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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201935

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201935

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201935
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP BCJ

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers a été saisi par l'association l'Oeil d'artiste saint-georgeais d'un recours en excès de pouvoir contre le refus du maire de Saint-Georges-de-Didonne de lui réserver la salle panoramique du centre culturel. Le tribunal a rejeté les fins de non-recevoir soulevées par la commune, estimant que le recours gracieux de l'association valait tentative de conciliation et que la proposition ultérieure d'une autre salle ne constituait pas un retrait de la décision initiale. Sur le fond, le tribunal a annulé la décision du 5 mai 2022 pour insuffisance de motivation, en application des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il a également jugé que le refus méconnaissait les dispositions de l'article L. 2144-3 du code général des collectivités territoriales, la commune n'ayant pas justifié sa décision par des nécessités liées à l'administration des propriétés communales, au fonctionnement des services ou au maintien de l'ordre public.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 29 juillet 2022, le 9 avril 2024 et le 14 mai 2024, l'association l'Oeil d'artiste saint-georgeais, représentée par sa présidente, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 5 mai 2022 par laquelle le maire de Saint-Georges de Didonne lui a refusé sa demande de réservation de la salle panoramique du centre culturel de la commune les mardi et mercredi matin, ensemble le rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Georges-de-Didonne une somme de 1000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 2144-3 du code général des collectivités territoriales ainsi que le principe d'égalité de traitement entre les usagers.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 mars 2024 et le 19 avril 2024, la commune de Saint-Georges-de-Didonne, représentée par Me Brossier conclut au rejet de la requête et demande à ce que soit mis à la charge de l'association la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable ;

- elle a perdu son objet ;

- les autres moyens soulevés par l'association l'Oeil d'artiste saint-georgeais ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duval-Tadeusz,

- les conclusions de Mme Thévenet-Bréchot , rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. L'association l'œil d'artiste saint-georgeais bénéficiait pour ses activités de l'usage de la maison du phare, appartenant à la commune de Saint-Georges-de-Didonne. Le 13 août 2021, la commune a informé l'association de sa décision de mettre fin à cette convention. L'association a alors demandé à la commune la mise à sa disposition, deux demi-journées par semaine, de la salle panoramique du centre culturel de la commune. Par courrier du 5 mai 2022, le maire de la commune de Saint-Georges-de-Didonne a refusé cette demande. Le recours gracieux de l'association en date du 23 mai 2022 a été implicitement rejeté. Par courrier du 22 juillet 2022, le maire de la commune a proposé à l'association requérante la mise à disposition de la " salle Atlantique ", également située dans le centre culturel de la commune, à raison de 3 demi-journées par mois. L'association l'œil d'artiste Saint Georgeais demande l'annulation de la décision du 5 mai 2022.

Sur la fin de non-recevoir tiré de l'absence de tentative de conciliation amiable :

2. La commune de Saint-Georges-de-Didonne soutient que la requête est irrecevable, faute d'avoir été précédée d'une tentative de conciliation amiable, comme il est prévu par le règlement intérieur du centre culturel. Toutefois, il est constant que l'association requérante a déposé un recours gracieux contre la décision initiale de mise à disposition, qui a fait l'objet d'un recours implicite. Dès lors, l'association doit être regardée comme ayant satisfait à la condition de tentative de conciliation. La fin de non-recevoir devra être écartée.

Sur l'exception de non-lieu :

3. La commune de Saint-Georges-de-Didonne doit être regardée comme soutenant que la requête est irrecevable dès lors que la décision du 5 mai 2022 a été retirée par une décision du 22 juillet 2022 préalablement à l'introduction de la requête. Toutefois, il est constant que la décision du 5 mai 2022 porte refus par la commune de mise à disposition de la salle panoramique deux demi-journées par semaine, alors que celle du 22 juillet 2022 porte sur la mise à disposition de la salle atlantique trois demi-jours par mois. Par suite, et alors que la décision du 22 juillet ne retire ni même mentionne la décision du 5 mai 2022, La fin de non-recevoir doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code général des collectivités territoriales : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 7° Refusent une autorisation () ". Et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision "

5. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée ne comporte ni les textes sur lesquels elle se fonde, ni les considérations de droit et de fait qui ont conduit à prendre la décision de refus en litige. Par suite, la décision attaquée est insuffisamment motivée.

6. Aux termes des dispositions de l'article L. 2144-3 du code général des collectivités territoriales : " Des locaux communaux peuvent être utilisés par les associations ou partis politiques qui en font la demande. Le maire détermine les conditions dans lesquelles ces locaux peuvent être utilisés, compte tenu des nécessités de l'administration des propriétés communales, du fonctionnement des services et du maintien de l'ordre public. Le conseil municipal fixe, en tant que de besoin, la contribution due à raison de cette utilisation. Les locaux communaux peuvent également être mis à la disposition des organisations syndicales, dans les conditions prévues à l'article L. 1311-18. " Il résulte de ces dispositions que la mise à disposition d'un local communal à une association ne peut être légalement refusée que pour des motifs tirés des nécessités de l'administration des propriétés communales, du fonctionnement des services et du maintien de l'ordre public et à condition qu'il ne soit pas porté atteinte au principe d'égalité de traitement entre les personnes intéressées.

7. Il ressort des pièces du dossier que la commune de Saint-Georges-de-Didonne a refusé la mise à disposition de la salle panoramique du centre culturel communal, alors même que celle-ci est régulièrement prêtée à d'autres associations, et notamment à des associations sportives ou de création artistique. Si la commune soutient en défense qu'elle a proposé à l'association requérante le prêt d'une autre salle, il n'est pas sérieusement contestable que celle-ci, adaptée à des réunions de petits groupes d'une dizaine de personnes, ne permet pas de recevoir des ateliers artistiques pouvant accueillir une vingtaine de personnes. En outre, il n'est pas contesté que d'autres associations bénéficient de la salle panoramique objet de la demande en litige, alors qu'il n'est pas établi qu'une différence de situation entre ces associations et l'association requérante justifierait que celle-ci soit privée de l'accès à cette salle, ou du moins à des salles susceptibles de convenir à l'activité de l'association requérante. Par suite, le refus opposé à l'association requérante méconnait le principe d'égalité de traitement entre les usagers.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Au regard du motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Georges-de-Didonne de réexaminer la demande de l'association l'œil d'artiste saint georgeais dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et de prendre une décision sur la demande présentée par celle-ci.

Sur les frais de l'instance :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'une ou l'autre partie les sommes demandées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 5 mai 2022 du maire de la commune de Saint-Georges de Didonne est annulée.

Article 2 : il est enjoint au maire de la commune de Saint-Georges-de-Didonne de réexaminer la demande de l'association l'œil d'artiste saint-georgeais dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir.

Article 3 : le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article : Le présent jugement sera notifié à l'association l'oeil d'artiste saint-georgeais et à la commune de Saint-Georges-de-Didonne.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Duval-Tadeusz, première conseillère,

M. Tiberghien, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. DUVAL-TADEUSZ

Le président,

Signé

P. CRISTILLE Le greffier,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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