mardi 30 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2201964 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 9 août et le 25 août 2022, Mme B, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 5 mai 2022 par laquelle l'administratrice des finances publiques adjointe l'a affectée dans le département des Deux-Sèvres au sein de la Direction départementale des finances publiques, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique de réexaminer sa demande de changement d'affectation à La Rochelle.
Elle soutient que :
Sur la condition d'urgence :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que son affectation dans le département des Deux-Sèvres est incompatible avec la rentrée de son fils, en situation de handicap, dans un établissement de La Rochelle le 1er septembre ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- elle méconnaît les dispositions de l'article 60 de la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat et les lignes directrices fixées pour son application ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ;
- la décision prise à la suite de son recours gracieux contre la décision querellée n'est pas suffisamment motivée.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 août 2022, le ministère de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;
- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 8 août 2022 sous le numéro 2201963 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après lecture du rapport de Mme C ont été entendues les observations de M. D, représentant le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et la Direction départementale des finances publiques des Deux-Sèvres qui maintient ses conclusions et moyens et soutient que trois jours de télétravail ainsi que des horaires aménagés pourront être octroyés à Mme B.
La clôture de l'instruction a été fixée au 29 août 2022 à 18h00, en application des dispositions de l'article R. 522-8 du code de justice administrative, afin de permettre au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique de préciser les jours de télétravail et les facilités horaires susceptibles d'être accordées à Mme B.
Un mémoire présenté pour le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique a été enregistré le 26 août 2022. Il comporte l'engagement d'accorder un minimum de trois jours de télétravail à Mme B et des facilités horaires.
Un mémoire enregistré le 29 août 2022 à 17h04 a été présenté par Mme B qui maintient ses conclusions et moyens.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, inspectrice des finances publiques, a effectué son stage en qualité d'inspecteur des finances publiques à La Rochelle. Par une décision en date du 5 mai 2022, elle a été informée de son affectation au sein de la Direction départementale des finances publiques des Deux-Sèvres à compter du 1er septembre 2022. Mme B demande la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Aux termes de l'article L. 512-19 du code général de la fonction publique, dans sa version applicable au litige " Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service et sous réserve des priorités instituées au chapitre II du titre IV du livre IV, les affectations prononcées tiennent compte des demandes formulées par les intéressés et de leur situation de famille. Les demandes de mutation sont examinées en donnant priorité aux fonctionnaires de l'État relevant de l'une des situations suivantes : () 2° Etre en situation de handicap relevant de l'une des catégories mentionnées à l'article L. 131-8 ; ".
4. En l'état de l'instruction, les moyens invoqués par Mme B à l'appui de sa demande de suspension de l'exécution de la décision du 5 mai 2022, tels qu'ils sont précisément analysés dans les visas, ne sont pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision dès lors, d'une part, que les dispositions précitées de l'article L. 512-19 du code général de la fonction publique, qui concernent les seules mutations des fonctionnaires, ne sont pas applicables aux décisions de première affectation des agents titularisés, d'autre part, que les moyens critiquant les vices propres dont serait entachée une décision rejetant un recours gracieux ne peuvent être utilement invoqués au soutien des conclusions d'une requête également dirigée contre la décision initiale prise par l'administration et, enfin, que la décision attaquée n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation et ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu des besoins du service dans les Deux-Sèvres et des engagements pris par l'administration en terme de télétravail et de facilités horaires susceptibles d'être accordées à Mme B.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition d'urgence est remplie, qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin de suspension de la décision du 5 mai 2022, ainsi que par voie de conséquence celles à fin d'injonction.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée à la Direction départementale des finances publiques des Deux-Sèvres.
Fait à Poitiers, le 30 août 2022.
La juge des référés,
Signé
Servane C
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
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