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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202042

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202042

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202042
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL D'AVOCATS TEN FRANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 août 2022 et des mémoires enregistrés les 14 février, 14 avril et 23 juin 2023, l'association Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), l'association One Voice et l'association pour la Protection de la Nature et de l'Environnement du département de la Vienne, dite Vienne Nature, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Vienne du 15 juin 2022 autorisant une période complémentaire de chasse par vénerie sous terre du blaireau du 1er juillet 2022 au 14 septembre 2022 et du 1er juin 2023 au 30 juin 2023 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à chacune d'entre elles, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :

- la procédure d'adoption de l'arrêté contesté ne satisfait pas aux exigences de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement, en l'absence de note de présentation, pendant la période de consultation du public, comprenant des informations relatives au contexte et aux objectifs des prescriptions envisagées, privant ainsi le public d'une garantie ;

- l'article R. 424-5 du code de l'environnement, sur le fondement duquel le préfet de la Vienne est compétent pour prendre la décision attaquée, méconnaît l'objectif de protection des petits mammifères, consacré par l'article L. 424-10 du code de l'environnement et l'article 515-14 du code civil ;

- la décision, en tant qu'elle autorise la vènerie sous terre du blaireau pour une période complémentaire débutant le 1er juillet 2022 et le 1er juin 2023, méconnaît les dispositions de l'article L. 424-10 du code de l'environnement et porte une atteinte disproportionnée à la reproduction des blaireaux, dès lors qu'elle autorise la chasse de blaireaux qui n'ont pas atteint leur âge adulte ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit.

Par des mémoires en défense enregistrés les 6 décembre 2022 et 26 mai 2023, le préfet de la Vienne conclut rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par un mémoire en intervention enregistré le 8 mars 2023, la fédération départementale des chasseurs de la Vienne, représentée par Me Lachaume, conclut au rejet de la requête.

Elle s'associe aux écritures du préfet de la Vienne.

Vu :

- l'ordonnance n° 2301344 rendue le 31 mai 2023 par laquelle le juge des référés du tribunal a suspendu l'exécution de l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumont,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,

et les observations de M. A, représentant la Ligue pour la protection des oiseaux, de Mme B, représentant le préfet de la Vienne, et de Me Lachaume, représentant la fédération départementale des chasseurs de la Vienne.

Une note en délibéré, produite par le préfet de la Vienne, a été enregistrée le 2 juillet 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 15 juin 2022, le préfet de la Vienne a institué deux périodes complémentaires de vénerie sous terre du blaireau du 1er juillet 2022 au 14 septembre 2022 et du 1er juin 2023 au 30 juin 2023. Par une ordonnance du 31 mai 2023, le juge des référés du présent tribunal a suspendu l'exécution de cet arrêté. Par leur requête, l'association Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), l'association One Voice et l'association pour la Protection de la Nature et de l'Environnement du département de la Vienne, dite Vienne Nature, demandent au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'intervention de la fédération départementale des chasseurs de la Vienne :

2. La fédération départementale des chasseurs de la Vienne justifie d'un intérêt suffisant au maintien de l'arrêté préfectoral en litige. Par suite, son intervention est recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 424-4 du code de l'environnement : " Dans le temps où la chasse est ouverte, le permis donne à celui qui l'a obtenu le droit de chasser de jour, soit à tir, soit à courre, à cor et à cri, soit au vol, suivant les distinctions établies par des arrêtés du ministre chargé de la chasse. Le jour s'entend du temps qui commence une heure avant le lever du soleil au chef-lieu du département et finit une heure après son coucher. ". Selon l'article R. 424-4 du même code : " La chasse à courre, à cor et à cri est ouverte du 15 septembre au 31 mars. () ". En vertu de l'article R. 424-5 de ce code : " La clôture de la vénerie sous terre intervient le 15 janvier. / Le préfet peut, sur proposition du directeur départemental de l'agriculture et de la forêt et après avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage et de la fédération des chasseurs, autoriser l'exercice de la vénerie du blaireau pour une période complémentaire à partir du 15 mai. ". Aux termes de l'article L. 424-10 du même code : " Il est interdit de détruire, d'enlever ou d'endommager intentionnellement les nids et les oeufs, de ramasser les oeufs dans la nature et de les détenir. Il est interdit de détruire, d'enlever, de vendre, d'acheter et de transporter les portées ou petits de tous mammifères dont la chasse est autorisée, sous réserve des dispositions relatives aux animaux susceptibles d'occasionner des dégâts. () ".

4. Les associations requérantes soutiennent que l'autorisation d'une période complémentaire pour l'exercice de la vénerie sous terre du blaireau débutant les 1er juillet 2022 et 1er juin 2023 méconnaît l'interdiction des destructions des portées ou petits mammifères dont la chasse est autorisée prévue par les dispositions précitées de l'article L. 424 10 du code de l'environnement alors qu'à ces dates, les blaireautins ne sont pas émancipés de leur mère et n'ont pas atteint leur maturité sexuelle. Pour justifier qu'aux dates précitées, les terriers présents dans le département et susceptibles de faire l'objet d'opérations de vénerie sous terre ne comportent pas des petits blaireaux au sens de l'article L. 424-10 du code de l'environnement, le préfet de la Vienne fait valoir que les blaireautins sont sevrés au plus tard au 1er juin. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment des études scientifiques produites par les associations requérantes, dont les conclusions ne sont pas sérieusement contestées par le préfet, que les blaireautins, dont la naissance intervient entre janvier et mars, ne sont pas tous sevrés à cette date et que ces derniers ne peuvent être regardés comme émancipés qu'à partir de l'âge de cinq à huit mois minimum. Il s'ensuit que les blaireautins ne sont pas autonomes lors des périodes de chasse complémentaire autorisées par l'arrêté attaqué et doivent, ainsi, encore être qualifiés de petits de mammifères au sens et pour l'application de l'article L. 424-10 du code de l'environnement. Dans ces conditions, les associations requérantes sont fondées à soutenir que l'autorisation délivrée par l'arrêté contesté de l'exercice de la vénerie sous terre du blaireau pour une période complémentaire débutant les 1er juillet 2022 et 1er juin 2023 est de nature à favoriser la méconnaissance, par les chasseurs, de l'interdiction légale de détruire des petits blaireaux résultant des dispositions de l'article L. 424-10 du code de l'environnement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-10 du code de l'environnement doit être accueilli.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 15 juin 2022 du préfet de la Vienne doit être annulé.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme globale de 1 200 euros à verser à l'association Ligue pour la protection des oiseaux, l'association One Voice et l'association pour la Protection de la Nature et de l'Environnement du département de la Vienne, dite Vienne Nature, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de la fédération départementale des chasseurs de la Vienne est admise.

Article 2 : L'arrêté du 15 juin 2022 du préfet de la Vienne est annulé.

Article 3 : L'Etat versera une somme globale de 1 200 euros aux associations One Voice, Ligue pour la protection des oiseaux et Vienne Nature en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association Ligue pour la protection des oiseaux, première dénommée pour l'ensemble des requérantes, à la fédération départementale des chasseurs de la Vienne ainsi qu'au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jarrige, président,

Mme Boutet, première conseillère,

Mme Dumont, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

G. DUMONT

Le président,

Signé

A. JARRIGE

La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

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