jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2202098 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 août 2022 et le 8 juin 2023, M. C B, représenté par M. A, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 29 juin 2022 par laquelle le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui accorder le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) à compter de sa prise de fonction le 1er juillet 2017 ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de lui octroyer le bénéfice de la NBI, à titre principal à compter du 1er juillet 2017 et, à titre subsidiaire, à compter d'une date fixée par le tribunal qui sera antérieure au 30 septembre 2021 ; à titre infiniment subsidiaire, de procéder à un réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'erreur de fait et de qualification juridique des faits dès lors que les fonctions qu'il occupe au sein de la Direction Départementale des Territoires et de la Mer (DDTM) de la Charente-Maritime sont éligibles à la NBI ;
- la décision a été prise en méconnaissance du principe d'égalitéentre agents publics exerçant leurs fonctions dans les mêmes conditions, avec la même responsabilité et la même technicité, et est à ce titre entachée d'une erreur de droit.
Par des mémoires en défense enregistrés le 17 novembre 2022 et le 11 mai 2023, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'arrêté ministériel modificatif du 15 novembre 2022 a intégré le poste occupé par M. B au bénéfice de la NBI " ville " avec effet rétroactif au 30 septembre 2021 ;
- seul le ministre est compétent pour fixer par arrêté la liste des emplois ouvrant droit à la NBI au titre de la politique de la ville.
Par ordonnance du 4 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 5 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 ;
- le décret n°2001-1129 du 29 novembre 2001 ;
- l'arrêté du 29 novembre 2001 fixant les conditions d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville à certains personnels du ministère de l'équipement, des transports et du logement ;
- l'arrêté du 29 novembre 2001 fixant la liste des emplois ouvrant droit à la nouvelle bonification indiciaire au titre de la politique de la ville à certains personnels du ministère de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Balsan-Jossa,
- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,
- et les observations de Me A, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, agent titulaire de la fonction publique d'Etat, est affecté depuis le 1er juillet 2017 au service " politique du logement durable et solidarité ", unité " parc public - rénovation urbaine " de la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) de la Charente-Maritime en qualité de chargé du suivi administratif et financier des programmes de rénovation urbaine et du suivi des bailleurs. Le 4 janvier 2019, M. B a sollicité auprès du directeur départemental des territoires et de la mer le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville. Sa demande a été rejetée par une décision du 18 février 2019, contre laquelle il a formé un recours hiérarchique auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, rejeté par une décision du 19 avril 2019. Le 15 février 2021, M. B a réitéré sa demande auprès du directeur départemental des territoires et de la mer à la suite de la mutation, en janvier 2021, de la personne titulaire du poste de catégorie B percevant la NBI, ce qui a donné lieu à une décision implicite de rejet. A la suite de l'avis favorable du comité technique de la DDTM de la Charente-Maritime au basculement de la NBI " ville " catégorie B vers son poste, M. B a présenté le 11 mai 2022 une nouvelle demande auprès du préfet. Par décision en date du 29 juin 2022, dont M. B demande d'annulation, le préfet de la Charente-Maritime lui a opposé un refus.
Sur l'étendue du litige :
2. Par un arrêté du 15 novembre 2022 modificatif de l'arrêté du 29 novembre 2001 fixant la liste des emplois ouvrant droit à la nouvelle bonification indiciaire au titre de la politique de la ville à certains personnels du ministère de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat, postérieur à l'introduction du recours, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires a inscrit le poste de " chargé du suivi administratif et financier des programmes de rénovation urbaine et du suivi des bailleurs " au sein de la direction départementale de l'équipement (DDE) de la Charente-Maritime, occupé par M. B, sur la liste des emplois éligible à la NBI, avec effet rétroactif au 30 septembre 2021. Ainsi, la requête de M. B, en tant qu'elle concerne la période du 30 septembre 2021 au 29 juin 2022, est devenue sans objet.
3. Par ailleurs, la décision de rejet du 19 avril 2019 et la décision implicite de rejet née le 16 avril 2021 à la suite de sa demande formulée le 15 février 2021 étant définitives, la requête de M. B est irrecevable en ce qui concerne la période antérieure au 16 avril 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, par un arrêté du 11 mai 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Charente-Maritime a donné délégation à M. Pierre Molager, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions sauf exceptions, parmi lesquelles ne figurent pas les décisions concernant l'attribution de la NBI. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire de la décision en litige manque en fait et doit être écarté.
