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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202113

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202113

lundi 27 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202113
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantONDONGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 août 2022, M. A B, représenté par Me Ondongo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 août 2022 par lequel le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 août 2022 par lequel le préfet de la Vienne l'a assigné à résidence pour une durée de cent-quatre-vingts jours ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant assignation à résidence :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il réside à Lusignan et que la décision l'oblige à pointer au commissariat de Poitiers.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 janvier 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 19 septembre 1992, est entré en France en septembre 2010 selon ses déclarations. Le 8 mars 2012, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Entre le 16 novembre 2012 et le 26 avril 2020, il a bénéficié de titres de séjour en qualité de parent d'enfants de nationalité française. Par un arrêté du 1er juillet 2021, la préfète de la Vienne a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Par deux arrêtés du 11 août 2021, la préfète de la Vienne, d'une part, l'a assigné à résidence et, d'autre part, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par les arrêtés contestés du 26 août 2022, le préfet de la Vienne l'a d'une part, obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, et d'autre part, assigné à résidence pour une durée de cent-quatre-vingts jours.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département, Mme Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture de la Vienne, a reçu délégation de signature de la préfète de la Vienne à l'effet de signer notamment tous arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrête attaqué vise les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que M. B est entré irrégulièrement en France, qu'il n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, et qu'il ne démontre pas participer à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants français. Il contient ainsi l'exposé des considération de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ".

5. Il est constant que M. B est père de deux enfants français nés en juin 2012 et janvier 2014 et a bénéficié de titres de séjour en cette qualité du 16 novembre 2012 au 26 avril 2020. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est divorcé de la mère de ses enfants depuis le 19 avril 2019. En outre, si l'autorité parentale est exercée en commun par les deux parents, le requérant n'apporte aucun élément précis établissant qu'il continuerait à contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants depuis la séparation de son couple. Par suite, en obligeant M. B à quitter le territoire français, le préfet de la Vienne n'a pas méconnu les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En quatrième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". En application de ces dispositions, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. M. B soutient qu'il exerce une activité professionnelle indépendante en France, qu'il est propriétaire de sa maison d'habitation, qu'il a bénéficié de titres de séjour pendant neuf ans, qu'il est père de deux enfants français et qu'il a ainsi développé le centre de ses intérêts personnels sur le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné par le tribunal correctionnel de Poitiers, le 14 févier 2014, à une peine de deux-cents jours-amende pour des faits de conduite malgré suspension administrative du permis de conduire, le 29 décembre 2015, à l'obligation d'accomplir un stage de sensibilisation à la sécurité routière, prononcée à titre de peine principale, pour des faits de conduite d'un véhicule en état d'ivresse manifeste, le 2 décembre 2016 à une peine de quatre cent cinquante euros d'amende pour outrage à personne dépositaire de l'autorité publique, le 25 juillet 2017, à une peine d'un mois d'emprisonnement pour des faits d'outrage à personne dépositaire de l'autorité publique, le 17 mai 2019, à une peine de trois mois d'emprisonnement avec sursis assortie d'une mise à l'épreuve pendant dix-huit mois pour des faits de violences suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime et, le 5 février 2021, à une peine de dix mois d'emprisonnement dont quatre mois avec sursis probatoire pendant deux ans pour des faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime, commis en l'état de récidive légale, et pour des faits de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui. Il a été incarcéré d'août 2021 à août 2022. Dans ces conditions et compte tenu de la menace pour l'ordre public que caractérise son comportement, le préfet de la Vienne n'a pas porté au respect dû à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a pris la décision attaquée.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions () d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". L'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

9. Il ressort de ces dispositions que, lorsqu'un délai de départ volontaire est refusé à l'étranger, une interdiction de retour est, sauf circonstances humanitaires, prononcée à son encontre. L'autorité compétente doit toutefois, pour fixer la durée de cette interdiction de retour, tenir compte des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

10. L'arrêté attaqué, qui cite l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que l'intéressé ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à justifier qu'une interdiction de retour ne soit pas prise. Il vise également l'article L. 612-10 et énonce avoir procédé à un examen d'ensemble de la situation de l'intéressé afin de fixer la durée de cette interdiction. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français est ainsi suffisamment motivée, en droit et en fait, tant dans son principe que dans sa durée et ne révèle pas que le préfet de la Vienne aurait omis de prendre en compte certains critères prévus par la loi ni méconnu l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant assignation à résidence :

11. En premier lieu, dès lors que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant assignation à résidence doit être écartée.

12. En second lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que M. B est autorisé à circuler dans le département de la Vienne. Ainsi, la circonstance qu'il réside désormais à Lusignan (Vienne) alors que la décision mentionne par erreur une adresse à Poitiers (Vienne) est sans incidence sur sa légalité.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Vienne.

Une copie sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bruston, présidente,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2023.

La rapporteure,

Signé

A. THEVENET-BRECHOT

La présidente,

Signé

S. BRUSTON La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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