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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201904

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201904

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201904
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre - JU
Avocat requérantSELARL RENAISSANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 août 2022, M. B A, représenté par Me Descamps, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée 48 SI du 10 mai 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'annuler les décisions portant retrait de points à la suite des infractions commises les 28 février 2016, 21 mai 2017, 9 août 2017, 1er octobre 2017, 12 février 2018, 21 septembre 2018, 26 septembre 2018, 14 juin 2020 et 13 octobre 2020 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points retirés de son permis de conduire dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'administration n'établit pas qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A demande au tribunal d'annuler la décision référencée 48 SI du 10 mai 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que les décisions portant retrait de points à la suite des infractions commises les 28 février 2016, 21 mai 2017, 9 août 2017, 1er octobre 2017, 12 février 2018, 21 septembre 2018, 26 septembre 2018, 14 juin 2020 et 13 octobre 2020.

Sur le non-lieu à statuer partiel :

2. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral de M. A que les points qui lui avaient été retirés à la suite des infractions commises les 12 février 2018, 26 septembre 2018 et 13 octobre 2020 lui ont été restitués respectivement les 3 janvier 2019, 26 septembre 2018 et 10 novembre 2020. Par suite, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre ces décisions de retraits de points sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions restant en litige :

3. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. () Lorsque le nombre de points est nul, le permis perd sa validité. / La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. () ". Aux termes de l'article L. 223-3 du même code : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. / Quand il est effectif, le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple ou, sur sa demande, par voie électronique. Un décret en Conseil d'Etat précise les conditions d'application du présent alinéa. ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I.-Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II.-Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. ".

4. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

En ce qui concerne les infractions du 9 août 2017, 1er octobre 2017 et 21 septembre 2018 :

5. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet. Lorsque le contrevenant soutient que le paiement est intervenu par la voie du recouvrement forcé et n'est, par suite, pas de nature à apporter la preuve de la réception des avis, il lui appartient d'apporter la preuve, devant le juge du fond, de ce que l'amende a effectivement fait l'objet d'un recouvrement forcé.

6. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral de M. A que les infractions commises les 9 août 2017, 1er octobre 2017 et 21 septembre 2018 ont été constatées par l'intermédiaire d'un radar automatique et que M. A a payé les amendes forfaitaires majorées. Par suite, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le requérant de son obligation de lui délivrer les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route préalablement au paiement de l'amende.

En ce qui concerne les infractions du 28 février 2016, 21 mai 2017 et 14 juin 2020 :

7. Lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de délivrance de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.

8. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral que les infractions commises par M. A les 28 février 2016, 21 mai 2017 et 14 juin 2020 ont donné lieu à des condamnations pénales prononcées respectivement le 15 février 2018 par la cour d'appel de Poitiers, le 14 octobre 2019 par le tribunal de grande instance du Mans et le 26 août 2020 par le tribunal de police de Clermont-Ferrand, devenues définitives. Si le requérant soutient qu'il a formé, par courrier du 18 juillet 2022, opposition contre l'ordonnance pénale du 14 octobre 2019, il n'apporte aucun élément de nature à établir que cette opposition a été regardée comme recevable par l'autorité judiciaire, alors que la condamnation était devenue définitive à cette date. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que l'administration ne lui aurait pas délivré l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant retrait de points à la suite des infractions commises les 12 février 2018, 26 septembre 2018 et 13 octobre 2020.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé

A. THEVENET-BRECHOTLa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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