5. En second lieu, la décision du 29 juin 2022 refusant la nouvelle bonification indiciaire comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 27 de la loi du 18 janvier 1991 portant dispositions relatives à la santé publique et aux assurances sociales : " I. La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires et des militaires instituée à compter du 1er août 1990 est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulières dans des conditions fixées par décret (). ". Aux termes de l'article 1er du décret du 29 novembre 2001 portant attribution de la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville à certains personnels du ministère de l'équipement, des transports et du logement : " La nouvelle bonification indiciaire attribuée au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville peut être versée mensuellement dans la limite des crédits disponibles aux fonctionnaires relevant du ministère de l'équipement, des transports et du logement exerçant une des fonctions figurant en annexe au présent décret. / Le bénéfice du versement de cette nouvelle bonification indiciaire, prise en compte et soumise à cotisation pour le calcul de la pension de retraite, est lié à l'exercice des fonctions y ouvrant droit. ". L'article 4 du même décret précise que : " Le montant de la nouvelle bonification indiciaire et le nombre d'emplois bénéficiaires correspondant aux fonctions mentionnées à l'article 1er ci-dessus sont fixés par arrêté conjoint du ministre chargé de l'équipement, du ministre chargé du budget et du ministre chargé de la fonction publique. ". L'article annexe du même décret prévoit que les fonctions de mise en œuvre et d'exécution de la politique de la ville peuvent donner lieu au versement d'une NBI au titre de la politique de la ville. Il résulte de l'article annexe d'un premier arrêté du 29 novembre 2001 fixant les conditions d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville à certains personnels du ministère de l'équipement, des transports et du logement que les emplois de mise en œuvre de la politique de la ville et de mise en œuvre de la politique sociale du logement, de l'habitat et de l'urbanisme peuvent bénéficier de la NBI. Enfin, il résulte de l'article annexe d'un second arrêté du 29 novembre 2001 fixant la liste des emplois ouvrant droit à la nouvelle bonification indiciaire au titre de la politique de la ville à certains personnels du ministère de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat, dans sa version initiale, qu'au sein de la DDE de la Charente-Maritime, la fonction de catégorie B " adjoint au chef de la cellule ville habitat " est éligible à la NBI.
7. Le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire n'est pas lié au grade détenu mais dépend uniquement de l'exercice effectif des fonctions qui y ouvrent droit. Il résulte des dispositions précitées de l'article 27 de la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 que le pouvoir réglementaire peut limiter le versement de la NBI aux agents occupant les emplois qu'il détermine, comportant une responsabilité ou une technicité particulière. Il est loisible à l'administration, lorsqu'elle établit la liste des emplois ouvrant droit à cette bonification, de prendre en considération des raisons budgétaires et des orientations de politique de gestion des personnels. L'administration peut, sous le contrôle du juge, modifier les emplois figurant sur cette liste en se fondant sur les mêmes motifs, les agents concernés n'ayant aucun droit au maintien de la bonification. Dans tous les cas, l'administration doit, conformément au principe d'égalité, traiter de la même manière tous les agents occupant les emplois correspondant aux fonctions ouvrant droit à la bonification ou n'y ouvrant plus droit et qui comportent la même responsabilité ou la même technicité particulières.
8. En l'espèce, M. B occupe les fonctions de chargé du suivi administratif et financier des programmes de rénovation urbaine et du suivi des bailleurs au sein de la DDTM de la Charente-Maritime, laquelle reprend les missions de la DDE de la Charente-Maritime. Si, dans le cadre de ses fonctions, il met en œuvre la politique de la ville et la politique sociale du logement, de l'habitat et de l'urbanisme au sens du premier arrêté du 29 novembre 2001, il n'occupe pas l'un des emplois ouvrant droit à la NBI tel que fixée limitativement par l'annexe du second arrêté du 29 novembre 2021. Il résulte de ce qui précède que le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point 6 en refusant à M. B le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire jusqu'au 30 septembre 2021.
9. En dernier lieu, M. B, qui ne soutient pas qu'il exerçait, pendant la période considérée, des fonctions identiques à celle d'un adjoint au chef de la cellule habitat, désignées comme éligible à la NBI jusqu'au 30 septembre 2021, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance du principe d'égalité.
10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le préfet de Charente-Maritime, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de la Charente-Maritime.
Délibéré après l'audience du 9 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Bris, président,
Mme Balsan-Jossa, première conseillère,
Mme Dumont, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
S. BALSAN-JOSSA
Le président,
Signé
I. LE BRIS Le greffier,
Signé
S. GAGNAIRE
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
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