période 2016-2019 n'a pas pour effet de retirer au projet sa finalité d'intérêt général, dès lors que l'objectif pour 2025 n'était pas atteint, et que le besoin en logements sociaux est reconnu par les documents d'urbanisme.
7. D'autre part, le territoire de la commune de Châtelaillon-Plage est en grande tension foncière, en raison de la présence de plusieurs sites naturels protégés, Natura 2000 (pertuis Charentais et marais de Rochefort) et zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF), des risques de submersion marine sur certains secteurs identifiés de ce fait comme inconstructibles par le plan de prévention des risques littoraux (PPRL) et des contraintes de la " loi littoral ". Les cinq sites concernés par le projet de constructions de logements en densification de l'enveloppe urbaine ont été retenus comme exempts de ces multiples contraintes et les requérants n'établissent pas que d'autres terrains constructibles, d'une qualité et d'une superficie équivalentes, auraient été disponibles pour réaliser l'opération. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'il aurait existé des alternatives à l'expropriation de terrains privés doit être écarté.
8. Enfin, si les requérants font valoir que l'expropriation aura pour effet de faire disparaître des jardins privés qui constituent un poumon vert au sein d'une zone urbanisée, cet inconvénient n'apparaît pas excessif au regard du projet en cause, lequel permet également d'éviter une artificialisation des sols lié à l'étalement urbain en cas de report des constructions au-delà du périmètre actuellement urbanisé de la commune. Par suite, eu égard à l'intérêt général qui s'attache à la réalisation de l'opération en litige, cet inconvénient n'est pas de nature à lui retirer son caractère d'utilité publique.
9. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'illégalité de l'arrêté du 6 mars 2020 portant déclaration d'utilité publique entache la légalité de l'arrêté du 10 mai 2022, déclarant cessibles les emprises foncières nécessaires à la réalisation du projet précité.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Charente-Maritime, que les conclusions des requérants à fin d'annulation de l'arrêté du 10 mai 2022 doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat sur ce fondement.
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme de 1 200 euros que l'établissement public foncier de Nouvelle Aquitaine réclame au titre de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : M. A C, M. H C, Mme B C, Mme E C, M. F D et Mme G C verseront une somme globale de 1 200 euros à l'établissement public foncier de Nouvelle-Aquitaine en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, premier dénommé, à l'établissement public foncier de Nouvelle Aquitaine et à la ministre du partenariat avec les territoires et de la décentralisation.
Copie en sera adressée au préfet de la Charente-Maritime et à la commune de Châtelaillon-Plage.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Bris, présidente,
Mme Dumont, première conseillère,
Mme Balsan-Jossa, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
La rapporteure,
Signé
G. DUMONT
La présidente,
Signé
I. LE BRIS
Le greffier,
Signé
S. GAGNAIRE
La République mande et ordonne à la ministre du partenariat avec les territoires et de la décentralisation en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026