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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201942

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201942

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201942
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers a rejeté la requête de M. A contestant l'arrêté du 13 mai 2022 par lequel la préfète des Deux-Sèvres a ordonné la saisie définitive de ses armes et munitions. Le tribunal a estimé que la décision n'était pas entachée d'erreur d'appréciation, au regard de l'article L. 312-9 du code de la sécurité intérieure. Il a retenu que le comportement de M. A, condamné pour violences sur ses enfants, présentait un danger grave pour autrui, nonobstant un avis médical favorable. La solution confirme le pouvoir du préfet d'apprécier le danger persistant pour la sécurité publique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 août 2022, ainsi que des pièces complémentaires enregistrées le 25 mai 2023 qui n'ont pas été communiquées, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 mai 2022 par lequel la préfète des Deux-Sèvres a prononcé la saisie définitive de toutes ses armes et munitions.

Il doit être regardé comme soutenant que la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que :

- son état psychologique n'est pas incompatible avec la détention d'armes ;

- la saisie de ses armes le prive d'un loisir pratiqué avec sa famille ;

- il a fait l'objet de deux enquêtes favorables sur sa personnalité.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 décembre 2022, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la sécurité intérieure :

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumont,

- et les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 2 juin 2021, la préfète des Deux-Sèvres a prononcé, sur le fondement de l'article L. 312-7 du code de sécurité intérieure, la remise provisoire à l'autorité administrative des armes et munitions détenues par M. A. Puis, par un arrêté du 13 mai 2022, elle a prononcé la saisie définitive de ses armes et munitions en application de l'article L. 312-9 du code de la sécurité intérieure, a ordonné leur vente aux enchères publiques et lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes et des munitions de toute catégorie. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure : " Si le comportement ou l'état de santé d'une personne détentrice d'armes et de munitions présente un danger grave pour elle-même ou pour autrui, le représentant de l'Etat dans le département peut lui ordonner, sans formalité préalable ni procédure contradictoire, de les remettre à l'autorité administrative, quelle que soit leur catégorie ". Aux termes de l'article L. 312-8 du même code : " L'arme et les munitions faisant l'objet de la décision prévue à l'article L. 312-7 doivent être remises immédiatement par le détenteur, ou, le cas échéant, par un membre de sa famille ou par une personne susceptible d'agir dans son intérêt, aux services de police ou de gendarmerie. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 312-9 de ce code : " La conservation de l'arme, des munitions et de leurs éléments remis ou saisis est confiée pendant une durée maximale d'un an aux services de la police nationale ou de la gendarmerie nationale territorialement compétents. / Durant cette période, le représentant de l'Etat dans le département décide, après que la personne intéressée a été mise à même de présenter ses observations, soit la restitution de l'arme, des munitions et de leurs éléments, soit leur saisie définitive. / Les armes, munitions et leurs éléments définitivement saisis en application du précédent alinéa sont vendus aux enchères publiques. Le produit net de la vente bénéficie aux intéressés. ". Aux termes de l'article R. 312-69 du même code : " Avant de prendre la décision prévue au deuxième alinéa de l'article L. 312-9, le préfet invite la personne qui détenait l'arme et les munitions à présenter ses observations, notamment quant à son souhait de les détenir à nouveau et quant aux éléments propres à établir que son comportement ou son état de santé ne présente plus de danger grave et immédiat pour elle-même ou pour autrui, au vu d'un certificat médical délivré par un médecin spécialiste mentionné à l'article R. 312-6 ".

4. Pour décider, sur le fondement de l'article L. 312-9 du code de la sécurité intérieure, la saisie définitive d'armes ou de munitions initialement saisies sur le fondement de l'article L. 312-7 du même code, ou leur restitution, le préfet doit apprécier si le comportement ou l'état de santé de l'intéressé présente toujours un danger grave pour lui-même ou pour autrui. Il incombe au juge de l'excès de pouvoir d'exercer un entier contrôle sur les décisions prises par l'autorité préfectorale en application des dispositions précitées.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné par le tribunal judiciaire de Niort le 18 mai 2021 à une peine d'emprisonnement de six mois avec sursis pour des violences commises sur ses trois enfants entre le 14 février 2018 et le 28 février 2021. Tant cette condamnation que les faits qui en sont à l'origine présentaient ainsi un caractère particulièrement récent à la date de la décision attaquée. Il ressort également du rapport établi par les services de la police nationale que M. A a déclaré, à l'occasion de sa garde-à-vue, avoir commis les violences sur ses enfants par impulsivité et ne pas avoir eu conscience de leur gravité. Dans ces conditions, en dépit du fait qu'un médecin psychiatre a attesté le 27 septembre 2021 que " l'état de santé psychique et physique de M. A est compatible avec la détention des 3 armes dont il fait usage régulièrement à la chasse ", la préfète des Deux-Sèvres n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant que la détention d'armes et de munitions par l'intéressé était toujours de nature, en raison de son comportement, à créer un danger grave pour autrui et qu'il y avait lieu d'ordonner la saisie définitive de ses armes et munitions.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté de la préfète des Deux-Sèvres du 13 mai 2022 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète des Deux-Sèvres.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Bris, présidente,

Mme Dumont, première conseillère,

Mme Balsan-Jossa, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

G. DUMONT

La présidente,

signé

I. LE BRIS

La greffière,

signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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