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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202026

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202026

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202026
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantHAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 août 2022, Mme C A, représentée par Me Hay, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel la préfète des Deux-Sèvres lui a refusé un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de lui délivrer un titre de jour dans le délai de 30 jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, moyennant la renonciation dudit avocat à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 novembre 2022, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par une décision du 22 août 2022, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante macédonienne née le 14 mai 2000, est entrée en France en août 2018 selon ses déclarations. Le 17 septembre 2021, elle a sollicité la délivrance d'une carte de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 10 juin 2022, la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur le refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

3. Mme A soutient qu'elle peut prouver sa présence sur le territoire français depuis le 16 janvier 2019, date à laquelle elle est venue retrouver sa mère, Mme D A, qui est titulaire d'un titre de séjour " membre de famille d'un citoyen UE " valable jusqu'au 13 novembre 2025 et qui la prend en charge financièrement et l'héberge à son domicile depuis 4 ans en compagnie de son beau-père et de ses deux demi-frères et de sa demi-sœur. Toutefois, alors qu'il est loisible à l'intéressée de rendre visite à sa mère sous couvert d'un visa de court séjour, cette circonstance ne saurait être, à elle seule, de nature à lui conférer un droit à l'octroi d'un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale. En outre, si l'intéressée soutient qu'elle a été abandonnée par son père et ne plus avoir de famille en Macédoine, elle ne l'établit pas. La requérante fait valoir également qu'elle a été inscrite auprès de la maison de l'emploi et de la formation du Thouarsais, qu'elle a signé le 16 janvier 2019 un contrat au titre du parcours d'accompagnement contractualisé vers l'emploi autonome et créé, le 1er janvier 2021, son auto-entreprise de commerce de détails de textiles, d'habillement et de chaussures pour travailler sur les marchés. Toutefois, ces seuls éléments ne suffisent pas à démontrer que Mme A aurait tissé en France des liens personnels ou amicaux particulièrement stables et intenses ni qu'elle disposerait d'une insertion établie et durable dans la société française. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 précité, la préfète des Deux-Sèvres n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation et n'a pas méconnu les dispositions de cet article du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour, ne peut qu'être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté litigieux du 10 juin 2022. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation et, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Hay et la préfète des Deux-Sèvres.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

M. Lacaïle, premier conseiller,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

P. B

Le président,

Signé

A. LE MEHAUTE

La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, La greffière en chef par intérim,

Signé

G. FAVARD

N ° 2202026

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