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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201901

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201901

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201901
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationétrangers JU
Avocat requérantCAZANAVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 août 2022, M. D C, représenté par Me Cazanave, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2022 par lequel la préfète de la Charente l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Charente de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, si l'aide juridictionnelle ne lui est pas accordée, de lui verser cette somme à titre personnel.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Des pièces, enregistrées le 18 août 2022, ont été produites par la préfète de la Charente, qui n'a produit aucune observation en défense.

Par une décision du 9 septembre 2022, M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme A pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-13-2 et R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après le rapport de Mme A, ont été entendues au cours de l'audience publique les observations de M. C, assisté de M. B, interprète, qui maintient ses écritures, insiste sur les risques encourus en cas de retour en Afghanistan et indique vouloir déposer une demande de réexamen de sa situation au regard de l'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant afghan né le 1er janvier 1994, déclare être entré en France le 25 novembre 2020. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 16 décembre 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 12 mai 2022. Par un arrêté du 1er juillet 2022 dont il demande l'annulation, la préfète de la Charente l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 septembre 2022, il n'y a plus lieu de statuer ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

3. Si M. C soutient que la préfète de la Charente a pris la décision litigieuse en se fondant sur la seule appréciation de l'OFPRA et de la CNDA, caractérisant un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que l'ensemble de la situation personnelle du requérant a été prise en compte et que la préfète de la Charente ne s'est pas crue à tort en situation de compétence liée pour prendre les mesures contestées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. M. C soutient qu'il a quitté son pays d'origine à la suite de menaces émanant des Talibans et soutient être toujours recherché. Il ajoute être parfaitement intégré sur le territoire français en raison de sa participation à des activités bénévoles au sein de l'association Audacia et de sa volonté d'apprendre la langue française. Cependant, il n'établit pas la réalité de ces activités par la seule production d'une " note sociale " témoignant de sa volonté de s'intégrer sur le territoire français. En outre, il ressort des pièces du dossier et des précisions apportées à l'audience que sa femme et son fils sont demeurés en Afghanistan, pays où il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans. Par suite, alors que sa demande d'asile a fait l'objet d'un rejet définitif, la préfète de la Charente n'a pas entaché sa décision portant obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

5. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant fixation du pays de destination par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

6. En second lieu, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

7. M. C soutient que son retour en Afghanistan l'exposerait personnellement à des risques de traitements inhumains et dégradants par les Talibans dont il faisait l'objet avant son arrivée en France. Toutefois, il n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de ce risque. Au demeurant, la demande d'asile de M. C a été rejetée par une décision de l'OFPRA, confirmée par la CNDA et le requérant ne fait état d'aucun élément nouveau dont il n'aurait pas pu faire préalablement état. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 1er juillet 2022, par lequel la préfète de la Charente a obligé M. C à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination, doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à la préfète de la Charente.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 15 septembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé

S. A

La République mande et ordonne à la préfète de la Charente en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier e chef,

La greffière,

N. COLLET

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